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Trotski, la Gauche Communiste (historique) et le capitalisme d'Etat (Texte paru dans Approches Marxistes n°11 de 2007 revu et augmenté) Nous avons traité dans un précédent article, du rapport de Lénine au capitalisme d'Etat. Nous avons vu dans une de ses œuvres majeures " Sur l'Infantilisme de Gauche ", tous les effets bénéfiques qu'il en attendait pour contrebalancer le capitalisme privé et renforcer le poids du socialisme. Nous allons maintenant nous intéresser au point de vue de Trotski. Celui-ci dans un article célèbre s'en prend aux différents groupes constituant la Gauche Communiste historique, à ce qu'il présente comme l'inconséquence conceptuelle, de ces différents groupes, leur incapacité à définir ce qu'est précisément la nature " nouvelle " du Capitalisme d'Etat qui serait en construction dans la nouvelle formation sociale soviétique. En quoi ce dernier s'identifierait ou au contraire se différencierait des anciennes formes traditionnelles dominantes dans les Etats capitalistes? Nous chercherons à montrer, que si la gauche communiste peine à définir conceptuellement un telle approche, la théorie substitutive que tente d'élaborer Trotski, ainsi que les explications, qu'il y adjoint instaure un confusionnisme encore plus grand. La théorie économique de Trotski apparaît comme un ensemble composite, formé de concepts peu et mal cernés, rendant l'ensemble incompréhensible. Nous avons mis en gras les affirmations problématiques auxquelles il se livre, accompagnées d'un point d'interrogation quand elles nous paraissent constituer un ensemble incohérent. A l'opposé nous avons souligné les phrases ou concepts qui nous paraissent juste. " La 4ième Internationale et l'U.R.S.S " Constantinople 1929, in " La nature de L'U.R.S.S " textes rassemblés et présentés par J.L Dallemagne. - C.E.P 1974 p 185. Capitalisme d'Etat " ….Le Capitalisme d'Etat est selon Urbahns, la dernière forme d'autodéfense du régime bourgeois : il suffit de regarder l'Etat corporatif " planifié " en Italie, en Allemagne et aux Etats-Unis. Habitué aux gestes larges, Urbahns ajoute aussi ici l'U.R.S.S. De cela, nous en parlerons plus bas. En ce qui concerne les Etats impérialistes, Urbahns touche un phénomène extrêmement important de notre époque. Le capitalisme monopolisateur a dépassé depuis longtemps les cadres même de la propriété privée des moyens de production (?) et les limites de l'Etat national ( ?). Cependant la classe ouvrière, paralysée par ses propres organisations, n'a pas pu libérer à temps des chaînes capitalistes des forces productives ( ?) de la société, de là une époque qui traîne en longueur, de convulsions économiques et politiques. Les forces productives se heurtent aux cloisons de la propriété privée et des frontières nationales. Les Etats bourgeois sont contraints de réprimer ( ?) la révolte (?) des forces productives à l'aide du poing policier. C'est cela la prétendue " économie planifiée ". On peut conventionnellement la nommer capitalisme d'Etat, dans la mesure où l'Etat tente de dompter et de discipliner l'anarchie capitaliste. Rappelons cependant que primitivement les marxistes, sous le mot capitalisme d'Etat, comprenaient uniquement les entreprises économiques appartenant à l'Etat. Quand les réformistes révèrent de vaincre le capitalisme à l'aide de la municipalisation et de l'Etatisation d'un nombre toujours plus grand d'entreprises des transports et de l'industrie, les marxistes répliquèrent : ce n'est pas le socialisme, mais du capitalisme d'Etat. Cependant par la suite, cette mention reçut un sens élargi et vint s'appliquer à toutes les formes d'immixtion de l'Etat dans l'économie : les français emploient dans ce sens le mot " étatisme ". Urbahns, cependant, ne constate pas seulement les tentatives du " capitalisme d'Etat "- Il les apprécie à sa manière. Autant qu'on peut comprendre quelque chose chez lui, il déclare que le régime du " capitalisme d'Etat " est un stade indispensable, et en outre progressif, dans le développement de la société, dans le même sens que le trust est un progrès en comparaison avec les entreprises dispersées. Cette seule erreur fondamentale dans l'appréciation de la planification capitaliste suffit à enterrer n'importe quelle tendance. Si à l'époque de l'ascension du capitaliste, à laquelle la guerre mit fin (?), on pouvait considérer les différentes formes d'étatisation - avec certaines prémices politiques- comme un phénomène progressif, c'est à dire penser que le capitalisme d'Etat menait la société en avant, en facilitant le futur travail économique de la dictature prolétarienne, il faut considérer " l'économie planifiée " actuelle comme un stade absolument réactionnaire( ?) Le Capitalisme d'Etat aspire à arracher l'économie à la division internationale du travail ( ?), à adapter les forces productives au lit de procus de l'Etat national (?), à réduire artificiellement (?) l'économie dans certaines branches et à créer artificiellement d'autres branches à l'aide d'immenses faux frais ( ?) La politique économique de l'Etat actuel, en commençant par des douanes du type de celles de l'ancienne chine et finissant aux épisodes d'interdiction de machines dans " l'économie planifiée " de Hitler, parvient à une régulation instable aux prix de l'abaissement de l'économie nationale ( ?), de l'introduction du chaos dans les relations mondiales (?) et d'un désarroi complet du système monétaire ( ?), dont on aura bien besoin pour la planification socialiste (?). Le Capitalisme d'Etat actuel ne prépare pas et ne facilite pas le futur travail de l'Etat socialiste( ?) : au contraire, il crée pour ce travail de colossales difficultés supplémentaires (?). Le prolétariat a laissé échapper un certain nombre de moments pour prendre le pouvoir. Ainsi, il créé les conditions : dans la politique- pour la barbarie fasciste, dans l'économie- pour le travail destructeurs du " capitalisme d'Etat ". Après la conquête du pouvoir, le prolétariat aura à s'acquitter économiquement de ses manquements politiques. " " Cependant, dans les cadres du présent travail, ce qui nous intéresse avant, tout, c'est le fait qu' Urbahns tente de présenter aussi l'économie soviétique sous la notion de " Capitalisme d'Etat ". Pour cela c'est difficile à croire, il se réfère à Lénine. Une seule manière d'expliquer cette référence : éternel inventeur, qui crée chaque mois une théorie nouvelle, Urbahns n'a pas le temps de lire les livres auxquels il se réfère. Le terme de " Capitalisme d'Etat ", Lénine l'applique réellement, mais pas à l'économie soviétique dans son ensemble, seulement à une partie déterminée de celle-ci : aux concession étrangères, aux sociétés mixtes industrielles et commerciales et en partie , à la coopération paysanne, dans une grande mesure " koulak ", contrôlés par l'Etat. Tout cela, ce sont des éléments indiscutables de capitalisme ; mais, puisqu'ils sont contrôlés par l'Etat et même fonctionnent avec sa participation directe, comme les sociétés mixtes, Lénine conventionnellement "entre guillemets ", selon sa propre expression, nommait ces formes économiques " Capitalisme d'Etat ", ce qui faisait que le terme était conventionnel, c'était qu'il s'agissait non pas d'un Etat bourgeois ( ?) mais d'un Etat prolétarien ( ?) : les guillemets devaient précisément souligner cette différence qui n'est pas de peu d'importance. Cependant, dans la mesure où l'Etat prolétarien tolérait le capital privé et lui permettait, dans certaines limites, d'exploiter les ouvriers, il couvrait d'une de ses ailes des rapports bourgeois. C'est dans se sens, strictement restreint, qu'on pouvait parler de " Capitalisme d'Etat " . Lénine lança le terme même au moment du passage à la N.E.P ; Quand il supposait que les concessions et les " sociétés mixtes ", c'est à dire les entreprises basées sur l'union du capital étatique et privé ( ?), prendrait une place très grande dans l'économie soviétique, à côté des trusts et des syndicats purement étatiques ( ?). En opposition avec les entreprises étatiques, c'est à dire les concessions, etc…, Lénine définissait les trusts et syndicats soviétiques comme des " entreprises du type socialiste conséquent " Le développement ultérieur de l'économie soviétique, particulièrement l'industrie Lénine se le représentait sous la forme d'une concurrence des entreprises étatiques capitalistes et celles purement étatiques ( ?) Maintenant, espérons- nous, on voit clairement dans quelles limites Lénine employait le terme, qui a séduit Urbahns. Pour achever la catastrophe théorique du chef du " Lénin { !} bund ", il faut encore rappeler que les concessions et les sociétés mixtes, contrairement aux premières attentes de Lénine, n'ont joué dans l'économie soviétique presque aucun rôle. Il ne reste maintenant absolument rien de ces entreprises étatiques capitalistes. Au contraire, les trusts soviétiques, dont le sort se montrait encore très précaire à l'aube de la N.E.P ; ont reçu dans les années qui suivirent la mort de Lénine un développement gigantesque. Ainsi, si on utilise la terminologie de Lénine consciencieusement et en comprenant la chose, il revient à dire que le développement économique des soviets à complètement passé à côté du stade du " capitalisme d'Etat " et s'est développé par le canal des entreprises du " type socialiste conséquent "( ?). Cependant, ici aussi, il faut écarter des malentendus possibles, cette fois-ci d'un genre tout à fait contraire. Lénine choisissait ses termes exactement. Il appelait les trusts non pas les entreprises socialistes, comme les nomment maintenant les stalinistes, mais des entreprises du " type socialiste " ( ?), Cette distinction précise dans la terminologie signifiait, sous la plume de Lénine, que les trusts recevront le droit de se qualifier de socialistes, non pas pour le type ( ?), c'est à dire pour les tendances, mais pour leur contenu ( ?), quand ils auront révolutionné ( ?) l'économie agraire, quand ils auront anéanti la contradiction entre la ville et le village, autrement dit seulement quand, sur la base de l'industrie nationalisée ( ?) et de l'agriculture collectivisée ( ?) il formeront une véritable société socialiste. L'accomplissement de ce but, Lénine l'envisageait comme le travail successif de deux ou trois générations, d'ailleurs en liaison indissoluble avec le développement de la révolution internationale. Résumons-nous. Par capitalisme d'Etat, dans le sens strict du mot, il faut comprendre la direction par l'Etat bourgeois d'entreprises industrielles et autres pour son propre compte ou l'immixtion " régularisante " de l'Etat bourgeois dans le travail des entreprises capitalistes privées. Par capitalisme d'Etat, entre guillemets, Lénine comprenait le contrôle de l'Etat prolétarien sur les entreprises et les rapports capitalistes privés. Pas une seule de ces définitions n'a pu s'appliquer à l'Etat soviétique. Quel contenu économique concret Urbahns donne -t'il précisément à la notion de " Capitalisme d' Etat " soviétique, ça reste absolument secret. Autant dire que toute sa théorie nouvelle est construite sur une citation mal lue. " Reprenons les points essentiels de l'analyse de Trotski. - " Le capitalisme 'monopolisateur' a dépassé depuis longtemps les cadres même de la propriété privée des moyens de production et les limites de l'Etat national " Trotski Si on s'en tient au sens premier de cette phrase, littéralement parlant, nous devrions être dans un système autre que le capitalisme ! Plus de 'propriété privée' et plus 'd'Etat- Nation', dans quel système sommes nous ? Est-on déjà dans le socialisme ! !? Essayons " d'interpréter " ce que Trotski veut dire, action que nous devrons répéter plusieurs fois à la lecture de l'article. Trotski veut- il dire que le stade monopoliste se caractérisant par l'entreprise par actions, nous entrerions dans une ère nouvelle différente du stade concurrentiel, période où le petit ou moyen propriétaire dominaient. Cela est vrai, mais en quoi cette nouvelle phase nie-t' elle la propriété privée ? N'est-ce pas au contraire un formidable renforcement de sa prégnance et de son extension ! Ceci à l'égard de catégories qui jusque là n'était pas atteints par un tel phénomène avec l'actionnariat de millions de petits porteurs ? Seconde incohérence " …et les limites de l'Etat national " à bon ! ?, le capitalisme 'monopoleur' est sans statut juridique sans forme nationale d'expression ? Quel économiste, même trotskiste, peut nous citer une entreprise qui, de part le monde, échappe au juridisme bourgeois et à son expression de territorialité dans l'Etat - Nation. Ces entreprises n'ont elles pas une maison mère où le siège soit situé, un lieu bien réel, physiquement repérable, de concentration du pouvoir et de rapatriement des capitaux en cas de crise ? Comprenne qui pourra, plus exactement commençons à comprendre que pour pouvoir introduire sa conception très particulière qu'il a des " forces productives " et de leur prétendu rôle progressiste dans l'histoire, Trotski à besoin de mettre en place une conception très éthérée, " a - historique ", " a - juridique ", naturalisé et scientisisé, de ce qu'il appelle " les forces productives ". - " Les forces productives se heurtent aux cloisons de la propriété privée et des frontières nationales ". Trotski Les forces productives ne se heurtent pas qu'à la dimension juridique des rapports de production, elles se heurtent également aux effets économiques, politiques et idéologiques de la division du travail qui relève elle aussi des rapports de production. Hors c'est précisément cette dimension qui est absente de la réflexion de Trotski tout au long de son texte, alors qu'elle joue un rôle central chez Lénine dans son appréciation positive du capitalisme d'Etat ( voir son texte : Sur l'infantilisme de gauche) - " Les Etats bourgeois sont contraints (?) de réprimer la révolte ( ?) des forces productives à l'aide du poing policier " Trotski. Là, on touche le fond de la bouillie idéologique, les forces productives se " révoltent " ? Comment ? avec leur petits bras musclés ? Contre qui et pourquoi ? Ne sont-elles pas le résultat du développement du capitalisme ? Un capitalisme " si progressiste " que Trotski s'oppose à tout ce qui pourrait lui faire barrage, en particulier le capitalisme d'Etat ? On a le sentiment que Trotski conçoit l'économie comme un système qui se développe hors son expression super structurelle, qui aide à sa mise en oeuvre l'encadre et le reproduit. Il y a d'un côté l'économie, les forces productives et de l'autre une superstructure, où doivent se situer les rapports de production. La première est littéralement " victime " de la seconde. Elle en est " prisonnière ", Le capitalisme comme expression juridique devient un " vol " un rapt d'un surproduit injustement détourné. Si on laissait les forces productrices " libres " du " poing policier " de la superstructure capitaliste, enfin elles pourraient respirer. On est en plein " économisme " c'est à dire dans cette fiction idéologique crée par les partisans de l'économie naturelle, pure émanation de la société civile. Là l'Etat, le " méchant " Etat, apparaît comme une machine extérieure qui cherche à contraindre et réprimer des forces qui ne peuvent exister qu'en s'opposant à lui. Cependant l'histoire réelle du capitalisme ne prouve t'elle pas au contraire, qu'il en est essentiellement l'organisateur. C'est lui L'Etat qui institue le sujet de " droit ", codifie et sanctifie la propriété privée, organise la circulation des marchandises en les validant socialement par la monnaie, s'attaque ou au contraire organise les monopoles, aide à la recherche scientifique et technique, si nécessaire aux forces productives et pour finir aide à la pérennisation du marché. " Si à l'époque de l'ascension du capitalisme, à laquelle la guerre mit fin " Trotski. On ne peut comprendre cette partie de texte que comme traitant du développement " capitaliste " des forces productives, car autrement ce raisonnement serait faux. En effet si au développement du capitalisme privé comme forme juridique succède celui du développement du capitalisme d'état, il s'agit toujours de la manifestation d'une croissance de la forme capitalistique. Trotski veut sûrement parler de la dimension économique exprimée sous forme de capitaux, et plus vraisemblablement des forces productives.(C'est du moins dans ce sens que l'interprètent les lambertistes à travers leur concept de " stagnation des forces productives ") Ici aussi Trotski développe un point de vue pour le moins singulier, un raisonnement associant forces productives et situation historique de guerre, qui n'a son équivalent chez aucun autre théoricien marxiste. La guerre, pour lui, bloquerait les forces productives. N'est-ce pas le contraire qui est vrai ? La guerre est un formidable accélérateur et amplificateur du développement des forces productives, la division du travail, la recherche et les découvertes scientifiques (gaz, atomes etc) ; et pour les 2 grandes dernières guerres la division du travail l'extension sans précédent du taylorisme et fordisme à la production de séries font de la guerre un stade historique de concentration de forces productives inusité. Mais ce n'est pas cela que Trotski veut dire : Trotski porte sur les forces productives un regard kantien d'impératif catégorique, les forces productives sont " progressistes ", la guerre étant régressive, détruisant les forces productives, elle les feraient stagner, ou les détourneraient de leur mission (de satisfaction des besoins humains ?) Où a- t' il été chercher cela ? Depuis quand le marxisme a- t'il affirmé que le capitalisme avait pour mission de satisfaire les besoins, ou qu'il se préoccupe du développement, le capitalisme au contraire n'a-t' il pas pour mission de satisfaire uniquement le profit? La guerre n'est elle pas le moyen par lequel celui-ci connaît un développement inégalé. D'autre part si on s'intéresse à ce qui c'est réellement passé, à la suite des grandes guerres, le développement de l'automobile et des chemins de fer grâce à la guerre de 14-18, la reconversion (déjà intégrés à leur conception) des bateaux de guerre peu chers (Liberty-ship), de la seconde guerre mondial qui vont faire exploser la circulation des marchandises du plan Marshall (qui soit dit en passant, est une formidable démonstration de l'utilisation du capitalisme d'Etat au profit des intérêts privés), la production des avions de transports militaires reconvertis (B 21) qui vont développer l'aviation civile de masse etc. etc. Essayons quand même de sauver quelque chose de tout cela, Trotski écrit son article en 1929, c'est à dire à un moment où le fascisme monte. Emporté par son antifascisme, il applique à son expression particulière de capitalisme d'Etat, un jugement qui porte sur toutes ses formes historiques. Désormais pour lui ce stade ne peut être que réactionnaire. Est-ce justifié ? Trotski a parfaitement raison de constater que le capitalisme d'Etat fasciste est sans doute le moyen par lequel une fraction de la bourgeoisie tente de contrôler et de contrecarrer, l'universalisation du capitalisme à son profit. Il voit dans la volonté d'empêcher le développement " naturel " des forces productives, une tendance réactionnaire conservatrice, ou au moins une tendance qui s'oppose au point de vue marxiste des origines, qui faisait de cette même universalisation une phase progressiste. C'est là ou la discussion s'impose et où la limite de sa pensée devient évidente. Par rapport à Lénine, il y a déjà une divergence frontale. Lénine juge le stade impérialiste, c'est à dire le stade de l'exportation du capital comme une phase réactionnaire, Lénine dénonce la conquête économique des peuples, leur perte d'indépendance nationale, l'introduction d'un néocolonialisme, par l'extension du capitalisme, pas Trotski. C'est tout le contraire, sa fameuse phrase " Les forces productives font voler en éclats les " Etats- nations "",est une évidence, si on entend par cette expression " les forces productives sous le capitalisme ", c'est pourquoi nous y faisons souvent référence dans nos articles. Cependant cette assertion, mal rédigée devient chez lui un concept Kantien contenant un impératif catégorique : le " progrès " des forces productives (sous-entendu capitaliste ?), serait une " bonne " chose, puisque cela nous aide à résoudre la question de l'Etat. C'est une première erreur, qui n'est pas selon nous, une volonté manifeste de sa part mais qui tient beaucoup plus à la vision complètement idéaliste qu'il a de ces dernières. Les forces productives sont pour lui un deus ex machina, qui contiennent en elles-mêmes les contradictions du mode de production et par elles-mêmes, les moyens de les résoudre. Trotski " Le capitalisme d'Etat aspire à arracher l'économie à la Division Internationale du Travail.( ?) " La D.I.T est une bonne chose ? Nouvelle surprenante, le capitalisme d'Etat aspire à l'arracher ? Ç'a dépend lequel, celui que veulent construire les forces révolutionnaires sûrement, celui qu'impose le fascisme peut-être (mais il ne sert pas les mêmes intérêts) celui qui s'imposera à la surface de la terre lors du compromis réformiste d'après guerre (Capitalisme Monopoliste d'Etat) certainement pas. C'est tout le contraire, en prenant en charge, la part la moins rentable du capital sous la forme de nationalisations publiques, les forces capitalistes mondiales vont favoriser une extension du capitalisme sans commune mesure avec ce qui existait avant guerre. A l'opposé de cette analyse, avec Lénine, on est en droit de penser que depuis le passage au stade monopolistique et son extension impérialiste au reste du monde, par leur nature capitaliste, les forces productives du capitalisme monopoleur, ne jouent plus de rôle progressiste. Que par conséquent, le capitalisme d'Etat, les nationalisations, la planification, l'aménagement du territoire, jouent un rôle contra cyclique de défense des peuples notamment parmi les nations dominées, au moyen du renforcement de l'action de l'Etat - Nation. N'en déplaise à Trotski en affirmant qu'avec Lénine, la Gauche Communiste juge que le Capitalisme d'Etat est une phase obligée, et présente donc par là même, un caractère " progressiste ", Urbhans est beaucoup plus près de Lénine que Trotski. - " à adapter les forces productives au lit de procus de l'Etat national (?) à réduire artificiellement ( ?) l'économie dans certaines branches et à créer artificiellement d'autres branches à l'aide d'immenses faux frais ( ?) " Trotski Ceci vient conforter nos propos précédents, Trotski est incapable d'envisager un processus révolutionnaire autrement que comme le résultat mécanique plein et entier de la mondialisation du capitalisme. Si nous étions méchant (Nous aimons bien Trotski, contrairement à ce que cet article pourrait laisser croire, mais nous n'avons jamais été trotskiste, tout simplement parce que sa vision du monde ne tient pas la route) nous dirions que Trotski est à son corps défendant l'agent objectif du capitalisme, de sa spatialisation mécanique. C'est étonnant de la part d'un homme qui par ailleurs parle d'Etat " socialiste ", de planification (qu'il a d'ailleurs mis en œuvre avec brio dans les transports etc..) Oui camarade Trotski, toute planification consiste à prendre des ressources là où elles sont produites (et donc dans les branches d'industries rentables) pour les appliquer là ou les besoins se font sentir et ou l'économie spontanée du capitalisme ne va pas. Incontestablement cela entraîne des faux frais, et alors ? Nous sommes contre la marchandisation des relations humaines, pour le développement des besoins et donc pour la création de secteurs économiques peu ou faiblement rentables. " En commençant par les douanes du type de celle de l'ancienne Chine et finissant aux épisodes d'interdiction des machines dans " l'économie planifiée " de Hitler. Parvient à une régulation instable aux prix de l'abaissement de l'économie nationale (?) " T. Là aussi Trotski, nous surprend par l'interprétation des faits historiques, l'institution de droits de douanes, a été le moyen par lequel, de nombreux Etats capitalistes ont permis le démarrage de leur industrie et le moyen par lequel ils ont pu développer leur pays (Comme nous le rappellent brillamment les historiens de l'économie avec leur concept de " Take Off "). Hitler aurait abaissé l'économie allemande en se protégeant ? N'est-ce pas l'inverse qui c'est passé, n'est-ce pas une formidable machine guerre aux forces productives surmultipliées qui s'est dressée face aux peuples d'Europe ? N'a - t'il pas fallu que les américains développent à leur tour, la toute la puissance de leurs propres forces productives, pour en venir à bout, qu'ils développent à leur tour une formidable machine de guerre portant leur industrie, leur commerce, leur puissance financière dans des proportions inusités jusqu'à lors, ce que spontanément le système, même mondialisé, livré à lui même, n'avait pas réalisé jusqu'à lors ? " L'introduction du chaos dans les relations internationales et d'un désarroi complet du système monétaire, dont on aura bien besoin pour la planification socialiste ? " T. Trotski, le révolutionnaire, s'inquiète des relations internationales, lesquelles ? Du système monétaire ? Lequel ? On aurait besoin des relations internationales capitalistes et du système monétaire de même nature pour construire la " planification " socialiste ? Là encore, la planification n'est- elle pas concomitante d'une régulation étatique ? D'où sort cette planification, sinon de la tête de Trotski s'entourant d'institutions éthérées " transnationales " pratiquant des relations de mêmes natures, à l'image des forces productives a- capitalistes que Trotski nous a imaginé. La conception que Trotski développe de l'économie n'est pas sans nous rappeler l'économie fiction développée dans les œuvres de David Ricardo. La monnaie par exemple, la monnaie sans liens réels avec les rapports sociaux de production. Les Echanges internationaux, basés sur les coûts comparatifs, des coûts comparatifs a-historisisés. (Une histoire drolatique que se racontent les potaches de première année d'économie résume bien la réalité de l'économie 'fiction' bourgeoise. Dans le cadre de sa démonstration justifiant les échanges internationaux, Ricardo conseillent aux portugais de se spécialiser dans le vin, car le Portugal est un pays où l'on peut faire naturellement du vin, à l'opposé les anglais eux se spécialiseraient dans le drap par ce que les anglais ont dans ce domaine une expérience certaine. Sauf que cette charmante histoire, que l'on continue d'enseigner dans les meilleures universités et les organismes internationaux, nie au moins 3 choses ayant rapport avec l'Histoire réelle. L'Histoire réelle, c'est que l'Angleterre dominante avait à l'époque tout intérêt au commerce, le Portugal dominé peut-être moins. Le Portugal, l'avait d'autant moins que technologiquement le drap était beaucoup plus producteur de sciences, d'industries et de techniques que le vin. En choisissant ce types de produits et de spécialisations, Ricardo n'intervenait donc pas au hasard " de relations internationales et de D.I.T " tel que nous les envisage, notre " innocent " Trotski. Le plus drôle pourtant n'est pas là, le plus drôle, c'est que ce tour de passe - passe ne changeait rien à l'affaire, " aux affaires ", car il faut savoir que la majorité des vignobles portugais étaient déjà à l'époque propriétés des anglais, les anglais raffolant du Porto, on peut encore voir dans certains chais des plus anciens domaines les marques anglaises sur d'anciens tonneaux, on prétend que sur certains d'entre eux est encore écrit le nom d'un richissime négociant, qui a fait fortune dans les céréales après avoir fait baisser les droit de douanes anglaises, les fameuses " Corn-Laws " ( Entraînant et l'agriculture et la classe ouvrière anglaise dans un marasme social qui a fait la spécificité de l'histoire économique et social de cette formation sociale jusqu'à aujourd'hui, n'en déplaise à Trotski) un certain David Ricardo. Notre " innocent " Trotski est à l'image de cette historiette, incapable de comprendre la nature du capitalisme car incapable de comprendre la relation cosubstantielle que la bourgeoisie entretien avec la division du travail, qu'elle soit technique et / ou sociale. Car Urbahns, n'interpelle pas Lénine et Trotski sur la nature juridiques des institutions et des Etats, Capitalistes ou prolétariens, en partant d'une simple appréciation formelle sur leur nature. L'Etat serait prolétarien ou ouvrier parce qu'on le dit, parce que la propriété privée n'existe plus, parce qu'un parti " communiste " est au pouvoir. Il les interroge sur le contenu des forces productives qui engendrent ou non par leur mode d'organisation, la division technique et la division sociale (et plus particulièrement la dimension sociale de la division technique) le fait qu'un système produit ou non, des rapports sociaux bourgeois. Ce qui justifie l'affirmation que c'est une bourgeoisie qui est au pouvoir, par simple existence d'une division technique et sociale, et par l'affirmation indestructible du marxisme que seule l'exploitation engendre le statut (l'ouvrier) et à la fois son résultat (le surproduit). Que par conséquent tous ceux qui dans leur procès de travail au sein du procès de production, ne sont pas productifs au sein plein et strict du marxisme, sont des bourgeois, (entre autres les fonctionnaires). Une bourgeoisie " rouge ", peut-être, composée en partie d'anciens ouvriers, peut-être, mais une bourgeoisie quand même. C'est pourquoi l'imprécision du vocabulaire est ici essentiel, car il traduit chez Lénine (voir notre précédent article, sur la relation de Lénine et la Gauche Communiste) et plus encore chez Trotski, la marque de l'imprécision conceptuelle. En se référent à la nature juridique des Etats sous le vocable indifférencié d'Etat bourgeois ou d'Etat Capitaliste et en lui opposant le concept contraire d'Etat prolétarien. Trotski peut réaliser son tour de passe- passe consistant à affirmer que l'U.R.S.S puisqu'elle est un Etat prolétarien est aussi un Etat Ouvrier. Or nous le savons (mieux, aujourd'hui) si l'imprécision conceptuelle était pardonnable à l'époque de Marx qui utilisait de façon indifférenciée les 2 termes de bourgeoisie et de capitaliste. Il devient essentiel à l'analyse de l'échec du " socialisme ayant réellement existé ". L'U.R.S.S des origines est un Etat prolétarien (propriété publique ou a - propriété, car comme le rappel si justement la philosophie : si tout le monde est propriétaire personne ne l'est) où la classe ouvrière n'est pas au pouvoir. Pour une raison basique simple, donner le pouvoir politique aux ouvriers (au sens marxiste du terme) revient de facto à entreprendre la destruction de l'Etat, de tout Etat. Sinon on donne le pouvoir à un groupe improductif qui gère et dirige au nom de la classe ouvrière. Le seul modèle qui de façon dialectique s'oppose à ce simple constat basique, c'est la Commune de Paris, on élit et on révoque, on institue le turn-over entre les productifs et les improductifs (par nécessité), ce en quoi elle est bien l'a première expérience de dictature du prolétariat (Si on veut bien idéaliser le problème, dans la réalité historique cela ne c'est pas tout a fait passé comme cela, les leaders sont restés à la tête du mouvement et à l'hôtel de Ville du début à la fin, mais enfin, c'est comme cela que Marx nous présente idéalement la chose et nous dit :ça c'est la dictature du prolétariat !) La bourgeoisie comme groupe sociologique ne se caractérise pas par son rapport à la propriété, mais par son rapport à l'accaparement du surproduit. Si tous les capitalistes sont des bourgeois, tous les bourgeois (l'immense majorité même) ne sont pas des capitalistes. On peut donc très bien envisager un Etat prolétarien c'est à dire un Etat où les non propriétaires des moyens de production soient au pouvoir, sans que se soit la classe ouvrière (les productifs au sens marxiste strict du terme) qui y soit. Cela est même le cas le plus répandu dans tous les systèmes qui ont existé. Cela veut dire clairement que c'est bien la bourgeoisie qui est au pouvoir, c'est à dire un groupe qui ne vendant pas sa force de travail dans un processus productif, assume des fonctions de reproduction du système qu'elle défend. La bourgeoisie dirige l'Etat capitaliste comme elle dirige l'Etat prolétarien. Ce en quoi " la bourgeoisie est toujours d'Etat " Louis Althusser. Dans le premier cas les capitalistes, les patrons, n'ayant pas le temps de s'occuper des affaires courantes délèguent à une fraction d'entre eux les bourgeois (Tous les patrons sont des bourgeois, tous mettent en œuvre le processus de production pour dégager un surproduit) cette mission. Ce en quoi la bourgeoisie est toujours du côté de ceux qui mettent en mouvement le capital (Les capitalistes) pour lui faire rendre plus de valeur qu'il ne contient. Qui assume ce rôle dans un Etat prolétarien ? Ce ne sont pas des membres de la bourgeoisie indépendante (capitaliste par existence d'un droit privé) ce sont des membres de l'appareil d'Etat qui font jouer à cet appareil le rôle de centralisateur du surproduit, d'investisseur de l'une de ses fractions dans un nouveau cycle de production. Ce que cette production rapporte ? C'est un surproduit qui sert à la renouveler et éviter son procès, non pas de " prolétarisation " (conceptualisation impropre) mais " d' ouvriérisation " au sens marxiste strict. En ce sens, oui, nous confirmons que la Gauche Communiste a vu juste, quand elle affirmait que c'est une bourgeoisie rouge qui est au pouvoir en U.R.S.S, elle n'a jamais dit que c'étaient des capitalistes. Mais que c'est bien via l'Etat (sous la forme de propriété publique) que s'opère le cycle de reproduction de celle-ci, ceci sous la forme de la réalisation d'un surproduit qui lui permet de se reproduire et de se maintenir au pouvoir. Il s'agit bien d'un Capitalisme d'Etat. Un capitalisme qui n'a pas pour fonction de soutenir le capital privé comme dans les situations historiques vécues jusqu'à ce moment, au moins dans un premier temps, mais bien comme tout capital de permettre la pérennisation d'une bourgeoisie, son renouvellement. C'est pourquoi tous les marxistes conséquents ont toujours lié l'existence des classes sociales à l'existence des Etats et réciproquement. C'est pourquoi, seul le communisme peut résoudre la question de l'existence des classes sociales dans la mesure où il fait disparaître les Etats. Que cette bourgeoisie soit " bureaucratique " est inessentiel au regard du marxisme, elle l'est dans toutes les sociétés quel que soit la nature des Etats. Ce qui par contre est symptomatique, c'est qu'elle ait besoin du capitalisme, pour produire un surproduit nécessaire à son renouvellement. Dès lors et in fine, il ne lui est pas indifférent que la forme de propriété des moyens de production soit privée ou publique. Elle peut avoir tout intérêt à ce que la forme de propriété soit, ou, redevienne privée. Dans la mesure où cette forme est beaucoup plus efficace pour exploitée la classe ouvrière. Dans ce cas elle pourra très bien supporter à ses côtés l'existence d'un capital public auquel elle fera jouer le rôle de simple amortisseur des fractions de capital, peu ou mal rentabilisées. Réfléchir à ce que représente les " nationalisations ", le " capitalisme d'Etat ", surtout quand on combat pour leurs extensions, n'est pas une question subsidiaire , un simple avatar historique, produit d'une phase régressive où une fraction réactionnaire tenterait de dénaturer l'expression " progressiste " d'un automouvement " naturel " des forces productives, comme le pense Trotski. Les nationalisations constituent un premier moment nécessaire à l'évolution progressiste de l'histoire de l 'humanité dans sa lutte pour se libérer des sociétés de classes. On ne peut pas voler par dessus son époque. C'est pourquoi des trois grandes organisations trotskistes qui existent encore aujourd'hui en France, aucune ne conteste la dimension progressiste des nationalisations, dans l'histoire de la lutte du mouvement ouvrier (Par contre elles continuent pour certaine d'entre elles d'entretenir des relations ambiguës avec certaines de ces thèses peu et mal construites, l'échec patent de l'approche de Trotski en économie politique. Un kantisme économisiste le 'progressisme 'de forces productives éthérées donne L.O (surtout ne pas s'opposer au développement du capitalisme, notamment en Europe, car on risquerait d'empêcher les forces productives de se développer et par effet mécanique à la classe ouvrière de se développer). La stagnation des forces productives en relation avec la militarisation de la société donne, le P.T. Pendant ce temps, la question essentielle que se posait la Gauche Communiste historique continue d'être présente et non résolue : une fois le capitalisme d'Etat instaurer, comment le faire disparaître ? Trotski a parfaitement raison de dire dans le court paragraphe qu'il consacre à la façon dont Lénine envisageait le Capitalisme d'Etat, que pour ce dernier il s'agissait d'un stade intermédiaire entre le capitalisme privé et le socialisme. Que sa forme de représentation et de définition qu'il en donne est conforme avec ce que l'expression traditionnelle entendait par capitalisme d'Etat. Enfin que le recours au capitalisme d'Etat sous la forme de concessions durant la N.E.P n'a pas duré. Mais très bizarrement et de façon symptomale, cela le contraint théoriquement à rendre hommage à Staline. C'est pourquoi presque immédiatement, il fait marche arrière : - " Cependant, ici aussi, il faut écarter des malentendus possibles, cette fois-ci d'un genre tout à fait contraire. Lénine choisissait ses termes exactement. Il appelait les trusts non pas les entreprises socialistes, comme les nomment maintenant les stalinistes, mais du " type socialiste ? " Trotski. Il est impératif pour lui de ne pas se faire piéger, il ne peut pas décerner un label à un régime qu'il ne reconnaît pas. Mais à l'opposé, il ne peut pas remettre en cause un système qu'il a contribué à instaurer. Si ce n'est pas du capitalisme privé, si ce n'est pas du socialisme, c'est quoi camarade Trotski ? Du " type ", nous les économistes, on ne sait pas ce que cela veut dire. Assez symptomatiquement d'ailleurs par une " bévue " qui lui échappe, il reconnaît lui même 2 paragraphes plus haut ce qu'il refuse de nommer. " Le développement ultérieur de l'économie soviétique, particulièrement l'industrie, Lénine se le représentait sous la forme d'une concurrence des entreprise étatiques-capitalistes et celles purement étatiques. " Trotski. Autrement dit, pour Lénine sous la phase historique de la N.E.P, si cette phase s'était maintenue (ce qui n'aura pas lieu) la confrontation aurait du se faire entre capitalisme d'Etat ancienne formule et capitalisme d'Etat nouvelle formule. Là on progresse, là on voit mieux. On progresse toujours avec Lénine même quand il se trompe, ce n'est malheureusement pas toujours le cas avec Trotski, même si certaines de ses formulations nous intéressent. Ce en quoi nous communistes de gauche, en faisant porter toute notre attention sur le Capitalisme d'Etat, nous sommes bien plus léniniste que les trotskistes. Nous l'avons vu dans notre précédent article la relation de Lénine avec le capitalisme d'Etat, Lénine considère ce dernier comme " l'anti-chambre du socialisme ". Dans son célèbre ouvrage " sur l'Infantilisme de Gauche " il s'en fait le champion. C'est, pour lui, une nécessité absolue, indispensable pour développer les forces productives dans un Etat en transition économique qui connaît un fort sous développement, il est aussi le moyen éducatif par lequel la classe ouvrière apprend à " gérer " son système et seulement à gérer (ce que nous lui reprochons). Le capitalisme d'Etat (allemand de l'époque Bismarck) est un exemple dont doit s'inspirer et s'inspire de plus en plus la classe ouvrière russe. A l'opposé, Le Capitalisme d'Etat devient pour Trotski le mal absolu, qui empêche les forces productives de s'étendre à l'ensemble de la planète et donc de poursuivre leur travail de sape des Etats-nations. Il va même jusqu'à prétendre que Lénine n'en a jamais été partisan, ce que le recours aux simples écrits infirment totalement. Le point de vue de Trotski présente donc une différence fondamentale avec Lénine. Lénine croît à la construction du socialisme en U.R.S.S, même s'il pense que la poursuite du processus nécessite l'extension de la révolution au reste du monde. Trotski, lui affirme que " les trusts " qui dominent l'actuelle U.R.S.S (de Staline) ne peuvent prétendre qu'à un caractère " tendant vers le socialisme " ce qui ne résout pas le sujet et maintient une position très confuse. D'où la question du " Socialisme " que Trotski est contraint pour finir à aborder dans la dernière partie de son article. " Les Trusts recevront le droit de se qualifier de socialistes, non pas pour le type, c'est à dire pour les tendances, mais pour le contenu, quand ils auront révolutionné l'économie agraire, quand ils auront anéanti la contradiction entre la ville et le village, autrement dit seulement quand sur la base de l'industrie nationalisée et de l'agriculture collectivisée, ils formeront une véritable société socialiste. " Trotski. La phrase commence très bien, va t'on enfin parler du contenu des trusts, de leur procès de production ? Pas du tout, le contenu (indéfini ?) ne sert qu'à bouleverser l'extérieur, non pas à transformer la manière de produire dans une entreprise, mais tout simplement à révolutionner la campagne. On voit mieux ici ce que veut dire le mot " socialisme " et pourquoi il fait des forces productives cette force " venue d'ailleurs " qui a pour principale tâche et fonction de transformer essentiellement son environnement. Car l'action ici clairement définie, c'est de bouleverser ce qui entoure, bouleverser, car ce qui entoure est en " retard ". Pas un mot sur les contradictions qui minent les forces productives, pas un mot sur la fin de la division technique et la division sociale du travail en leurs seins. Autrement dit pas un mot sur les mécanismes réels qui créent les classes, produisent l'Etat etc. Leurs tâches c'est d'ouvriériser les secteurs qui ne sont pas encore atteints par le développement des techniques capitalistes de production. " La dialectique du " contenu " est externe, mais aucune contradiction interne n'est mis en avant. L'économisme coule à flots. Une nouvelle fois la construction conceptuelle du raisonnement s'en ressent : " l'industrie nationalisée ?" comment peut-on nationaliser l'industrie, et construire un raisonnement en partant de ce concept, si on nie tout rôle à l'Etat-nation, ce vilain Etat-nation qui ne fait que s'en prendre aux forces productives. Au reste, le socialisme tel que l'envisage Trotski n'a t'il pas déjà résolu cette contradiction, puisqu'il ne peut pas y avoir selon lui de " socialisme " d'en un seul pays ? Qu'est-ce que cette nationalisation qui n'est pas nationale ? D'où sort son droit ? Si l'industrie est nationalisée, l'agriculture elle, est " collectivisée " ? De quoi Trotski parle - t'il ? L'agriculture ne peut pas être nationalisée ? Pourtant avec les Sovkhozes, une telle situation existera, on présentera d'ailleurs leurs capacités productives, comme étant supérieur aux Kolkhozes " collectivisés ". Soit dit en passant, dans l'analyse des communistes de Gauche, le collectivisme est la forme sous laquelle la nationalisation doit trouver son débouché naturel, Il est dans la dialectique interne des forces productives et des rapports de production, le moteur par lequel la fin de la division technique produit un effet sur la fin de la division sociale et conduit le droit à son dépérissement. L'opposition des 2 secteurs mis en avant par Staline et reprise in texto par Trotski, devient la simple lutte entre 2 formes d'expressions juridiques où la socialisation productive se réduit à une dialectique externe portant sur les formes de propriétés. La confrontation entreprise industrielle nationalisée et entreprise agricole privée " socialisée " par une mise " en commun " juridique, se réduit à un simple transfert de technologie conçu en dehors de l'agriculture. L'usine 'civilise' ces barbares en retard, la ville s'étend à la campagne. Aujourd'hui où le modèle dominant - dominé porté par le scientisme est remis en cause, on peut peut-être retournée la question aux 'civilisateurs' : Par quoi la campagne 'civilise'- t' - elle la ville ? La crise du productivisme, la crise écologique, liée à la naturalisation des forces productives (n'importe quelle machine devant servir n'importe quel système économique) atteint son apogée il n'est peut-être pas inutile de se reposer cette question. Les Communiste de Gauche avaient 2 longueurs d'avance. Dès lors l'étrange raisonnement développé par Trotski sur Hitler refusant d'importer " la machine " force productive conçue à l'extérieure de la formation sociale allemande, reprend tout son sens. L'erreur d'Hitler, n'est pas d'avoir refusé la machine, dont la force productive est supérieure à celle que pourrait produire l'industrie allemande. Son erreur, sa bévue, est d'avoir d'abord cherché à l'imiter à la copier, en ne jouant que sur les coûts et non sur son essence (Ce en quoi Trotski partage la même erreur, lui aussi, ne conçoit la machine que dans sa relation au marché et non dans sa relation à la production, il ne l'envisage lui aussi que comme un coût), Hitler est bien par essence le produit de la bourgeoisie allemande, mais Trotski ne nous aide pas à rompre avec l'idéologie bourgeoise. Un communiste, un vrai, doit d'abord se poser la question de la nature du procès de production et donc réfléchir à la réorganisation du procès de travail. Comment libérer l'homme d'un procès de travail aliénant qui en fait un simple appendice de cette machine. Des machines qui au fur et à mesure que l'expression capitaliste contenue en elles se développe, laissent de moins en moins de place à la créativé spontanée ou réfléchie de ceux qui les servent. Plus la machine devient complexe, riche de potentialité, ceci dans un système ou l'unique but a atteindre est l'accroissement de la productivité, plus elle a besoin d'un être humain dont le rôle effectif se réduit à des fonctions standardisées, celui d'un " singe asservi ". Le Top du Top c'est le robot, " il a tout d'un grand " homme asservi, sauf le droit de faire grève. C'est pourquoi la réflexion sur la fin de l'exploitation est essentielle au projet communiste. C'est bien l'exploitation, la production, qui est la cause du maintien voir du développement de nombreuses formes d'aliénation. C'est parce que le capitalisme privée (comme d'Etat), a besoin d'accroître sans cesse son surproduit, qu'il accroît l'exploitation. C'est parce que pour accroître l'exploitation, il faut accroître la division du travail que sont produites des forces productives aux caractères de plus en plus aliénants. C'est toujours pour accroître l'exploitation, que l'on cherche à diminuer les frais du capitalisme et notamment les frais de reproduction du système comme les salaires, et c'est sur ce jeu essentiel que sont agrégés d'autres rapports d'aliénation comme ceux liés aux sexes, aux âges ou aux régions. Que peut-on retenir de la tentative de théorisation de Trotski " L'Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré ", qui fit sa singularité durant des dizaines d'années dans le concert des critiques de gauche de la dégénérescence de la première expérience révolutionnaire. Certainement la volonté de rester fidèle à Lénine, y compris quand celui-ci commet l'erreur de n'envisager le rôle de la classe ouvrière que sous sa dimension de force maïeutique entraînant la disparition de toutes les classes sociales. Le communisme libère l'humanité, toute l'humanité. Il libère donc la bourgeoisie et en son sein sa fraction capitaliste, de la dimension aliénatrice qu'entraîne tout naturellement l'existence de la propriété privée des moyens de production. C'est pourquoi la théorie de l'aliénation joue un tel rôle chez les trotskistes et que comme pour tous les partisans du " jeune " Marx, l'aliénation recouvre la théorie de l'exploitation. Cette dernière ne devenant centrale chez Marx qu'au moment de la réalisation de son œuvre majeure " Le capital ", notamment du livre 1 (Voir l'excellente préface de Louis Althusser au livre 1 chez Garnier Flammarion). On a assez dit que le messianisme révolutionnaire, "l'homme " en situation, luttant contre toutes les formes d'oppressions et d'aliénations était une caractéristique de la première partie de l'œuvre et la vie de Marx. " Faire " la révolution y joue un rôle central, la " fonction " de la classe ouvrière est de se conduire en conformité avec " son " essence, qui est d'apporter à l'humanité le souffle nécessaire à la résolution de ses contradictions, au premier rang des quelles l'existence de classes sociales. Sauf que cette vision très idéaliste de la résolution des contradictions, fait porter sur la seule volonté du sujet (individu ou classe sociale) toute la responsabilité historique de la transformation de structures sociales qui sont bien autres choses que de simples rouages, produits mécaniques d'un fonctionnalisme, qu'il suffirait de révolutionner pour les faire changer d'orientation voir les faire disparaître. L'autonomie (même relative) des appareils, nécessitera bien d'autres qualités que la seule volonté des sujets révolutionnaires, pour les transformer. C'est ce que le bilan de l'histoire réelle du " socialisme ayant réellement existé " nous conduit aujourd'hui à penser. Le mode de production capitaliste comme objet n'est pas essentiellement le résultat d'un échange volontaire entre les hommes, d'une conscience même fausse, qu'il suffirait de remettre sur ses pieds, autrement dit il n'est pas le produit de relations sociales humaines, qu'une juste prise de conscience suffirait à renverser. Le capitalisme comme mode de production est le résultat de rapports sociaux de production qui échappent à la conscience des hommes (Ce en quoi le marxisme en combattant le capitalisme ne peut-être efficace que s'il accepte d'être un anti - humanisme théorique), puisque le lieu réel de sa constitution échappe à ce que met en scène l'échange, la circulation, le marché. C'est à dire la reproduction de l'idéologie bourgeoise du co-échangiste, du citoyen -propriétaire. Le marxisme comme théorie des rapports sociaux et du plus fondamental d'entre eux, le rapport social d'exploitation, n'est pas une théorie de la communication prenant naissance de façon masquée dans la production, tout comme la psychologie prendrait naissance pour certains dans la psychanalyse. L'inconscient freudien n'est pas, l'autre forme conceptuel du non -conscient psychologique, pas plus que le rapport social d'exploitation, n'est l'équivalent d'expression de l'aliénation des relations au travail. Autrement dit on ne combat pas un système, à coup de bonnes volontés, on combat un système en instituant un autre système, un système antagoniste. C'est pour quoi il existe des logiques de systèmes. Ces logiques sont extrêmement dures voir pratiquement impossibles à enrailler. Plus on instille de libéralisme dans un système, plus les mécanismes larvés de sa logique vous oblige à en instiller toujours plus. C'est pourquoi, la Social - démocratie, n'a pas d'avenir, ne pouvant choisir un système contre l'autre, elle est appelée à jouer l'éternelle cocue de l'histoire. Quelles conclusions essentielles devons- nous en tirer ? D'abord celle-ci, qui n'a jamais été mis en avant, mais qu'il nous paraît essentiellement aujourd'hui de réaffirmer. Peu, très peu, de militants communistes ont compris, l'immense révolution conceptuelle que l'althussérisme, nous a permis d'effectuer. - A) Par sa réévaluation de l'approche psychanalytique en rapport avec la théorie de l'exploitation : Pas plus qu'il n'est besoin que la guérison du sujet passe par une phase de conscientisation, l'insight pouvant fort bien conduire à une " guérison de surcroît ", il n'est obligé que la résolution et la disparition de l'exploitation, ne passe pas la mise en mouvement d'une classe ouvrière " consciente d'elle même " surtout si c'est pour découvrir que in fine, si tout change rien ne change. Ceci au moins pour trois raisons : La première c'est que quelque soit la nature du système qui surgira du capitalisme classique, l'humanité sera toujours obligé de dégager un surproduit. Ce surproduit ne s'appellera plus rente comme sous le féodalisme, ou plus-value comme sous le capitalisme, mais il existera. N'en déplaise à tous les gauchistes, le sujet n'est pas tout puissant dans la résolution des contradictions objectives sociétales. Le communisme primitif ou tout ce qui était produit était consommé, ne reviendra pas. Il faudra produire un surproduit, pour nourrir, tous les inactifs : jeunes, vieux, malades, créer de l'investissement. etc. Qui le produira ? Comment ? La seconde, c'est qu'il existera durant une très longue période des tâches sociales, nécessaire, mais profondement ingrates, engendrées non pas par la " volonté " des sujets, mais par purs effets mécaniques de l'objet système. Qui les effectuera ? Comment ? Enfin et selon toute vraisemblance, la rupture avec le capitalisme classique, a toutes les chances de continuer de s'opérer sous la forme de rupture dans les formations sociales, les unes après les autres. Dès lors, la disparition de la propriété privée, ne pourra prendre que la forme de propriété publique, c'est-à-dire et parce que nous n'avons plus besoin de cache-sexe : de capitalisme d'Etat. En défendant les nationalisations, les 3 principales organisations trotskistes en France ne disent pas autre chose, ce en quoi elles sont en rupture avec ce que dit Trotski dans le texte que nous venons d'analyser. La tâche centrale est donc aujourd'hui la suivant, une fois instauré par nécessité, comment en finir avec le Capitalisme d'Etat ? Nous tous communistes (Libertaires, conseillistes, léninistes, trotskistes, maoïstes..) sommes aujourd'hui responsables de la crise du marxisme. Ou nous résolvons cette contradiction, ou l'histoire nous balaiera. Pierre Martin LETTRE à " France -Soir " (texte présent sur le site marxism.org) Natalia Trotski 9 novembre I961 Monsieur le directeur, Dans l'interview faite par M.Michel Gordey et publiée dans France-Soir le lundi 7novembre, il est dit au second paragraphe : " Elle (c'est à dire moi-même) espère, avant de mourir, assister à la réhabilitation par le communisme mondial de celui (Trotski) qui fut, après Lénine, le plus grand révolutionnaire des temps modernes et le père spirituel de Mao Tsé-Toung, le chef communiste chinois " Ces paroles ne m'appartiennent nullement ; elles ont été introduites par le rédacteur de l'interview. Je me vois donc obliger de préciser ce qui suit : 1. Un grand révolutionnaire comme Léon Trotski ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l'opposition de gauche (Trotskiste) et l'a consolidée par l'assassinat et la persécution des révolutionnaires, tout comme l'a fait Tchang Kai-Chek. Les pères spirituels de Mao Tsé Toung et de son parti son évidemment Staline (qu'il revendique d'ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus. 2. Je considère l'actuel régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne que celui de Franco en Espagne. 3. La terreur policière et les calomnies de Staline n'étaient que l'aspect politique d'une lutte à mort contre la révolution, menée par l'ensemble de la bureaucratie. On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l'anéantissement de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu'elle a réduite en esclavage. Je n'espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anticommunistes ; toute déstalinisation s'avérera un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques, militaires et économiques, bases de la contre révolution qui a établi le capitalisme d'Etat stalinien. ---
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