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Anton Pannekoek: La propriété publique et la propriété commune (Western Socialist, novembre 1947) (En caractères rouge : nos commentaires) L'objectif reconnu du socialisme est de prendre les moyens de production des mains de la classe capitaliste et de les mettre entre celles de la communauté des travailleurs. On appelle cet objectif parfois " la propriété publique " et parfois " la propriété commune " de l'appareil de production. Il y a pourtant, entre ces deux expressions, une différence prononcée et fondamentale. La propriété publique est le droit de propriété, c'est-à-dire de disposition, exercé par un corps public qui représente la société, par un gouvernement, par le pouvoir d'Etat ou par quelque autre corps politique ; les personnes qui forment ce corps, hommes politiques, fonctionnaires, chefs, secrétaires, directeurs, sont les maîtres immédiats de l'appareil de production ; ils dirigent et règlent les moyens de production ; ils commandent les travailleurs. La propriété commune est le droit de disposition exercé par les travailleurs eux-mêmes ; la classe ouvrière (ce terme est pris ici au plus large de sa signification et fait référence à tous ceux qui prennent part au travail vraiment productif ; il inclut les employés, les fermiers, les hommes de science) est le maître immédiat de l'appareil de production, dirigeant, décidant et réglant la production qui est en fait leur travail commun. Sous le régime de propriété publique, les travailleurs ne sont pas les maîtres de leur travail : peut-être sont-ils mieux traités et payés que sous le régime de propriété privée, mais ils sont malgré tout toujours exploités. L'exploitation ne veut pas simplement dire que les travailleurs ne reçoivent pas le produit entier de leur travail ; une grande partie de celui-ci doit toujours être utilisée pour l'appareil de production et pour les secteurs improductifs mais nécessaires de la société. L'exploitation a pour essence le fait que d'autres qui forment une autre classe disposent des produits et de leur distribution, qu'ils décident quelle part sera attribuée aux travailleurs comme salaires, quelle part ils retiennent pour eux-mêmes et pour d'autres effets. Sous le régime de propriété publique, ceci appartient à la régulation du processus de production, ce qui est la fonction de la bureaucratie. Ainsi, en Russie, la bureaucratie en tant que classe dirigeante est le maître de la production et des produits, et les travailleurs russes forment une classe exploitée. Dans les pays occidentaux, on connaît seulement la propriété publique (dans quelques branches) de l'Etat capitaliste. On peut citer ici le célèbre écrivain " socialiste " G. D. H. Cole " pour qui le socialisme équivaut à la propriété publique, Il a écrit : " Toute la population ne serait pas plus capable que tout le corps des actionnaires dans une grande entreprise moderne de diriger une industrie ( . . . ) Il faudrait, sous un régime socialiste autant que sous le capitalisme développé, confier la direction des entreprises industrielles à des experts salariés choisis pour leurs connaissances spécialisées et leur habilité vis-à-vis de certaines branches du travail " (An Outline of Modern Knowledge, édité par Dr. W. Rose, 1931, p. 674). " Il n'y a aucune raison pour supposer que la socialisation d'un secteur de l'industrie signifierait un grand changement dans son personnel de direction " (p. 676). En d'autres mots : la structure du travail productif reste tel qu'il est déjà sous le système capitaliste ; les travailleurs restent soumis aux directeurs qui les commandent. Il est clair qu'il ne vient pas à l'esprit de l'auteur " socialiste " que " le peuple entier " consiste principalement en des travailleurs qui, en tant que producteurs, sont parfaitement capables de diriger les industries dans lesquelles ils travaillent. On revendique quelquefois le contrôle ouvrier comme moyen de corriger le système de production géré par l'Etat. Mais voyons, le fait de demander le contrôle, la surveillance à un supérieur montre bien l'esprit de soumission d'objets désespérés soumis à l'exploitation. Ainsi donc, on peut contrôler les affaires d'un autre homme, mais on ne contrôle pas ses propres affaires, on les fait soi-même. Le travail productif, la production sociale est l'affaire authentique de la classe ouvrière. C'est le contenu de sa vie, sa propre activité. Elle-même pourrait s'en occuper si la police et le pouvoir d'Etat ne l'en empêchait. Elle a les outils, les machines à sa disposition ; elle les utilise et les manie. Elle n'a besoin ni de maîtres pour la commander, ni de finances pour contrôler les maîtres. La propriété publique est le programme des " amis " des travailleurs qui souhaitent remplacer l'exploitation dure du capitalisme privé par une exploitation modernisée plus douce. La propriété commune est le programme de la classe ouvrière seule, combattant pour son auto-libération. Nous ne parlons pas ici bien sûr d'une société socialiste ou communiste où la production sera organisée de façon à ne plus être un problème, où chacun se servira de l'abondance des produits selon ses besoins et ses désirs et où le concept " propriété " aura complètement disparu. Nous parlons du moment où la classe ouvrière a conquis le pouvoir politique et social et fait face à la tâche d'organiser la production et la distribution dans des conditions extrêmement difficiles. Le combat de classe des travailleurs d'aujourd'hui et de demain sera fortement déterminé par leurs idées sur les objectifs immédiats - la propriété publique ou bien la propriété commune - à réaliser à ce moment-là même. Si la classe ouvrière rejette la propriété publique, sa servitude et son exploitation avec, et demande la propriété commune et sa liberté et son auto-détermination, elle ne peut le faire sans remplir certaines conditions et désirs. La propriété commune implique tout d'abord que les travailleurs dans leur totalité sont les maîtres des moyens de production et les font fonctionner en un système de production sociale bien ordonné. Ensuite, elle implique que dans tous les ateliers, dans toutes les usines et toutes les entreprises, le personnel réglemente son propre travail collectif en fonction de toute la production. Le personnel doit donc créer les organes grâce auxquels il dirigera en tant que personnel son propre travail, ainsi que la production sociale en général. L'institution de l'Etat et du gouvernement ne peut être utilisée pour ce but, car c'est essentiellement un organe de domination, qui concentre les affaires publiques entre les mains d'un groupe de dirigeants. Mais sous le socialisme, les affaires publiques consistent en la production sociale, aussi sont-elles l'affaire de tous, de chaque personnel, de chaque travailleur qui discuteront et décideront à tout moment de leur propre initiative. Leurs organes doivent se composer de délégués envoyés en tant que messagers de leur opinion, qui devront continuellement revenir rendre compte et rapporter les résultats obtenus dans les assemblées de délégués. Par l'intermédiaire de ces délégués, qui pourrait être rappelés et révoqués à tout moment, la liaison entre les masses travailleuses formées en groupes plus petits et plus grands peut être également établie et l'organisation de la production peut être également assurée. De pareils corps de délégués, désignés communément par le terme " conseils ouvriers ", constituent ce que l'on peut appeler l'organisation politique de la classe ouvrière qui se libère de l'exploitation. Ces corps ne peuvent pas être créés à l'avance ; ils doivent être formés suivant l'activité des travailleurs eux-mêmes au moment où ils en auront besoin. Ces délégués ne sont pas des parlementaires ni des dirigeantes ou chefs, mais ce sont des médiateurs, des messagers spécialisés qui assurent la liaison entre les personnels des diverses entreprises et qui unissent leurs diverses opinions en une résolution commune. La propriété commune demande la direction commune de travail ainsi que l'activité productive commune. Ceci ne peut être réalisé que si tous les travailleurs participent à cette autogestion de ce qui est la base et le contenu de la vie sociale, et s'ils en viennent à créer les organes qui uniront la variété de leurs désirs en une seule action commune. Puisque de tels conseils ouvriers devront à aucun doute jouer un rôle considérable dans l'organisation future de la lutte et des objectifs de la classe ouvrière, il vaut, pour tous ceux qui soutiennent la lutte sans compromis et la liberté de la classe ouvrière, la peine de leur prêter une attention et une étude profondes A propos du texte d'Anton Pannekoek : " Propriété Publique - Propriété Commune " Nous avons déjà sur notre site unitecommuniste.org, traité de l'apport de la gauche communiste historique. C'est dire si son interrogation sur ce courant de pensée rejoint la notre. Cependant L'objectivisme léniniste s'il doit être nuancé reste, pour nous un apport incontestable au mouvement ouvrier. L'objectivisme léniniste développé dans ses oeuvres philosophiques, appliqué à la matière économique, consiste à réafirmer qu'il existe des effets de structures (ici l'Etat) qui échappent à la volonté des sujets. Le Parti comme L'Etat devront un jour avoir disparu, mais l'utopisme de l'antiétatisme " immédiat " n'est pas plus défendable que la mauvaise querelle que Lénine livre à la Gauche Communiste Historique. Les thèses De la gauche communiste auraient mérité une réponse sérieuse et argumentée mais l'urgence de la conjoncture historique à obligé Lénine à " tordre le bâton " dans le sens de l'étatisme, alors que nous sommes persuadés que cela ne correspond pas à sa pensée profonde. Le léninisme à des défauts mais il reste incontournable dans l'articulation Etat / contre-pouvoirs / dépérissement. Il doit donc être redressé aujourd'hui des apports de Rosa Luxemburg sur l'autonomie de l'action de masse, d'Alexandra Kollontaï sur l'anti-bureaucratisme et la place des syndicats comme représentants des intérêts de toute la classe, de la Gauche Communiste Conseilliste, pour le procès de production. Dans ce texte, Pannekoek présente bien la tâche du mouvement communiste qui est de donner aux travailleurs, le moyen réel d'exercer leur pouvoir de possession, sur les moyens de production. De là découle son intéressante analyse entre propriété publique et propriété commune. " La propriété publique est le droit de propriété, c'est-à-dire de disposition, exercé par un corps public qui représente la société, par un gouvernement, par le pouvoir d'Etat ou par quelque autre corps politique ; les personnes qui forment ce corps, hommes politiques, fonctionnaires, chefs, secrétaires, directeurs, sont les maîtres immédiats de l'appareil de production ; ils dirigent et règlent les moyens de production ; ils commandent les travailleurs." La propriété publique s'exprime donc sous deux formes juridiques, les nationalisations et le capitalisme d'Etat. La nationalisation a pour ambition dans sa visée progressiste (par exemple: quand elle est réalisée par un gouvernement de gauche conséquent) de satisfaire le citoyen consommateur et en partie le salarié (protection de l'emploi et convention collective) on ne peut pas dire qu'il soit l'expression d'un pur capitalisme d'Etat. Le capitalisme d'Etat, designant traditionnellement la mise sous tutelle d'entreprises privées par un Etat capitaliste: soit par des nationalisations partielles, des réglementations encadrant l'action des entreprises sur le marché (ex : les entreprises d'armements) ou encore la présence en leurs seins de représentants des pouvoirs publics afin d'en contrôler partiellement l'activité. La propriété publique a d'autre part , une fonction de régulation quand elle s'inscrit dans un projet de planification ainsi qu'une fonction d'aménagement du territoire, quand elle s'approche au plus près des poches d'emplois et de consommation. Elle représente donc le " citoyen collectif " dans ses besoins d'échapper aux aléas du marché. Pannekoek à raison d'affirmer qu'elle masque aussi son caractère de capitalisme d'Etat par la division du travail qu'elle maintient, par la salarisation qui y est poursuivie, par la nécessité d'y dégager un surproduit, qui, incontrôlé, peut devenir source d'exploitation. " Sous le régime de propriété publique, les travailleurs ne sont pas les maîtres de leur travail peut-être sont-ils mieux traités et payés que sous le régime de propriété privée, mais ils sont malgré tout toujours exploités.. L'exploitation ne veut pas simplement dire que les travailleurs ne reçoivent pas le produit entier de leur travail ; une grande partie de celui-ci doit toujours être utilisée pour l'appareil de production et pour les secteurs improductifs mais nécessaires de la société". "L'exploitation a pour essence le fait que d'autres qui forment une autre classe disposent des produits et de leur distribution, qu'ils décident quelle part sera attribuée aux travailleurs comme salaires, quelle part ils retiennent pour eux-mêmes et pour d'autres effets". "Sous le régime de propriété publique, ceci appartient à la régulation du processus de production, ce qui est la fonction de la bureaucratie. Ainsi, en Russie, la bureaucratie en tant que classe dirigeante est le maître de la production et des produits, et les travailleurs russes forment une classe exploitée. " Ses 3 paragraphes nous semble fondamentaux pour qui combat pour le communisme. Ils témoignent d'un problème réel que Pannekoek tente d'exposer clairement . Cependant, selon notre point de vue, il le résout plutôt mal. Cette thèse s'oppose à celle de Lénine qui,lui, dans ses 2 ouvrages " La maladie infantile du communisme " et " sur l'infantilisme de gauche ", en cherchant à caricaturer la Gauche Communiste historique, se montre lui même caricatural, dans sa justification de l'introduction ( ou plus exactement, de la réintroduction car ce phénomène existait sous le tsarisme avec le développement du capitalisme) du capitalisme d'Etat. L'articulation claire de sa représentation du monde face aux contradictions réelles, rappelées à juste titre dans ses ouvrages, tout en s'articulant aux rappels des fondamentaux par la Gauche Communiste (ici les conseillistes), pouvait pleinement selon nous se rejoindre. Ceci aurait constitué une veritable avancée sur la voie du communisme (Lénine est beaucoup plus dialectique dans " L'Etat et la Révolution "). " Sous la propriété publique " ce qui veut dire sous domination du droit public étatique. " Le salarié n'est pas maître de son travail " ceci est tout à fait exact. " Le travail y est un travail exploité " ceci est parfaitement exact. Pourquoi ? " L'exploitation a pour essence le fait que d'autres qui forment une autre classe disposent des produits et de leur distribution, qu'ils décident quelle part sera attribuée aux travailleurs comme salaires, quelle part ils retiennent pour eux-mêmes et pour d'autres effets. Sous le régime de propriété publique, ceci appartient à la régulation du processus de production, ce qui est la fonction de la bureaucratie. Ainsi, en Russie, la bureaucratie en tant que classe dirigeante est le maître de la production et des produits, et les travailleurs russes forment une classe exploitée. " Reste que…, peut-on passer outre un tel phénomène ? "Sous le régime de propriété publique, les travailleurs ne sont pas les maîtres de leur travail: peut-être sont-ils mieux traités et payés que sous le régime de propriété privée, mais ils sont malgré tout, toujours exploités. L'exploitation ne veut pas simplement dire que les travailleurs ne reçoivent pas le produit entier de leur travail ; une grande partie de celui-ci doit toujours être utilisée pour l'appareil de production et pour les secteurs improductifs mais nécessaires de la société. " La contradiction de la G.C historique apparaît ici dans la crudité de son innocence. Ce camarade dit 2 choses. pour que le travail exploité existe, il faut d'abord qu'il soit productif. Mais le travail productif, c'est-à-dire le travail fournissant un surproduit est nécessaire. Il est nécessaire pour répondre aux besoins du secteur non productif naturel (i. e: la retraite, la scolarité, la maladie etc.). Cela ne caractérise pas l'exploitation. Ce qui caractérise l'exploitation c'est qu'il existe une strate, couche, classe qui dans l'appareil d'Etat en "profite" pour renouveler ses postes et ses fonctions Ceci est tout à fait exact. Mais ces agents sont-ils tous des rentiers, où sont-ils pour le plus grand nombre, par division du travail, la catégorie chargée de faire parvenir ce fameux surproduit, aux improductifs naturels ? Pannekoek à l'air de penser que les fonctionnaires " les apparatchiks " sont de purs parasites qui ne se justifient pas, dans l'histoire de la division du travail. Il nie l'histoire réelle de l'apparition des Etats dans les sociétés de classes. La mise en place des Etats sont une forme de rationalisation de la distribution des surproduits. Les fonctionnaires ne sont pas des gens d'église, ils jouent un rôle réel de vecteurs de la redistribution. Un fonctionnaire des impôts, un instituteur ne sont pas des membres de la classe ouvrière, mais l'un en centralisant les fonds nécessaire à la construction des écoles et l'autre en l'animant par son activité, permettent la reproduction de la force de travail et la constitution d'un travail qualifié. Si ces 2 agents de l'Etat n'existaient pas, qui assumerait les fonctions ? Il faudrait trouver au sein même du Conseil Ouvrier de l'entreprise 2 travailleurs pour les tenir, en quoi ses 2 travailleurs dégagés de leur activités productives (et donc devenant improductifs par nature) seraient-ils moins conduits à s'autonomiser et à devenir eux- mêmes une nouvelle bureaucratie ? Ce qui est vrai, c'est qu'en s'autonomisant cette bureaucratie rejoint une autre bureaucratie propre à la division interne de l'entreprise " les cadres-dirigeants " et que cette ensemble à tendance à fixer elle-même la part du surproduit qui revient au travailleur. En ce sens oui il y a bien, reconstitution d'une classe à un moment donné, mais c'est cette partie de la bureaucratie qui en est l'initiatrice. En affirmant que le travail productif (i .e : productif d'un surproduit) est nécessaire Pannekoek ne nous donne aucune réponse sur la part qui doit être affectée au secteur improductif naturel, sur les moyens objectifs dont disposent les travailleurs pour en juger, et surtout sur la façon dont il entend organiser les missions de ses fonctions, pour qu'elles ne connaissent pas de bureaucratisation. Un exemple concret : Aujourd'hui les travailleurs suite au baby-boom partent massivement à la retraite, quel part leur affecter ? Un travailleur d'une usine lambda a-t-il les outils et les moyens conceptuels d'en juger. Seuls des individus se plaçant au niveau de la société toute entière peuvent établir des agrégats macro-économiques. Si demain nous appelons Conseil Ouvrier National Français ce que l'on appelait hier Etat Français, parce que l'on ne peut résoudre ces phénomènes quand se plaçant à un tel niveau d'abstraction, on se fera sûrement plaisir, mais il n'y aura pas vraiment progrès dans la disparition de l'Etatisme. C'est pourquoi contrairement à ce que pense Pannekoek, nous considérons nous, que dans la mesure où, nous ne pouvons nous passer de l'Etat, le dégagement d'un surproduit est inévitable et dans la mesure où la division du travail s'impose comme phénomène objectif (ne serait-ce que dans un premier temps, mais un temps qui peut durer quand même longtemps), l'existence d'un secteur improductif naturel étant lui éternel, la seule solution est, non pas de supprimer la production du surproduit, mais au contraire, d'en généraliser les formes et les sources à tous les actifs. La géneralisation du dégagement du surproduit à tous les actifs, ne pose plus la question de la sortie de son expression monétaire (le salariat) de la même manière dans la mesure ou la société moderne nous prouve aujourd'hui, que l'utopie d'une société extra-marchande ne fonctionne pas, la question devient: Qui est ou n'est pas exploité (i.e: qui bénéficie de l'exploitation). "Dans les pays occidentaux, on connaît seulement la propriété publique (dans quelques branches) de l'Etat capitaliste. On peut citer ici le célèbre écrivain " socialiste " G. D. H. Cole" pour qui le socialisme équivaut à la propriété publique. Il a écrit : " Toute la population ne serait pas plus capable que tout le corps des actionnaires dans une grande entreprise moderne de diriger une industrie ( . . . ) Il faudrait, sous un régime socialiste autant que sous le capitalisme développé, confier la direction des entreprises industrielles à des experts salariés choisis pour leurs connaissances spécialisées et leur habilité vis-à-vis de certaines branches du travail " (An Outline of Modern Knowledge, édité par Dr. W. Rose, 1931, p. 674). " Il n'y a aucune raison pour supposer que la socialisation d'un secteur de l'industrie signifierait un grand changement dans son personnel de direction " (p. 676). En d'autres mots : la structure du travail productif reste tel qu'il est déjà sous le système capitaliste ; les travailleurs restent soumis aux directeurs qui les commandent. " Là, Pannekoek traite fort justement de la direction des entreprises et de la division du travail dans l'entreprise. C'est bien ce groupe qui est vecteur de la transformation de la bourgeoisie en bourgeoisie -capitaliste. Plus exactement le phénomène s'est construit à l'envers puisque l'on est passé du stade du capitaliste entrepreneurial au stade managérial, où les cadres dirigeants semblent se trouver disjoints de la possession juridique de l'entreprise. L'existence du capitalisme sous forme privée ou sous forme d'Etat, c'est bien dans ce groupe qu'il se constitue, et effectivement, le fait de placer sur le même plan les fonctionnaires et les cadres dirigeants d'entreprises publiques, peut masquer au révolutionnaire qu'il y a un problème. Tous sont des salariés, tous font partis du secteur public et tous sont des bourgeois (c'est-à-dire des actifs non productifs au sens marxiste du terme), cependant leur improductivité n'est pas de même nature. L'improductivité naturelle des retraités et d'une bonne part des salariés chargés de s'en occuper (du personnel de santé en passant par le personnel des caisses de retraites etc. etc.) n'a rien à voir avec l'improductivité des cadres dirigeants, ingénieurs, surveillants, contremaitres, etc. etc. chargés de faire suer le burnous des actifs productifs des entreprises publiques. Ces derniers soumettent le travailleur productif au procès d'exploitation et ils sont chargés de lui faire produire plus qu'il ne consomme. C'est cette fraction qui constitue le secteur public en capitalisme d'Etat, mais là aussi penser qu'on va pouvoir résoudre le problème de la fin de la Division du Travail du jour au lendemain est un leurre, d'autant plus que la conception de Pannekoek n'est pas claire non plus, sur qui fait parti selon lui de la classe ouvrière où non. " ..la classe ouvrière (ce terme est pris ici au plus large de sa signification et fait référence à tous ceux qui prennent part au travail vraiment productif ; il inclut les employés, les fermiers, les hommes de science).. " Les employés sont productifs ? Les Hommes de sciences ? Sans parler des fermiers (veut-il dire les ouvriers agricoles, ou encore les métayers ?) car " fermier " normalement désigne le propriétaire terrien. Il a une vision de la classe ouvrière qui contredit le raisonnement qu'il essaie de bâtir. Il remet en cause la division technique du travail au sein de l'entreprise, mais il n'en tire aucune conclusion sur les catégories sociales salariées qui sont définies comme non productives par le marxisme lui-même. Pour être cohérent, Pannekoek aurait dû admettre que si un employé ne dégage aucun surproduit il ne peut être assimilé à un membre de la classe ouvrière, de même un homme de science. Si l'on veut vraiment que les travailleurs dirigent leur entreprise il faut donc, en plus, bouleverser la division du travail et faire que la " personnalité productive " acquière une toute autre nature, qu'il devienne à la fois travailleur manuel, mais aussi travailleur intellectuel. Pannekoek était un universitaire, on voit ici dans son exemple, qu' il s'acquitte à bon compte de la fin de la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel. Depuis quand, les profs de facs, les scientifiques font- t'ils partie de la classe ouvrière ? Ils en font partie, oui, s'ils travaillent dans une entreprise et s'il est prouvé qu'ils rapportent plus à l'entreprise qu'ils ne lui coûent. Hors en matière de recherche et d'innovation cette démonstration est souvent difficile à conduire. Certes ces hommes participent à l'élargissement et à l'augmentation des forces productives. Mais la neutralité " apparente " de leur découverte quand elle s'effectue au sein d'un laboratoire est soumise ensuite à procès de valorisation du capital qui dans l'entreprise, se retourne souvent contre les travailleurs eux-mêmes. Plus encore aujourd'hui, les découvertes sont, elles mêmes, soumises dès leur problématisation au champ de la valorisation. Autrement dit, on demande en grande partie, aux scientifiques de ne s'intéresser et de ne développer que ce que le capitalisme va pouvoir valoriser. Dans ce cadre un champ comme " l'informatique -robotique " sert en partant de l'application du matérialisme vulgaire du XVIII siècle (les poupées mécaniques des encyclopédistes) en figeant la figure du travailleur sous la forme du " singe asservi " à extraire toujours plus de ses qualités intellectuelles (aujourd'hui ses capacités cognitives " la révolution informationnelle ") comme un pouvoir qui se dresse devant lui et renforce son pouvoir d'asservissement (son " aliénation ") et donc sa dépossession réelle de ses capacités productives. Pour une fraction de travailleurs qui va être aspirée par le procès de surqualification en devenant producteur- concepteur- utilisateur de ce type de découverte, combien d'autres vont être rejetés- exclus-" intersticés " dans les zones noires ou grises du flux tendu de la chaine robotique, connaissant un véritable procès de déqualification. La dépropriation trouve sa source dans la dépossession réelle du travailleur d'avec ses moyens de production. Au premier rang desquels leur conception, leur intellectualisation. La révolution communiste exige un tout autre rapport à l'utilisation des sciences. Une révolution culturelle prolétarienne, qui redonne aux travailleurs les moyens de concevoir et d'agir sur les forces productives. C'est pourquoi nous ne pouvons neutraliser la révolution scientifique, son histoire réelle sous le concept de progrès universelle " humaniste " des sciences et des techniques. Ce progrès, il faut aujourd'hui le dire, s'exerce au bénéfice de quelques uns et au dépend de beaucoup trop d'autres. Or il n'y aura pas de passage au communisme tant que subsistera la division capitaliste du travail qui prend sa source dans la division sociale et la division technique du travail. Seule l'unification de la classe ouvrière peut aider à résoudre cette contradiction,et comme c'est une révolution universelle, c'est-à-dire qu'elle concerne l'humanité toute entière, cela veut dire que l'action communiste doit s'atteler à la double tâche de la prolétariser (lui ôter toute propriété sur les moyens de production, c'est-à-dire la faire devenir " publique ") et de l'ouvriériser (lui rendre la pleine et entière possession sur les forces productives par le bouleversement du rapport travailmanuel / travail intellectuel) mais cela ne suffit pas puisque l'improductivité naturelle sera maintenu, il faut donc que cette ouvriérisation soit aussi productive, que chaque salarié rapporte plus de richesse qu'il n'en consomme. " Il est clair qu'il ne vient pas à l'esprit de l'auteur " socialiste " que " le peuple entier " consiste principalement en des travailleurs qui, en tant que producteurs, sont parfaitement capables de diriger les industries dans lesquelles ils travaillent. On revendique quelquefois le contrôle ouvrier comme moyen de corriger le système de production géré par l'Etat. Mais voyons, le fait de demander le contrôle, la surveillance à un supérieur montre bien l'esprit de soumission d'objets désespérés soumis à l'exploitation. Ainsi donc, on peut contrôler les affaires d'un autre homme, mais on ne contrôle pas ses propres affaires, on les fait soi-même. Le travail productif, la production sociale est l'affaire authentique de la classe ouvrière. C'est le contenu de sa vie, sa propre activité. Elle-même pourrait s'en occuper si la police et le pouvoir d'Etat ne l'en empêchait. Elle a les outils, les machines à sa disposition ; elle les utilise et les manie. "Elle n'a besoin ni de maîtres pour la commander, ni de finances pour contrôler les maîtres. " L'évolution de la société en un siècle, nous permet de juger en quoi ses extraits de textes sont profondément actuels mais aussi encore profondément utopistes. Diriger les entreprises exige des capacités qui ne sont pas spontanément acquises par les travailleurs, même si lles travailleurs ne sont pas non plus, ces incapables tout juste bon à subir le despotisme de fabrique. Si Pannekoek, veut dire que la ligne de gestions peut - être du jour au lendemain totalement modifiée, ou s'il conçoit les Conseils Ouvriers comme un conglomérat sans experts, on ne peut aboutir qu'à une crise économique sans précédent, en quoi ceux-ci seraient-ils à l'abri de la bureaucratisation? La seule façon juste de penser la résolution de ce type de contradiction, c'est d'articuler étatisation nationale et double pouvoir conseilliste. L'un s'éteignant au profit de l'autre. Non, les travailleurs ne sont pas spontanément capables de diriger une grande entreprise moderne, pas tant que la question de la fin de la division du travail n'aura pas été réglée. D'autre part la nécessité du contrôle ouvrier, qui ne doit pas être un simple blanc- seing sur la gestion étatique révolutionnaire, s'impose du fait même que l'Etat n'est pas une simple machine bureaucratique, il est le lieu de péréquation des ressources entre secteur productif et secteur improductif naturel. Il est aussi le lieu d'anticipation et de concentration des forces productives en devenir (planification) sur des segments de production que l'état des forces productives actuelles est incapable dans sa segmentation, d'envisager (exemples concrets : l'aérospatiale, le nucléaire, le bio- moléculaire etc…). Une seule entreprise ne peut plus aujourd'hui y répondre, pas plus qu'un conglomérat. C'est à l'extérieur que le projet est anticipé et c'est ensuite qu'il est segmenté dans ses divers lieux de production et de réalisation. Il est étonnant que l'Astro - physicien Anton Pannekoek n'est pas vu ou pas perçu, que sa chair universitaire qui dépend de l'appareil d'Etat scolaire universitaire et donc de "mission de services publics, n'existait que parce que l'Etat existait, qu'elle entreprise même contrôlée par des travailleurs aurait mis un Kopeck sur un programme coûteux en technologie (ex : les lunettes astrophysiques) pour étudier l'univers. "La propriété publique est le programme des " amis " des travailleurs qui souhaitent remplacer l'exploitation dure du capitalisme privé par une exploitation modernisée plus douce. "La propriété commune est le programme de la classe ouvrière seule, combattant pour son auto-libération. " Cette dichotomie par son caractère dualiste devient fausse alors qu'elle désigne un véritable problème. Nous venons de le voir la propriété publique n'est pas que gestion bureaucratique, et la propriété commune exige des qualités que les travailleurs doivent acquérir. La véritable question matérialiste moniste est : comment passe- t'on de l'une à l'autre et comment ce qui est fonctionnaliste dans la première forme trouvera à s'incarner dans la seconde forme ? " Nous ne parlons pas ici bien sûr d'une société socialiste ou communiste où la production sera organisée de façon à ne plus être un problème, où chacun se servira de l'abondance des produits selon ses besoins et ses désirs et où le concept " propriété " aura complètement disparu. Nous parlons du moment où la classe ouvrière a conquis le pouvoir politique et social et fait face à la tâche d'organiser la production et la distribution dans des conditions extrêmement difficiles. Le combat de classe des travailleurs d'aujourd'hui et de demain sera fortement déterminé par leurs idées sur les objectifs immédiats - la propriété publique ou bien la propriété commune - à réaliser à ce moment-là même. " Pannekoek dit qu'il ne parle pas du communisme, mais il en exige l'application immédiate ! Le " ou bien… ou bien " le conduit à prendre ses désirs pour des réalités. " L'institution de l'Etat et du gouvernement ne peuvent être utilisée pour ce but, car c'est essentiellement un organe de domination, qui concentre les affaires publiques entre les mains d'un groupe de dirigeants. Mais sous le socialisme, les affaires publiques consistent en la production sociale, aussi sont-elles l'affaire de tous, de chaque personnel, de chaque travailleur qui discuteront et décideront à tout moment de leur propre initiative. Leurs organes doivent se composer de délégués envoyés en tant que messagers de leur opinion, qui devront continuellement revenir rendre compte et rapporter les résultats obtenus dans les assemblées de délégués. Par l'intermédiaire de ces délégués, qui pourrait être rappelés et révoqués à tout moment, la liaison entre les masses travailleuses formées en groupes plus petits et plus grands peut être également établie et l'organisation de la production peut être également assurée. De pareils corps de délégués, désignés communément par le terme " conseils ouvriers ", constituent ce que l'on peut appeler l'organisation politique de la classe ouvrière qui se libère de l'exploitation. Ces corps ne peuvent pas être créés à l'avance ; ils doivent être formés suivant l'activité des travailleurs eux-mêmes au moment où ils en auront besoin. Ces délégués ne sont pas des parlementaires ni des dirigeantes ou chefs, mais ce sont des médiateurs, des messagers spécialisés qui assurent la liaison entre les personnels des diverses entreprises et qui unissent leurs diverses opinions en une résolution commune. " L'antiparlementarisme de Pannekoek est vraiment rafraîchissant, quand on voit ce qu'est devenu le parlementarisme et plus généralement l'électoralisme dans le capitalisme actuel le rappel de principe du mandat impératif parait plus que salutaire. On oublie aujourd'hui que ce point de vue était aussi partagé par Lénine. Lui aussi critiquait ce qu'il appelait " le crétinisme parlementaire ", le bureaucratisme étatique et ses " moulins à paroles " que sont les assemblées. Cependant il jugeait indispensable que, malgré tout, les travailleurs y délèguent des représentants, car pour le peuple ces lieux de " démocratie " résultaient de longues luttes qu'ils avaient du mener pour les acquérir. Dans " la Maladie Infantile du Communisme " il reproche aux conseillistes, qui sont antiparlementaristes, de ne pas le comprendre. Cependant il le fait avec un tel excès que c'est sa pensée profonde qui s'en trouve déformée. " La Maladie Infantile " est devenue pour tous les parlementaristes réformistes l'ouvrage justifiant leur " crétinisme parlementaire a- principiel ", pas de salut hors les élections, hors la délégation de pouvoir. De même son ouvrage " Sur l'Infantilisme de Gauche " a t'il servi d'autojustification à la domination absolue du Capitalisme d'Etat et à la restauration du procès de production qui lui est afférant. Il est temps de réévaluer les thèses des courants de gauche du communisme ; de prendre son temps pour le faire, et de regarder en quoi elles peuvent nous aider sur le chemin du communisme. Car si même " cela commence par des coups de pieds au cul " comme disait Léo Ferré, l'extrême gauche en laissant ouverte la porte du communisme, est et surtout a été, l'honneur du mouvement ouvrier. Pierre Martin Dec 2009 -
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