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L'unification de la classe ouvrière tâche centrale du Mouvement Communiste International 2ième partie : Le moment économique Qui veut contrecarrer la division du travail au sein de la classe ouvrière, doit d'abord s'approprier les mécanismes capitalistes mis en œuvre pour la produire. De nombreux auteurs marxistes ont rendu compte de ce phénomène, nous nous sommes intéressés à quelques uns d'entre eux, en cherchant à rappeler quelques fondamentaux du positionnement communiste. La tâche du mouvement communiste s'il veut rompre avec les sociétés de classes est de mettre fin à un tel processus, il doit donc en contre- partie proposer un projet de mise en œuvre d'une nouvelle unité économique pour cette même classe. Parallèlement, le Mouvement ouvrier et socialiste a depuis longtemps mis en avant les contradictions qui minent le camp de la bourgeoisie. Il y a en effet entre la grande bourgeoisie et la petite bourgeoisie des contradictions qui en un certains nombres de domaines présentent des caractères antagonistes. Mais assez bizarrement, il ne développe aucune analyse concrète des phénomènes qui contribuent à son unité. Le militant ouvrier qui cherche à comprendre pourquoi depuis des dizaines d'années, alors qu'on lui demande de mettre en avant une réflexion et une pratique unitaire vis-à-vis de la petite bourgeoisie, constatant pratiquement que cela n'entame qu'à la marge l'unité organique de la bourgeoisie, se voit régulièrement répondre, quand il s'interroge sur un tel phénomène par les directions " ouvrières ", que c'est parce que la petite - bourgeoisie n'a pas " conscience " de ce qu'elle subit, qu'elle n'en voit pas les causes objectives. Sans vouloir nous montrer sarcastiques, depuis le temps que la petite bourgeoisie " ne voit pas ", " ne comprend pas ", " ne sait pas " où sont ses véritables intérêts objectifs, il y a véritablement de quoi s'interroger sur une telle catégorie sociale. En réalité nous sommes de plus en plus persuadés aujourd'hui que cette charmante histoire, que nous proposent les directions réformistes, n'a d'autre but que de servir leur objectif de maintenir le mouvement ouvrier orienter vers une question intraitable tant que le bouleversement révolutionnaire n'aura pas eu lieu, pour l'engluer dans les affres du changement " démocratique ", où il manquera toujours quelques pourcents de voix sur notre droite qui aurait rendu " enfin " possible le bouleversement tant attendu. Mais surtout, cela permet de masquer les divisions objectives qui existent au sein de la classe ouvrière elle-même, qu'elles soient de genre (sexe, âges, nations, " ethnies " etc.) mais aussi technique,( division du travail etc.).Ces réflexions et pratiques ont totalement disparues au sein de la majorité des organisations qui se disent " révolutionnaire ". La grande bourgeoisie domine, elle domine par mise en œuvre d'un bloc hégémonique, qui lui assure la " servilité " des fractions subalternes. Comment s'opère la domination ouvrière ? Y- a-t-il domination d'une fraction sur une autre fraction ? Un système hégémonique ouvrier doit-il s'inscrire dans un tel processus ou doit-il réfléchir à l'impulsion d'un autre rapport ? Pour l'instant c'est le silence le plus total au sein du Mouvement Communiste International. Cela reste de l'ordre du constat et de la dénonciation " gauchiste ", ou de la dénégation " droitière ". D'un côté la dénonciation d'une aristocratie ouvrière, qui explique la trahison des directions réformistes, fait de l'existence des fractions exclues la nouvelle " figure " ouvrière révolutionnaire. De l'autre, au contraire le constat " sociologique " de fractions déqualifiées, scories, appelées à disparaître par une mise en œuvre d'un processus d'intellectualisation du travail complexe, qu'analyserait " justement " les tenants de la révolution informationnelle. L'unification de la classe ouvrière tâche centrale du M.C.I, passe au sein du P.C.F, mystérieusement à la trappe. De toute façon le poids sociologique de la classe ouvrière diminuant dans les métropoles impérialistes pourquoi s'embêter avec une question dont on n'arrive pas à trouver la juste solution ? " Laissons faire le capital, nous disent les droitiers, encore quelques dizaines d'années et la question sera devenue complètement obsolète ". Ils oublient que si nous laissons faire le capital et qu'effectivement, la création de valeur est complètement externaliser par rapport aux métropoles impérialistes, tous " communistes " que nous sommes, nous ne serons plus que des petits bourgeois, agents bénéficiaires du pillage inter-impérialistes. Quelle unification devons-nous impulser, pourquoi, comment, il y a urgence que les communistes révolutionnaires s'interrogent sur cette question. La ré intellectualisation de la fonction ouvrière est une tâche que tous les communistes reconnaissent, mais doit-elle être le fruit mécanique d'une valorisation capitaliste telle qu'elle se dessine dans la révolution informationnelle. Comment faire pour que ce sujet, forcement conflictuelle, soit porté par tous les travailleurs. La simple victoire électorale ne suffira pas à résoudre un tel problème, la simple réorientation sociale de la gestion économique non plus. Il faut défendre et construire le point de vue communiste sur les lieux de production. La question de la résolution des contradictions au sein du travailleur collectif n'appartient pas qu'aux syndicats, elle relève du point de vue communiste. Elle est même essentiellement extérieure au point de vue syndicale, en ce sens que la défense des catégories codifiées par les conventions collectives peut devenir un frein au bouleversement politique qu'implique la recherche d'une égalisation manuelle et intellectuelle, au sein du travailleur collectif face à la mise en œuvre du procès de travail. La fuite en avant vers la petite bourgeoisie pratiquée par les tenants sociaux -démocrates d'un économisme (le développement capitaliste contenant en lui-même les solutions techniques à la crise de la division du travail) faisant de l'aristocratie ouvrière la fraction victorieuse par défaut, n'a pas d'autre objectif que de faire oublier que la question n'est pas résolue et qu'elle reste la question centrale de toute révolution communiste. Comment s'opère à l'intérieur du développement capitaliste cette polarisation et cette dépossession du travailleur d'avec l'objet de travail, des moyens de travail, mais aussi d'avec la connaissance, par la création d'un côté du travail simple produit de la déqualification et de l'autre du travail complexe travail intellectuel résultat du produit de surqualification. C'est ce que nous rappellerons d'abord, en nous inspirant des écrits classiques du marxisme. FORCES PRODUCTIVES et /ou PROCES DE TRAVAIL Quelques définitions : Objet de travail : objet sur lequel s'exerce le travail humain. Matière brute, matière première (matière préalablement travaillée), constituant sa propre finalité ou disparaissant dans la réalisation d'un autre objet de travail (ex : le pétrole, le charbon etc.), ils deviennent alors un moyen de travail Moyens de travail : objet que les hommes interposent entre eux et l'objet de travail en vue de le transformer. A l'origine ils peuvent être désignés par le terme d'instrument de travail, mais avec le passage de la manufacture à la fabrique puis à l'usine moderne , la machine complexe et l'informatique cumulent en un seul objet plusieurs instruments de travail. Moyens de travail au sens strict : instruments de travail au sens élargie Moyens de travail au sens large : terrains, bâtiments, routes etc. Moyens de production : Objet de travail + Moyens de travail Constituent le travail passé ou travail matérialisé , c'est-à-dire le travail mort, moyens inertes qui ne devient force créatrice que sous l'action du travail humain ou force travail. Force travail : C'est un moyen de travail particulier, car il s'agit de l'énergie humaine utilisée dans le procès de travail (de type simple " travail simple " ou de type intellectuel " travail complexe). Procès de travail : transformation de l'objet de travail à l'aide des moyens de travail par la force de travail. En un sens le procès de travail semble s'identifier aux forces productives. Forces productives : Moyens de production + Force de travail Mais les forces productives sont en réalité la traduction du degré d'autonomie historique qu'acquièrent au cour du temps, les moyens de production vis-à-vis de la force de travail (Travail mort vis-à-vis du travail vivant). Ceci afin de se la soumettre et développer la productivité du travail, phénomène masquant le degré d'exploitation. Le niveau de développement des forces productives est à la fois l'indice du degré de pouvoir de l'homme sur la nature, ceci si on le considère sous l'angle de travail mort, mais c'est aussi l'image de son degré de soumission à l'exploitation dans la mesure où la propriété des moyens de production l'emporte toujours plus sur la " possession " comme socialisation objective exprimée par la force de travail au cours du procès de travail. Rapports de production : Dans la production de même que dans ses effets la circulation et la réalisation, les hommes établissent entre eux des rapports. Dans la production les hommes établissent d'abord des rapports techniques. Les rapports techniques de production : Indiquent le degré de coopération, de rapports directs ou indirects que les travailleurs entretiennent avec le procès de travail et son rapport au procès de production. Coopération simple ou coopération complexe. La coopération peut être simple si le travailleur individuel entretient une relation directe avec l'instrument de travail, on parlera de travailleur collectif et de coopération complexe, si la division du travail conduit à multiplier les intervenants sur un même objet de travail de façon synchronique ou diachronique. Rapports techniques de production = Agent de production + Objet de travail = Agent de production + Moyens de travail Agent de production + Moyens de production Historiquement le travailleur (l'agent de production) est d'abord dépossédé de son objet de travail. La matière première provient d'une autre source par spécialisation et division du travail. Puis ce sont ses moyens de travail qui viennent à lui être arrachés, par accumulation du capital sous forme de capital monétaire, une partie provenant de la vente de l'objet de travail devenue marchandise (Propriété) une autre, provenant du capital de prêt sous forme d'anticipation monétaire 'signe' de cette même potentialité d'appropriation et condition première du bouleversement du procès de travail entrainant une modernisation des moyens de travail en vu dans accroitre la productivité. Les rapports sociaux de production Les rapports techniques de production, sont des rapports sociaux de production, ils ne sont pas tous les rapports de production, mais ils en sont le cœur. La circulation des objets de travail de même que leur réalisation (i.e : au sens marxiste, leur validation sociale comme objets méritant d'être échangé) sont aussi des rapports sociaux de production. Ils instituent la marchandise et la propriété comme rapports sociaux de production. Mais ce que met en avant le marxisme, c'est que la marchandisation comme équivalent général (la monnaie étant une forme particulière de marchandise) provient de la marchandisation du travail, par modification de la place du travailleur (l'agent de production) direct dans les rapports de production. Le travail devenant marchandise, il contribue à généraliser cette forme historique. Dans les sociétés de classes, le travail comme marchandisation, n'est pas le résultat de l'universalisation des rapports marchands (rapports sociaux), qui atteindrait la sphère particulière de la production. Tout au contraire, ce que montre l'universalisation des rapports marchands dans les sociétés de classes, c'est qu'ils sont issus des rapports de production et de la place subordonnée que le travail y tient. Autrement dit les rapports techniques ne sont pas une simple variante de rapports sociaux. Ils sont au contraire la forme par laquelle s'universalise les rapports sociaux. La relation du non -travailleur (le propriétaire) à l'objet et aux moyens de travail et celle du producteur immédiat ou travailleur direct à ces derniers introduisent, la distinction essentielle aux seins des rapports entre : Propriété économique : Contrôle économique réel des moyens de production permettant de les affecter à des utilisations données et de disposer des produits obtenus. Ce qui a à voir avec le procès de production Possession économique : Capacité à mettre en œuvre les moyens de production, par la maitrise du procès de travail et donc qui se rapporte à ce dernier. Avant le capitalisme, le travailleur n'est pas complètement déposséder des moyens de production outils ou objets de travail, mais avec le capitalisme, il n'est plus propriétaire que de sa force de travail qui par sa vente devient une marchandise. Comme propriétaire économique de sa force de travail (possession économique) en la vendant, il renonce par la même symboliquement à rendre visible qu'elle est source de toute richesse et de tout accroissement de richesse. Celle - ci présentant la particularité de par l'universalisme de ces capacités, d'universaliser la marchandisation. La marchandisation (Circulation et validation) ne peut plus désormais être disjointe de l'exploitation. La circulation : M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise) La Validation : A-M-A (Argent-Marchandise-Argent) Ces deux rapports sociaux ont une interface qui les lie à la production et à l'infrastructure économique, présentent un côté pile qui les rattache à l'Etat par le droit et par la monnaie dépendant eux de la superstructure politique. Plus tard la propriété économique peut elle-même se disjoindre en une propriété juridique (par exemple (employeur et actionnaire) dont le droit relève de la superstructure. Mais le juridique le plus souvent consacre l'économique ; la superstructure aide à la reproduction de la structure économique. Ce qui apparaît dans l'échange, c'est une relation d'apparence égalitaire qui fait " trace " ou " signe " par la dématérialisation (ce qui permet d'éliminer de la conscience la place de l'Etat et donc sa fonction de naturalisation des fondements de la propriété (actes ou signes) du droit et de la monnaie). D'où la tendance naturelle à réduire les rapports sociaux de production, à leur manifestation symboliques sous formes de relations sociales de production. L'accroissement de valeur résultant de la circulation et de la validation peut désormais apparaître comme étant un pur produit des conditions du marché. L'exploitation produit des conditions de production, disparaît dans la réalisation comme produit du marché. L'échange marchand comme relation entre 2 coéchangistes s'opère de façon consciente au moyen de la monnaie, signe valeur (produit historique de la dématérialisation de la marchandise 'Or') validé par l'instrument de reproduction des rapports d'exploitation qu'est l'Etat (création d'une monnaie centrale " validant " les monnaies privées bancaires). MODE DE PRODUCTION et /ou PROCES DE PRODUCTION Procès de production : Procès de travail + Rapports de Production " Le procès de production n'est pas défini par des données " technologiques ", mais par les relations des agents aux moyens de travail et, ainsi, entre eux, donc par l'unité du procès de travail, des forces " productives " et des rapports de production. Les procès de travail et les forces productives, y compris les " technologies " n'existent pas en soi, mais toujours dans leur relation constitutive aux rapports de production. On ne peut ainsi parler, dans les sociétés divisées en classes, de " travail " productif neutre en soi. Est travail productif, dans chaque mode de production divisé en classes, le travail qui correspond aux rapports de production de ce mode, c'est-à-dire celui qui donne lieu à la forme spécifique et dominante d'exploitation. Production, dans ces sociétés, signifie temps, et dans un même mouvement, division en classes, exploitation et lutte de classes. " Nicos Poulantzas. " Il s'en suit que, sur le plan économique, ce n'est pas le salaire qui définit la classe ouvrière : le salaire est une forme de répartition du produit social, recouvrant les rapports du marché et les formes du " contrat " d'achat et de vente de la force-travail. Si tout ouvrier est salarié, tout salarié n'est pas ouvrier car tout salarié n'est pas forcement travailleur productif. Si les classes sociales ne sont pas définies sur le plan économique par une division dans l'échelle des " revenus "-Riches-Pauvres- elles ne sont pas définies non plus par la situation de leurs agents dans la hiérarchie des salaires….. " Nicos Poulantzas Le procès de production est donc composé de l'unité du procès de travail et des rapports de production. Mais, au sein de cette unité, ce n'est pas le procès de travail, incluant la technologie et le procès technique, qui a le rôle dominant : ce sont les rapports de production qui dominent toujours le procès de travail et les forces productives, en leur imprimant leur tracé et leur allure. C'est même cette domination des rapports de production sur les forces productives qui donne à leur articulation la forme d'un procès de production et de reproduction des rapports de production. C'est de ce rôle dominant des rapports de production sur les forces productives et le procès de travail que découle le rôle constitutif des rapports politiques et des rapports idéologiques dans la détermination structurelle des classes sociales. Cela implique enfin que dans les places des classes sociales au sein même des rapports de production, c'est la division sociale du travail, telle qu'elle s'exprime par la présence spécifique des rapports politiques et idéologiques au sein du procès de production, qui domine la division technique du travail : on verra amplement les conséquences notamment dans la " direction et surveillance " du procès de travail, mais aussi dans celle de la détermination de classe des ingénieurs et techniciens de la production. Signalons simplement que c'est en tenant compte de ces propositions marxistes fondamentales que l'on peut saisir le rôle décisif de la division " travail manuel- travail intellectuel " dans la détermination des classes sociales. Freyssenet rappelle dans la préface de son ouvrage, les illusions nées du développement de l'automatisation dans les métropoles impérialistes à la fin des années 70. 1- Machinisme et automatisation sont les produits de la science et de la technique qu'il conviendrait d'analyser indépendamment de la nature du système économique et social. On constate en effet le développement du même processus à l'Est comme à l'Ouest 2- Ce développement à pour conséquence d'entrainer un gonflement statistique des catégories d'ingénieurs et de techniciens et une diminution des catégories d'O.S et de manœuvres. 3- Un tel processus n'aurait de conséquences sociales qu'au sein de l'entreprise mais nullement à l'extérieur sur la vie sociale des travailleurs. Mai 68 bouleverse, selon lui, totalement cette approche. L'automatisation n'apparaît plus comme la solution à la question de la division du travail, mais devient au contraire le problème. Elle accentue le procès de surqualification-déqualification et la séparation entre travail manuel et travail intellectuel. Ce mode de division du travail est spécifique au mode de production capitaliste c'est-à-dire qu'il est inhérent à la séparation du capital et du travail. C'est pourquoi toute société se déclarant " socialiste " mais où l'on observe le même mode de division du travail, sans que l'on parvienne à en modifier le cours est en fait encore régie par des rapports de production capitalistes, dans la mesure où la seule propriété d'Etat des moyens de production ne peut être confondu avec la " possession réelle " de ces moyens par les travailleurs eux-mêmes. Avec l'automation un nouveau stade est atteint dans la mise en place du travail complexe sous domination capitaliste. J. Lojkine et Yvette Lucas nous en rappellent le mécanisme : L'automation est un processus différent de la mécanisation.et de l'automatisation L'automation implique l'objectivation dans la machine de l'ensemble des " fonctions logiques " liées au contrôle et à la correction du procès de travail immédiat. La mécanisation est un processus appliquant un " principe mécanique " simple objectivation de la fonction ouvrière. Si en effet l'on s'en tient au seul rapport Homme/ Machine, il est nécessaire de distinguer : - La machine -outil comme objectivation de la fonction ouvrière - Le principe automatique comme objectivation de certaines fonctions de contrôle et de régulation humaine Ce que certains appellent automatisation et que Lojkine et Lucas préfèrent appeler automation. Avec l'automation : les rapports entre l'homme et la machine peuvent changer radicalement, dans la mesure où le travail humain immédiat, depuis sa fonction ouvrière jusqu'à sa fonction logique de commande et de correction, tend à être entièrement objectivé par la machine. Il y aurait une rigidité des formes anciennes de l'automatisation (i.e : La mécanisation achevée des machines-transferts) Opposée à la " flexibilité " des formes nouvelles d'automation que sont aujourd'hui les systèmes intégrés de machines-outils à commande adaptative (ateliers flexibles) Là, les processus de contrôle " en boucle fermée " (automatisation de la surveillance et de la correction) mis au point dans les industries de process. L'ancienne automatisation maintenait elle, un rapport à la mécanisation dans la mesure où la fonction proprement dite de conduite des moyens de travail correspondants n'est pas objectivée, avec les formes nouvelles, la fonction humaine " directrice " tend au contraire à se développer, depuis la supervision, jusqu'à la conception de la direction, la programmation et l'optimisation. Cela conduit à une modification des postes de travail liés à la production directe (O.S, O.P, agents de maîtrise, techniciens de l'organisation du travail, dessinateurs, secrétaires comptables caissiers) et à un accroissement des postes liés à la conception de gestion et de maintenance (notamment les métiers de l'information). Cette tendance ce confirme en Europe aux U.S.A et au Japon, constate Lojkine, il y a diminution des ouvriers qualifiés et non qualifiés et augmentation du travail qualifié dans les postes de coordination et de préparation de l'ensemble des activités liées à l'informatique. Cependant, le constat fait par Lojkine et Lucas n'indique pas ce que devient le travail déqualifié, il n'implique que la fusion-absorption de la fonction d'ouvrier qualifié avec celui de technicien et d'agent de surveillance- contremaître. Autrement dit, il y a constat objectif de la fusion de l'aristocratie ouvrière avec la petite bourgeoisie. Cela valide t'il le projet de la direction du P.C.F de n'être que le support objectif des intérêts immédiats d'un tel groupe sociologique. Que deviennent les fractions exclues, même si leur poids sociologique diminue ? Que propose la direction du parti envers ses fractions de classes ? Il est certain que le projet électoraliste nourrit une telle dérive. A ne penser la rupture qu'en terme électorale, pourquoi s'intéresser à des milieux que le procès de production chamboule, exclue, marginalise. Ce n'est pas " rentable " social-démocratiquement parlant, et surtout, cela ne valorise pas la vision linéaire " progressiste " d'une Révolution Scientifique et Technique bouleversant le procès de production et créant la figure moderne d'un " ouvrier-technicien-informaticien " majoritaire dans la classe ouvrière qui n'aurait plus besoin de s'occuper de rupture révolutionnaire, mais seulement de gestion électorale d'une société d'information et de connaissance démocratique faisant sentir ses biens faits sur tous. Rappelons le processus tel que le présente Yvette Lucas ; " Le procès de travail est considéré fondamentalement comme l'unité et l'interaction dynamique des conditions objective et subjectives de la production. Les instruments de travail sont le chaînon qui relie le sujet à son but et l'activité à l'objet. Ils sont un facteur objectif par rapport au travailleur, un facteur subjectif pour l'objet de travail. L'instrument de travail est une matérialisation de la subjectivité du travail humain vivant, son énergie, ses connaissances, son expérience. Fonctions universelles du travail : 1- L'établissement d'un plan, assignation d'un but. 2- La fonction motrice ou énergétique 3- La fonction ouvrière ou technologique 4- La fonction régulatrice Cela caractériserait le procès de production. L'objectivation des fonctions du travail. L'essentiel pour Marx (révolution industrielle) réside dans le passage de l'outil à la machine à outil. La fonction ouvrière sort du producteur direct. La production devient un processus objectif. Stade de la machine-outil : Le producteur conserve encore l'activité de contrôle à l'aide de ses organes sensoriels, il constate les écarts à la norme et intervient pour les réguler. Stade de l'automatisation : Nouveau stade d'objectivisation, pour améliorer encore le contrôle et la commande dans leur régulation. Mais la boucle rétroactive se termine encore sur le sujet du travail. Stade de l'automation : Un nouveau stade est franchi ou la boucle rétroactive ne se termine pas sur le travailleur, mais sur un bloc de commande introduit dans l'unité de production et chargé de la correction et de la régulation dernière fonction du travail humain immédiat ". Elle ajoute : " Dès lors l'avenir du travailleur semble tiré vers la fonction d'intellectualisation. l'objectivisation de la production n'est donc pas autre chose que la tendance progressive, logique et nécessaire, à l'intellectualisation du travail, à l'émergence de plus en plus grande de forces authentiquement humaines Mais il ne faut pas confondre, aliénation technologique et aliénation du capital. On peut avoir tendance à considérer que le problème dominant est l'aliénation technologique, que le problème provient du choix des techniques retenues dans le procès de travail. Alors qu'en fait le problème provient de la soumission du procès de travail au procès de production qui lui dépend de la mise en mouvement du capital. L'automation fonctionne donc sous le double mouvement du procès de travail (qui concerne la relation de l'homme à la nature, par l'acte de produire) et du procès de production (unité contradictoire du procès de travail et du procès de valorisation) ". Lucas à certes raison de rappeler que le procès de travail est soumis au procès de production lui-même conduit par le procès de valorisation, mais les techniques existantes résultent elles mêmes d'un tel processus. Elles sont donc déjà le produit d'un choix de valorisation. Entre la machine à outil de la fabrique et le petit outil de la manufacture, il y a déjà eu acte de dépossession intellectuelle (la machine à outil effectuant les actes plus performants que le travailleur manuel devait avant posséder en propre) et dépossession matérielle, cette même machine étant devenue propriété de l'entrepreneur alors que le petit outil artisanal appartenait encore à l'ouvrier professionnel. Ce qui apparaît comme un problème technologique est déjà un problème social. Y a-t-il pour autant une nouvelle Révolution Scientifique et Technique( thèse que soutien Yvette Lucas) qui conduirait à un simple transfert de main d'œuvre d'un secteur à l'autre ? C'est ce que conteste Lojkine. " Non, les pertes d'emplois qualifiées ne sont pas compensées par les nouvelles créations. Les nouveaux postes nécessitent cependant souplesse et adaptation dans la surveillance. Ils nécessitent autonomie. Mais ceci n'est pas pris en compte par le patronat à travers les nouvelles conventions collectives qui cherchent plutôt à tirer partie de la flexibilité. " Constatation justifiée de Lojkine : " on ne peut confondre sous peine de tomber dans l'illusion techniciste, le rapport immédiat homme/ machine et le rapport social global impliqué par la division du travail et des fonctions dans l'atelier, le service et l'entreprise. La qualification ne peut être définie en dehors de ce rapport social, qui est en dernier lieu un rapport de classe. .. …Les statistiques de créations d'emplois n'indiquent pas la nature réelle du travail effectué. L'augmentation des postes dit qualifiés n'indiquent pas s'ils le sont vraiment. L'automation N'implique donc pas mécaniquement une hausse du travail qualifié. On constate plutôt un accroissement de la division du travail au sein des catégories d'encadrement et de recherches qui ont tendances à ne devenir que des exécutants de décisions sur lesquelles ils n'ont que peu de regard. L'évolution de l'organisation du travail dépend de la nature de gestion pratiquée dans l'entreprise. La taylorisation des tâches est liée à la volonté d'augmenter la profitabilité des entreprises. Il faut imposer une autre gestion pour pouvoir réfléchir à une autre évolution des postes de travail. " En conclusion de son ouvrage, Lucas, réaffirme que la R.S.T doit être considérée comme un support du monde du travail pour autant qu'elle n'échappe pas à ce dernier et qu'il sache s'en saisir. " Si la R.S.T intéresse bien au tout premier chef la dynamique des forces productives, il serait faut de croire qu'il y a d'un côté les forces productives avec la révolution scientifique et technique et, de l'autre, les rapports de production avec la révolution sociale socialiste. Car le développement des forces productives est à la fois un certain devenir des moyens d'action de l'homme sur la nature (devenir qui n'est pas forcément linéaire, sans à -coups, ni ruptures, voire sans retours en arrière : l'histoire ne manque pas de civilisations perdues) et une manière de traiter ces moyens d'action qui relève de la structure et du fonctionnement des rapports de production. Il ya donc union intime des forces productives e des rapports de production " Nous ne pouvons que réaffirmer notre accord avec le point de vue selon lequel il y a bien fusion des forces productives et des rapports de production et non pas juxtaposition comme dans la formule classique : Mode de Production = Forces Productives + Rapports de Production Lucas ne fait que souligner que la formule : Procès de production = Procès de travail+ Rapports de production est plus dialectique, ce que nous avons reproduit plus haut en partant de son livre. Mais au sein du procès de travail, elle accorde au moyen de travail qu'est la révolution scientifique et technique une place que le marxisme par exemple à toujours refuser d'accorder à l'énergie en générale bien qu'il valorise une énergie particulière celle de la force de travail. L'énergie qui fait tourner la machine couplée l'efficace de la révolution Scientifique et Technique, qui l'a produit dans sa technologie, n'équivaut pas selon Marx dans la loi de la valeur à l'efficace énergétique de la force de travail. La question de l'appropriation reste donc posée au sein du procès de travail, non seulement sous la forme juridique de la propriété ce qui tire l'analyse du côté des forces productives, mais aussi du côté de la possession réelle par le travailleur ce qui oblige à s'interroger sur la division du travail manuel et du travail intellectuel au sein du procès de travail, c'est à dire non seulement dans la relation du travailleur avec l'objet de travail et le moyen de travail (travail vivant), mais aussi dans ceux-ci comme travail mort et dans la forme spontanée sous laquelle ils se présentent. Le fait que le procès de connaissance soit externalisé du procès de production de façon de plus en plus massive, le réintroduit de façon idéaliste dans la relation au travailleur comme un procès auquel il ne peut que se plier. Son développement massif et contraignant, à la fois sur la matière des objets de travail et sur la nature des moyens de travail, contribue fortement à la dépossession réelle du travailleur. En contrepartie le procès de surqualification du stade d'automation du développement du capitalisme ne contrebalance pas du tout dans les mêmes proportions l'existence d'un tel phénomène. Il n'y a surqualification que sur un process donné et toujours sous contrôle des donneurs d'ordre parmi lesquels les scientifiques (ceux en lien avec la production). C'est pourquoi nous estimons que les communistes ne peuvent se contenter d'accompagner et l'institutionnalisation de la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel tel qu'elle est sanctifiée par le système scolaire, mais aussi le " positivisme " affichée provenant de l'appareil scolaire universitaire, laboratoires etc. etc. et les effets qu'une telle approche produit au sein de l'entreprise sur la classe ouvrière alors que par ailleurs sa représentation du monde fruit de l'Education Populaire Révolutionnaire est en pleine déconfiture. Le stalinisme scientiste continue de produire ses ravages, et il ne continue que parce qu'il est la forme spontanée de représentation du monde de l'aristocratie ouvrière précédemment sous influence de la sociale -démocratie. Maignien dans son texte, en traduit la contradiction au sein du procès de valorisation. " La loi générale d'extraction maximale du surtravail sur un nombre minimal de force de travail pousse à la déqualification maximale, un maximum de travailleurs manuels et à une qualification maximum, un minima de travailleurs intellectuels …. Dans son ouvrage " le Marxisme et les problèmes de la linguistique " Staline affirme que la langue qui diffère en principe de la superstructure ne se distingue pas cependant pas des instruments de production, par exemple des machines qui indifférentes à l'égard des classes comme l'est la langue, peuvent aussi bien servir le régime capitaliste que le régime socialiste… Certes (souligne Maignien) les machines ne sont pas des rapports de production en ce sens que dans la loi de la valeur elles ne jouent pas le même rôle de valorisation que la force de travail. Mais elles sont bien la manifestation de l'accentuation de la division du travail au dépend du travailleur manuel tendant à externaliser ces fonctions intellectuelles pour accroître via la dépossession l'exploitation de l'homme par l'homme. Que change la nature du système et un autre type d'industrialisation peut voir le jour pour cela il ne suffit pas que la forme de propriété soit modifier, en passant d'une expression privée à une expression publique. Il convient également que l'appropriation réelle du procès de travail par le travailleur soit rendu possible. " Cela n'est pas sans conséquences sur la stratégie révolutionnaire à mettre en place afin de permettre l'accession réelle de la classe ouvrière au pouvoir politique mais aussi économique. " On n'évalue pas le niveau de développement des forces productives au degré de progrès technologique, mais au degré de conscience révolutionnaire de la classe ouvrière " Mario Tronti principal théoricien de l'Opéraïsme (ouvrièrisme) italien. S'il s'agit de s'occuper uniquement des rapports de propriétés sur le capital et sur la marchandise, il est évident qu'une stratégie visant le pouvoir d'Etat est primordiale puisqu'elle facilité l'accès au droit et à la monnaie. S'il s'agit d'une stratégie visant l'unification révolutionnaire de la classe ouvrière, il est évident qu'elle doit visée prioritairement la possession des moyens de production (le rapport d'appropriation du procès de travail) et donc la division du travail dont la division du travail manuel et du travail intellectuel et leur rapport à la production d'un champ scientifique et de ces effets sur l'objet de travail et les moyens de travail. " Au parti revient la conscience politique, mais il doit le faire de l'intérieur du procès de production. Il n'y a personne aujourd'hui pour penser mettre en place tant soi peu, un processus révolutionnaire sans organisation politique de la classe ouvrière, sans parti ouvrier, mais trop de gens pensent encore que le parti peut diriger la révolution en restant enfermer en dehors de l'usine. Que l'action politique commence là où finit le rapport de production et que la lutte globale contre le système est quelque chose qui se développe au sommet de l'Etat bourgeois, alors que ce dernier est devenu entre temps, l'expression particulière des besoins sociaux de la production capitaliste… Il s'agit de fonder la rupture de l'Etat en faisant surgir à l'intérieur de la société, la destruction de celle-ci en le faisant surgir du procès de production, bref il s'agit de renverser les rapports de production à l'intérieur du rapport social d'usine, c'est à l'intérieur de l'usine capitaliste que l'on brise aujourd'hui l'appareil d'Etat bourgeois. " Mario Tronti. P. Martin Rappels et définitions : " Précis d'Economie Politique " Lev Léontieff, Edition de Moscou 1972 " Principes Elémentaires du Matérialisme Historique "Martha Harnecker, Lharmattan -1992. "Les classes sociales dans le capitalisme aujourd'hui " Nicos Poulantzas, Seuil- 1974. " La division du travail manuel et intellectuel " Yannick Maignien, F. Maspéro -1975. " La Division capitaliste du travail " Michel Freyssenet, Savelli 1977 " Ouvriers et capital " Mario Tronti Christian Bourgois 1977 " Technologies, gestion et travail : l'enjeu de l'automation " Jean Lojkine, Issues n°15 Institut de Recherches Marxistes. " La Révolution Scientifique et technique " Yvette Lucas Editions Sociales -1981 -
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