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L'Unification de la Classe Ouvrière et les fins du Communisme Sur ce site et dans " Approches Marxistes ", nous avons rappelé ce qui constitue pour nous l'échec majeur du P.C.F comme de l'Internationale Communiste : avoir été incapables de proposer et conduire un projet d'unification de la classe ouvrière dans chacune des formations sociales concernées. Cette absence de stratégie a profondément marqué l'histoire du courant communiste français en particulier, jusqu'à son éviction quasi totale comme courant politique ouvrier. Après avoir incarné depuis la fin des années 30, les valeurs de l'aristocratie ouvrière, le P.C.F au milieu des années 70, s'est transformé en représentant du salariat non productif (fonctionnaires, employés et petits cadres) s'adaptant au redéploiement des sections de production à l'extérieur de la métropole impérialiste française. Ce que le système médiatique a appelé la désindustrialisation de la France, a non seulement été acceptée, mais ce phénomène a été encouragé idéologiquement au sein même du parti par opportunisme et pragmatique. Cette ligne s'est traduite au moment du XXII congrès, par l'abandon du concept de " Dictature du Prolétariat ", l'adoption d'une ligne " humaniste " petite bourgeoise, le refus d'une analyse de classe de la nature de l'Union Soviétique. Ceci a fait le fond des références du parti jusqu'à ce XXXV congrès. Les inspirateurs de cette ligne politique viennent de quitter le parti après avoir tenté une dernière fois de parachever leur œuvre en en proposant la liquidation. Entre ces 2 dates, ils auront réussi à : supprimer la référence à la classe ouvrière comme classe motrice du processus révolutionnaire, supprimer la référence au socialisme comme phase de transition, supprimer l'idée de la forme parti comme avant-garde et l'application du centralisme démocratique qui en constitue l'armature, supprimer le Comité Central devenu Conseil National, supprimer l'organe central du parti " L'Humanité " devenu le journal de la " vraie gauche " etc. Il ne leur restait plus qu'à supprimer le parti, cela n'est plus, pour le moment, à l'ordre du jour, mais à quoi peut bien servir un parti transformé en coquille vide ? Le renoncement au projet stratégique d'unifier la classe ouvrière pour l'aider à devenir comme le dit le psychologisme révolutionnaire une classe " pour soi " constitue pour nous le cœur de la déviation qui a conduit, depuis les origines, le parti communiste à ne pas trouver la voie qui conduit à la société communisme. L'essence du communisme (car pour nous il existe bien une essence du communisme comme phase ultime du développement des sociétés de classes) a pour mission de parvenir à l'unification du groupe de producteurs qui en constitue la figure centrale. Pour cela, 2 grandes visées tactiques doivent être conduites : supprimer les classes et supprimer l'Etat. La disparition de ces deux contradictions sont essentielles pour parvenir au développement d'un travailleur universel ayant réconcilié, en une même personnalité sociale, les effets de la division technique et de la division sociale du travail. Tant qu'existe une parcelle de propriété privée des moyens de production et de division capitaliste du travail, le communisme comme stade achevé ne peut-être institué. Le modèle sociétal recherché est donc bien le modèle d'un actif universel productif, fruit de la remise en cause de la division du travail, devant créer plus de richesse qu'il n'en consomme, non- propriétaire, c'est avec l'universalisation de ce modèle que le communisme comme société mondiale pourra advenir. Oublier la figure sociétale et sociale de l'actif que l'on souhaite obtenir, c'est renoncer à conduire la mise en place d'un projet qui ne confonde ni les catégories sociales impliquées, ni les stades de développement à parcourir du processus révolutionnaire. C'est ce qui est arrivé au P.C.F, et c'est ce qui conduit par son refus de le traiter, à une crise qui ne cesse de s'élargir. Le groupe majorité de l'ancienne SFIO qui s'est transformé en PCF, s'en est tenu à l'anti-monopolisme et à l'union de toutes les catégories sociales contre celui-ci, réduisant ainsi son adversaire à une coquille sociologique vide (Les deux cents familles). Exception faite entre le milieu des années 20 et le milieu des années 30 où il s'est agi avant tout alors, de s'implanter dans la classe ouvrière en créant des cellules d'entreprises ou plus exactement d'usines, bien plus que d'entreprendre un quelconque travail d'unification. En dehors de cette courte période, qui fut conduite de façon gauchiste et sectaire, avec le mot d'ordre " Classe contre classe ", aucune tentative mûrement réfléchie en ce sens, n'a été conduite. Comme nous l'avons montrer dans nos autres articles, ne pas avoir intégré stratégiquement cette problématique a conduit le P.C.F à ne pas approfondir politiquement les concepts de classes et leurs lois de population à ne pas mettre à jour les contradictions et les incohérences qui peuvent surgir de l'utilisation abusive des termes de " prolétaire " ou " d'ouvrier ", pour chercher à en constituer de façon critique et révolutionnaire les liens avec le calendrier politique des stades économiques de développement qu'ils représentent. Pourquoi Marx appelle - t'il, dans le cadre d'une révolution, à la dictature du prolétariat et non à la dictature de la classe ouvrière ? On peut penser qu'il confond, dans ses analyses, les deux concepts et qu'il lui est indifférent d'utiliser une dénomination à la place d'une autre. C'est vrai, mais c'est insuffisant, Marx utilise par exemple le terme de prolétaire dans deux autres sens conceptuels précis. Il s'agit d'abord d'essayer de cerner le noyau dur de la classe ouvrière, celle qui n'aurait rien à perdre que ses chaines, d'autres fois mais aussi plus rarement, il parle de prolétaires des villes et des champs. Cette deuxième approche est présente chez Lénine, voir Staline, et plus encore chez Mao. Elle est au contraire absente chez Trotski qui fixe lui une barrière absolue entre ville et campagne et voit dans cette séparation, l'explication logique de son modèle de révolution, impliquant la nécessité de passer le plus rapidement possible d'une révolution démocratique (bourgeoise) à une révolution d'essence ouvrière (La Révolution Permanente). Pour Trotski les concepts de prolétariat et de classe ouvrière se confondent, la dictature du prolétariat a pour finalité la construction et la défense d'un " Etat Ouvrier ". Quand Marx fait référence à la Dictature du Prolétariat, sa représentation politique peut s'entendre comme confondant classe ouvrière et prolétariat, 2 faces d'une même personnalité envisagée d'un côté sous sa dimension économique et de l'autre juridique. On peut au contraire penser, qu'il lutte déjà contre la déviation réformiste dans le mouvement ouvrier et qu'il se méfie de ce que représente l'aristocratie ouvrière, ici il s'agit d'une dictature dans tous les sens du terme, puisqu'elle imposerait la domination d'une fraction de classe sur toutes les classes mais aussi, sur le reste la classe ouvrière elle-même. A l'opposé on peut considérer que le terme de prolétaire désigne chez lui tous ceux qui ne sont pas propriétaires des moyens de production, dès lors ce concept désigne moins une classe en référence à un métier (ouvrier) et son extension productive (classe ouvrière) qu'à l'absence de droits juridiques sur les moyens de production et les objets de production. Prolétaire s'opposerait ici à capitaliste, il y a ceux qui sont propriétaires et ceux qui ne le sont pas. Paradoxalement si on se réfère à ce qu'est l'essence d'un Etat. Les 2 premières assertions nous semblent poser des problèmes, alors même que traditionnellement, tout le mouvement communiste considère que ses 2 approches sont les plus conformes à la doctrine communiste. Pour nous, considérer que l'on puisse construire l'Etat de la classe ouvrière ou un " Etat Ouvrier " est un oxymore. Si l'Etat existe, il génère des activités tenues par des salariés qui ne sont pas membres de la classe ouvrière. Pour qu'ils le soient il faudrait que ces activités soient vendues et rapportent un profit. Cette privatisation de l'Etat en ferait une vulgaire entreprise privée. Donc prolétariat ne veut pas dire ouvrier et encore moins noyau dur (le plus exploité) de la classe ouvrière. Etat Prolétarien ne peut désigner qu'une seule chose : L'Etat de tous ceux qui ne possèdent pas les moyens de production et les objets de production. L'Etat Prolétarien, c'est l'Etat de tous les non-propriétaires qui exercent un droit de propriété particulier : la propriété " publique ", la fonction de la Dictature du Prolétariat est d'assumer l'hégémonie politique des non- propriétaires au dépend des propriétaires privés, les capitalistes. C'est pourquoi, cet Etat est possible dans ses références et dans son essence. Dans ses références, car il prétend être l'expression majoritaire de la volonté populaire, le rassemblement hégémonique de tous ceux qui ne sont pas propriétaires, la domination de l'immense majorité au profit de l'immense majorité. Dans son essence, car les personnels qui effectuent les missions, ne sont pas au service immédiat d'intérêts privés, leurs statuts ne le sont pas plus, ils ne sont pas non plus propriétaires du lieu où ils exercent leur activité. Mais on voit bien que s'ils s'approchent du concept de prolétaire, ils ne peuvent pas être confondus avec une définition qui en fait une sous fraction de la classe ouvrière. Ils sont de nationalités du pays qui les emploie et ils y mettent en œuvre le droit (il ne sont donc pas privés de droit come l'entend la conception du prolétariat qui en fait la fraction de la classe ouvrière, la plus privée de droits), de plus ils exercent des activités qui ne sont pas productives au sens marxiste du terme (ils ne font donc pas partie de la classe ouvrière). La classe ouvrière est incluse dans le prolétariat et non pas l'inverse comme une lecture erronée de la dialectique révolutionnaire pourrait nous le faire croire. Assurer la possibilité politique d'instituer la Dictature du Prolétariat, c'est donc se préoccuper de rassembler les non-propriétaires sur un projet politique, car avant d'unifier la classe ouvrière, il faut travailler à l'unification du prolétariat (l'immense majorité des non- propriétaires). Le PCF comprend- il ce à quoi il a renoncé, quand il a renoncé à la Dictature du Prolétariat ? Il a renoncé à l'abolition de la propriété privée des moyens de production. Notre désaccord avec l'approche de Trotski prend sa source ici, il ne comprend pas la contradiction contenue dans le couple (prolétariat/ classe ouvrière) il finit par appeler Etat Ouvrier ce qui n'est qu'un Etat Prolétarien. Dès lors, il fait du constat de la bureaucratisation de cet Etat un pur produit d'une déviation politique, en en sous-estimant la dimension économique. En effet la première cause de bureaucratisation d'un Etat, c'est l'Etat lui-même. Si ses missions économiques peuvent être productives, ses missions politiques de pure gestion ne le sont pas. La tâche des communistes est donc de travailler à sa disparition, en lui faisant quitter le stade de la nationalisation pour aller vers le stade de la propriété commune. Notre second désaccord avec Trotski tient à la vision d'un stade de développement pour faire advenir la figure du travailleur moderne productif, la figure " Ouvrière ". Trotski, propose un projet tout à faire cohérent qui est d'universaliser les forces productives pour homogénéiser un même stade de développement dans toutes les sociétés. C'est le moyen qu'il a trouvé pour faire surgir, en extension, une classe ouvrière universelle, mais il ne s'intéresse pas du tout à la nature du procès de production qu'il se contente de généraliser mécaniquement, tant quantitativement que qualitativement. Or l'universalisation mécanique du procès de production des entreprises ne modifie pas substantiellement la nature du travail qui s'y exerce, son côté productif comme improductif. Trotski, prend le procès de production des entreprises capitalistes les plus modernes et se contente de les généraliser (sous prétexte que les pays " arriérés " y compris les pays socialistes ne pourraient pas proposer mieux) pour résoudre les contradictions sur la route du communisme. Pour nous, l'unification du prolétariat doit conduire à la liquidation de la classe capitaliste. Mais cette unification est longue et ne peut être scientifiquement menée que par une représentation du monde qui vise déjà à l'unification de la classe ouvrière, c'est-à-dire à liquider la bourgeoisie, c'est la tâche théorique et programmatique du " mouvement" communiste. La lutte qui se conduit sous la forme d'unification du prolétariat renvoie pour sa mise en œuvre à l'existence d'un Etat, dès lors la forme " parti " ne peut qu'être maintenue et ne peut être dépassée qu'avec l'avènement du communisme. L'exigence d'un lieu politique, travaillant au double mouvement d'unification du prolétariat et en son sein d'unification de la classe ouvrière apparaît ici comme essentiel. La forme " parti " est nécessaire tant que le communisme n'existe pas, mais il faut comprendre aussi pourquoi il peut exister plusieurs partis ou fractions à l'intérieur des partis et pourquoi il ne peut en être autrement. En effet chacun peut comprendre que travailler à ce double mouvement d'unification, ne présente pas le même intérêt suivant que l'on se situe à un bout ou à un autre de l'axe de la propriété, ou bien que l'on se présente à un bout ou à un autre de l'acte de production (avec son caractère de division du travail). Autrement dit, chaque actif voit les choses de manière très différente suivant qu'il est paysan prolétarisé, ouvrier qualifié, fonctionnaire, manœuvre, ou encore intellectuel salarié. Et nous ne présentons ici que quelques figures de prolétaires (i.e : de non propriétaires des moyens de production), cela se complique avec les petits propriétaires qui par la propriété sont dans l'univers capitaliste, mais qui peuvent être happés par un brusque procès d'ouvriérisation du fait même que salarié-propriétaire unique, ils s'auto-exploitent. C'est pourquoi il est naturel que tout actif s'identifie plus ou moins à un modèle de transformation sociale que les partis proposent. Imaginer qu'il ne devrait exister qu'un seul parti c'est imaginer que la question des unifications est déjà résolue. Or l'unification totale n'aura lieu qu'au stade final du communisme, c'est pourquoi le multipartisme révolutionnaire ne peut être évité. Le multipartisme ou l'existence de tendances et fractions au sein d'un même parti est le reflet de la contradiction qui traverse les couches sociales. On n'a pas le même type de parti, car on ne souhaite pas le même type d'unification, quand on regarde du point de vue de l'aristocratie ouvrière ou au contraire du point de vue des catégories déqualifiées. Si par exemple, l'on s'identifie à des valeurs favorisant l'ascenseur social, état d'esprit très prégnant au sein de la petite bourgeoisie ou de l'aristocratie ouvrière, il est claire que le capital culturel, la mise en œuvre des sciences et des techniques joueront un tout autre rôle et pèseront d'un tout autre poids dans la résolution des contradictions pour imaginer la figure du travailleur communiste futur, que si l'on est ouvrier agricole, travailleur précaire, O.S ou manœuvre et que l'on compte d'abord sur le collectif de travail pour mieux se soumettre les techniques et les techniciens. La crise permanente du capitalisme engendre la prolétarisation tant au sein de la bourgeoisie que de la classe ouvrière. Cependant la classe capitaliste ne peut se permettre d'aller si loin, dans l'imposition de ce type de phénomène qu'elle prenne le risque d'ouvriériser la bourgeoise, tout simplement parce que ce sont ses propres intérêts qu'elle mettrait là en cause. On est capitaliste parce qu'on souhaite développer son statut de bourgeois. Tout petit entrepreneur qui s'auto-exploite (capitaliste-" ouvrier ") quand il veut se développer, embaucher et donc arrêter de s'exploiter, le " veut " (qu'il en est conscience ou non) pour exploiter les autres, autrement dit le veut pour devenir bourgeois. Le capitalisme a pour fonction essentielle de reproduire la bourgeoisie. Mais en est-il de même pour le statut de prolétaire ? Tout prolétaire a- t'il pour ambition de devenir membre de la classe ouvrière ? Rien n'est moins sûr. C'est que l'on peut-être prolétaire sans cesser d'être bourgeois. On peut même choisir d'être prolétaire pour maintenir son statut de bourgeois. En effet on peut trouver bien d'autres revenus que les profits à la source de la bourgeoisie, par exemple, la rente, le traitement, voir le " salaire " improductif etc. Beaucoup de bourgeois ne souhaitent pas ou ne peuvent pas, accéder au statut de capitaliste, pour reproduire leurs conditions. Ils se servent donc de la neutralisation par la forme publique du capital, pour essayer de maintenir leurs privilèges, la petite et la moyenne bourgeoise utilisent beaucoup l'existence de la forme publique pour développer une stratégie de captation des profits via leur redistribution par la rente étatique. C'est cette situation qui va constituer le cœur de la contradiction dans le deuxième moment de lutte pour l'unification, l'unification de la classe ouvrière, car ce ne peut être qu'avec la résolution complète des 2 contradictions que s'achève l'avènement du communisme. La contradiction motrice du stade du socialisme est bien de faire décliner l'Etat, comment faire pour que la figure ouvrière productive devienne la figure sociale à laquelle tout salarié prolétaire doit s'identifier. Nous ne chercherons pas dans ce texte à biaiser, on voit que notre modèle s'oppose à celui de Lénine qui ne veut entendre parler que de moments politiques dans la résolution des contradictions, y compris pour résoudre les questions économiques. Nous l'avons rappelé ailleurs, la vision léniniste de la classe ouvrière est une vision de contre- pouvoir de contre- pôle, dans un projet qui cherche d'abord à faire disparaître toutes les classes sociales. Pour Lénine, la classe ouvrière n'est fondamentale que pour autant qu'elle fournisse des militants politiques et moins, voir point du tout, comme classe appeler à devenir une classe régnante, une classe dominante. Dès lors après l'échec historique du " socialisme ayant réellement existé " redresser la barre implique de réfléchir à un autre modèle possible d'issue communiste. Si l'on pense qu'il ne peut y avoir d'instauration du communisme sans être préalablement passé par la domination historique de la classe ouvrière, il est clair que cette analyse ne peut conduire au projet politique de l'unifier. Autrement dit de travailler à la réunion du travail déqualifié et du travail qualifié exploités, avant même de se tourner vers les catégories sociales prolétarisées ceci afin, non pas de s'y fondre, mais au contraire de les ouvriériser (c'est-à-dire de les faire devenir toutes " actives- productives "). Dans le système capitaliste un tel objectif ne peut être que tendanciel, le travail d'unification totale de la classe ouvrière ne pourra vraiment se développer et être mis en œuvre que le jour où les forces révolutionnaires seront au pouvoir. Pourtant ceci ne doit pas empêcher le mouvement communiste et ses forces (partis, mouvements et syndicats) de poser leurs objectifs et de travailler à leurs résolutions. Débarrassé des excès d'une vision trop étatiste, le mouvement communiste peut retrouver la voie d'une recherche de solutions politiques qui ne fassent pas du moment électoral et de son poids institutionnel, de la plus ou moins grande présence dans l'appareil d'Etat, l'unique critère d'évaluation de l'avancée des objectifs qu'il se donne. Se construire comme " contre-pouvoir " est aussi un objectif auquel le P.C.F a renoncé en renonçant au " pouvoir de la rue " et en en faisant une présentation caricaturale, qu'il dénonce chez toutes les autres organisations " communistes ". Avec cette attitude, nos directions réformistes successives n'ont jamais convaincu qu'elles mêmes. Mais chacun sait que de grandes victoires ont été remportées sans que le P.C.F ou les forces révolutionnaires aient été au pouvoir (1936, 1968). Tout lié à la lutte institutionnelle et aux seuls moments électoraux est une déviation opportuniste qui nous a coûté et qui nous coûte cher. Le parti devrait d'abord se préoccuper de l'implantation dans le monde du travail et de son poids dans les entreprises et les bureaux, avant de savoir si tenir une mairie, pour une mairie, est essentiel. Car tenir une mairie quand il n'y a plus de base militante populaire pour la porter er l'orienter, nous voyons quotidiennement où cela nous mène. Le parti (et le mouvement communiste en général) devrait aussi se préoccuper de son implantation syndicale et extra- syndicale activement et en lien avec ses finalités communistes. Les syndicats, dans une conception communiste qui ne soit pas purement étatique, jouent un rôle fondamental dans l'unification du prolétariat et de la classe ouvrière. Le travail communiste au sein des syndicats n'a d'intérêt que parce qu'il vise à en étendre l'activité dans un sens qui le fasse déborder de ses missions corporatistes traditionnelles. Il s'agit d'implanter le moment politique au sein d'institutions portées à ne voir les choses que d'un point de vue économique-technique. La déviation économiste n'envisage, par exemple, la figure salariale que sous la forme spontanée de la division du travail (codifiée en autre dans les conventions collectives) le point de vue politique conteste au contraire la délégation de pouvoir laissée à la direction de l'entreprise pour fixer le procès de production et en son sein le procès de travail. Il conteste la ligne hiérarchique et professionnelle de métiers qu'ils génèrent. La direction actuelle du parti et le courant centriste des économistes (Boccara, etc.) ne remettent pas en cause une telle situation, ils ne se préoccupent plus que de la gestion de l'entreprise, qu'ils jugent plus ou moins sociale. Leur représentation de la transformation ne se réfère plus à un projet d'abolition de la propriété privée des moyens de production, ce qui réduit profondément la possibilité de leur modèle d'étendre la prolétarisation à une masse importante du salariat, aux petits et moyens propriétaires, en lien avec l'extension de la forme publique. Leur absence de travail dans le sens d'une plus grande socialisation objective juridique des forces productives, les conduit à sous-estimer l'intérêt de se filialiser dans de grands groupes. Elle a des effets sur la gestion des marchés liés comme l'externalisation du salariat, laissant au marché du travail le soin d'assurer " une sécurité - emploi -formation ", alors qu'une des avancées décisives des économistes progressistes durant ces dernières années est d'avoir justement montré qu'il n'existe pas de marché de l'emploi, mais des marchés segmentés, entièrement soumis à la logique du capital. La vraie solution communiste ne serait-il pas au contraire de cesser de finasser et de demander clairement l'extension du monopolisme, la construction de grands groupes, et l'intégration totale de la main d'œuvre lui assurant ainsi par l'emploi permanent la seule vraie sécurité, la possibilité sans chômage de se redéployer dans l'immensité des postes offerts par les grands groupes et le développement de leurs missions. Le courant centriste du parti ne peut pas, avec de telles analyses, trouver la voie du communisme. Il constitue même un frein dans la recherche de cette voie en fournissant des arguments à la direction droitière pour s'enferrer dans ses erreurs. En éternisant le capital privé, sous prétexte qu'il existe une masse de petits producteurs " les alliés objectifs ", et en doutant de la nationalisation du capital, les réformistes travaillent objectivement à en sauver le système. La solution à la petite production, ce sont les franchises et les chaînes commerciales que le système génère et qui s'étendent d'ailleurs de plus en plus, tant dans le domaine commercial qu'au sein même de l'agriculture. Nous devons travailler à soutenir ce mouvement, nous devons affirmer clairement que nous voulons une restructuration industrielle et commerciale capable de construire des pôles économiques et financiers suffisamment puissants pour assurer la recherche- développement, offrir une diversité de postes capables de favoriser au sein d'un même groupe une carrière à tout salarié. Qui mieux qu'un grand groupe peut assurer aux salariés des salaires décents, des avantages annexes conséquents, des C.E conquérants, une véritable carrière dans la diversité de ses branches et de ses postes, des plans de formation réels, et non pas ceux " bidons ", la plupart aujourd'hui, qui aident juste à faire vivre un marché ! Mais la tâche des communistes est aussi de remettre en cause la division du travail. Nous aussi, nous voulons remettre en cause les Conventions Collectives ! Nous voulons la disparition du travail déqualifié et nous voulons que le procès de travail ne soit pas le pur produit de décisions qui échappent aux travailleurs. C'est pourquoi la révolution scientifique et technique ne peut plus rester l'apanage de cercles extérieurs au collectif de production. Laisser le procès de production conduit par une valorisation qui lui est extérieure, conduit à une révolution de l'automation se transformant aujourd'hui en révolution informationnelle mais dans un sens qui n'a rien de progressiste, contrairement à ce que croient Boccara et consort. Il faut que ce processus soit soumis au procès de travail et à son Travailleur Collectif, au Conseil d'Atelier ou de Bureau devenant au niveau de l'entreprise Conseil Ouvrier. L'entreprise appartient aux salariés prolétaires (les non-propriétaires) et plus fondamentalement aux salariés " ouvriers " (les productifs de l'entreprise), nous n'avons rien à négocier avec la bourgeoisie fut-elle progressiste, à ce propos. Nous n'avons pas à nous soumettre à un processus externe sous prétexte de sa " scientificité " et des liens objectifs d'une solidarité qui existerait avec des salariés à qui la grande bourgeoisie a fixé la tâche, au combien exaltante, de faire suer le burnous à d'autres. Il y a des missions des fonctions et des postes qui s'opposent à l'avènement du communisme, il faudra bien un jour que les communistes aient le courage de le dire. Penser que nous pouvons accepter la division capitaliste du travail et ne rien modifier, ni de la propriété privée, ni de la division du travail, ni du pouvoir dans les unités de production c'est semer de lourdes illusions dans la population et c'est trahir l'avènement de la classe ouvrière comme classe dominante. L'avènement du communisme ne peut se produire que par la disparition des classes sociales, autrement dit, par la mise en œuvre d'une personnalité économique qui soit, ou majoritairement productive ou majoritairement improductive. Si l'on choisit le sens léniniste de développement social, on aboutit par la séparation du travailleur avec ces moyens de production à un modèle de société ou l'acte de production est déconnecté du type d'actif qui existe. Le modèle idéal de ce type de société c'est un " seul " travailleur appuyant sur un bouton d'un système ultra intégré s'autorégulant en boucles rétroactives, tout le reste de la population comme population active, s'occupant d'activités qui n'ont plus rien à voir avec la nécessité productive immédiate. L'abolition du salariat comme temps économique exploité y advient par la séparation totale entre temps de production et temps de consommation. S'il n'y a plus (caricature) qu'un individu qui dans Métropolis appuie sur le bouton, la nature de " Big brother " importe peu et l'Etat peut " disparaître " dans la mesure où il se généralise et se diffuse comme modèle économique à toute la société, tous les salariés deviennent des fonctionnaires (non propriétaires, improductifs, non exploitées), c'est pourquoi d'ailleurs, en cohérence inconsciente avec ce modèle, beaucoup de " communistes " actuels se posent la question de la disparition de l'Etat. Pourquoi la doctrine communiste appelle -t'elle à la disparition de l'Etat, si celui-ci se révèle aujourd'hui si important et sa prégnance si nécessaire, ne vaudrait-il pas mieux reconnaître que les pères fondateurs se sont trompés et réhabiliter l'Etat en le généralisant ? C'est la stratégie des droits, l'individu actuel manque de droits, il faut généraliser ces manques et pour rester en cohérence, généraliser ceux qui les font appliquer et respecter (justice, police, armée). Pour que toutes ces fonctions se maintiennent il faut une superstructure qui les fasse vivre (L'Etat). Ce qui manque aujourd'hui à l'univers, c'est le respect des droits et donc l'Etat de droit. Il y a deux façons d'affirmer que l'Etat disparaît d'un point de vue philosophique, ou on le supprime, ou bien on le généralise et l'absolutise, en devenant tous membres de ses fonctions. Nous pensons que le modèle léniniste inconsciemment aboutit à la seconde solution. Il en reste à la phase de la généralisation étatique (Etat-Nation, ou version trotskiste : Etat-supranationale) parce qu'il reste coincé dans une vision uniquement politique " le prolétaire " de la production d'un sujet économique : le travailleur productif (i.e : L'ouvrier) Comment s'opère à l'intérieur du développement capitaliste cette polarisation et cette dépossession du travailleur d'avec l'objet de travail, des moyens de travail, mais aussi d'avec la connaissance, par la création d'un côté du travail simple produit de la déqualification et de l'autre du travail complexe travail intellectuel résultat du produit de surqualification. C'est ce que nous rappellerons d'abord, en nous inspirant des écrits classiques du marxisme. FORCES PRODUCTIVES et /ou PROCES DE TRAVAIL Quelques définitions : Objet de travail : objet sur lequel s'exerce le travail humain. Matière brute, matière première (matière préalablement travaillée), constituant sa propre finalité ou disparaissant dans la réalisation d'un autre objet de travail (ex : le pétrole, le charbon etc.), ils deviennent alors un moyen de travail Moyens de travail : objet que les hommes interposent entre eux et l'objet de travail en vue de le transformer. A l'origine ils peuvent être désignés par le terme d'instrument de travail, mais avec le passage de la manufacture à la fabrique puis à l'usine moderne , la machine complexe et l'informatique cumulent en un seul objet plusieurs instruments de travail. Moyens de travail au sens strict : instruments de travail au sens élargie Moyens de travail au sens large : terrains, bâtiments, routes etc. Moyens de production : Objet de travail + Moyens de travail Constituent le travail passé ou travail matérialisé, c'est-à-dire le travail mort, moyens inertes qui ne devient force créatrice que sous l'action du travail humain ou force travail. Force travail : C'est un moyen de travail particulier, car il s'agit de l'énergie humaine utilisée dans le procès de travail (de type simple " travail simple " ou de type intellectuel " travail complexe). Procès de travail : transformation de l'objet de travail à l'aide des moyens de travail par la force de travail. En un sens le procès de travail semble s'identifier aux forces productives puisque elles aussi se réfèrent aux moyens et à la force de travail. Forces productives : Moyens de production + Force de travail Mais les forces productives sont en réalité la traduction du degré d'autonomie historique qu'acquièrent au cours du temps, les moyens de production vis-à-vis de la force de travail (i.e : le travail mort vis-à-vis du travail vivant), ceci afin de se la soumettre et développer la productivité du travail, phénomène qui se réfère de façon masquer au degré d'exploitation. Le niveau de développement des forces productives est donc à la fois l'indice du degré de pouvoir de l'homme sur la nature, si on le considère sous l'angle de travail mort, mais c'est aussi l'image de son degré de soumission à l'exploitation dans la mesure où la propriété des moyens de production s'impose toujours plus face à la " possession " exprimée comme socialisation objective par la force de travail au cours du procès de travail. Rapports de production : Dans la production, de même que dans ses effets la circulation et la réalisation, les hommes établissent entre eux des relations qui masquent et occultent des rapports. Dans la production, les hommes établissent derrière des relations de coopération d'abord des rapports techniques. Les rapports techniques de production : Indiquent le degré de coopération, de rapports directs ou indirects que les travailleurs entretiennent avec le procès de travail et son rapport au procès de production. Coopération simple ou coopération complexe. La coopération peut être simple si le travailleur individuel entretient une relation directe avec l'instrument de travail, on parlera de travailleur collectif et de coopération complexe, si la division du travail conduit à multiplier les intervenants sur un même objet de travail de façon synchronique ou diachronique. Rapports techniques de production = Agent de production + Moyens de production (L'Objet de travail et les Moyens de travail). Historiquement le travailleur (l'Agent de production) est d'abord dépossédé de son Objet de travail. La matière première provient d'une autre source par spécialisation et division du travail. Puis ce sont ses Moyens de travail qui viennent à lui être arrachés, par accumulation du capital sous forme de capital monétaire, une partie provenant de la vente de l'objet de travail devenue marchandise (Propriété) une autre, provenant du capital de prêt sous forme d'anticipation monétaire 'signe' de cette même potentialité d'appropriation et condition première du bouleversement du procès de travail entrainant une modernisation des moyens de travail en vu dans accroitre la productivité. Les rapports sociaux de production Les rapports techniques de production, sont des rapports sociaux de production, ils ne sont pas tous les rapports de production, mais ils en sont le cœur. La circulation des objets de travail de même que leur réalisation (i.e : au sens marxiste, leur validation sociale comme objets méritant d'être échangés) sont aussi des rapports sociaux de production et pas seulement des relations sociales, ils instituent la marchandise et la propriété comme rapports sociaux de production. Mais ce que met en avant le marxisme, c'est que la marchandisation comme équivalent général (la monnaie étant une forme particulière de marchandise) provient de la marchandisation du travail, par modification de la place du travailleur (l'agent de production) direct dans les rapports de production. Le travail devenant marchandise, il contribue à généraliser cette forme historique. Dans les sociétés de classes, le travail comme marchandisation, n'est pas le résultat de l'universalisation des rapports marchands (rapports sociaux), qui atteindrait la sphère particulière de la production. Tout au contraire, ce que montre l'universalisation des rapports marchands dans les sociétés de classes, c'est qu'ils sont issus des rapports de production et de la place subordonnée que le travail y tient. Autrement dit les rapports techniques ne sont pas une simple variante de rapports sociaux. Ils sont au contraire la forme par laquelle s'universalise les rapports sociaux. La relation du non -travailleur (le propriétaire) à l'objet et aux moyens de travail et celle du producteur immédiat ou travailleur direct à ces derniers introduisent, la distinction essentielle aux seins des rapports entre : Propriété économique : Contrôle économique réel des moyens de production permettant de les affecter à des utilisations données et de disposer des produits obtenus. Ce qui a à voir avec le procès de production Possession économique : Capacité à mettre en œuvre les moyens de production, par la maitrise du procès de travail et donc qui se rapporte à ce dernier. Avant le capitalisme, le travailleur n'était pas complètement déposséder des moyens de production outils ou objets de travail, mais avec le capitalisme, il n'est plus propriétaire que de sa force de travail qui par sa vente devient une marchandise. Comme propriétaire économique de sa force de travail (possession économique) en la vendant, il renonce par la même symboliquement à rendre visible qu'elle est source de toute richesse et de tout accroissement de richesse. Celle - ci présentant la particularité de par l'universalisme de ces capacités, d'universaliser la marchandisation, d'universaliser la relation. La marchandisation (Circulation et validation) ne peut plus désormais être disjointe de l'exploitation. La circulation : M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise) La Validation : A-M-A (Argent-Marchandise-Argent) Ces deux rapports sociaux en tant qu'ils avancent masqués sous la forme de relation entre coéchangistes, sont une interface qui les lie coté pile à la production et à l'infrastructure économique, et présente un côté face qui les rattache à l'Etat par le droit et par la monnaie dépendant eux de la superstructure politique. Plus tard la propriété économique peut elle-même se disjoindre en une propriété juridique (par exemple (employeur et actionnaire) dont le droit relève de la superstructure. Mais le juridique le plus souvent consacre l'économique ; la superstructure aide à la reproduction de la structure économique. Ce qui apparaît dans l'échange, c'est une relation d'apparence égalitaire qui fait " trace " ou " signe " par la dématérialisation (ce qui permet d'éliminer de la conscience la place de l'Etat et donc sa fonction de naturalisation des fondements de la propriété (actes ou signes) du droit et de la monnaie). D'où la tendance naturelle à réduire les rapports sociaux de production, à leur manifestation symboliques sous formes de relations sociales de production. L'accroissement de valeur résultant de la circulation et de la validation peut désormais apparaître comme étant un pur produit des conditions du marché. L'exploitation produit des conditions de production, disparaît dans la réalisation comme produit du marché. L'échange marchand comme relation entre 2 coéchangistes s'opère de façon consciente au moyen de la monnaie, signe valeur (produit historique de la dématérialisation de la marchandise 'Or') validé par l'instrument de reproduction des rapports d'exploitation qu'est l'Etat (création d'une monnaie centrale " validant " les monnaies privées bancaires). MODE DE PRODUCTION et /ou PROCES DE PRODUCTION Procès de production : Procès de travail + Rapports de Production " Le procès de production n'est pas défini par des données " technologiques ", mais par les relations des agents aux moyens de travail et, ainsi, entre eux, donc par l'unité du procès de travail, des forces " productives " et des rapports de production. Les procès de travail et les forces productives, y compris les " technologies " n'existent pas en soi, mais toujours dans leur relation constitutive aux rapports de production. On ne peut ainsi parler, dans les sociétés divisées en classes, de " travail " productif neutre en soi. Est travail productif, dans chaque mode de production divisé en classes, le travail qui correspond aux rapports de production de ce mode, c'est-à-dire celui qui donne lieu à la forme spécifique et dominante d'exploitation. Production, dans ces sociétés, signifie temps, et dans un même mouvement, division en classes, exploitation et lutte de classes. " nous rappelle Nicos Poulantzas (3). " Il s'en suit que, sur le plan économique, ce n'est pas le salaire qui définit la classe ouvrière : le salaire est une forme de répartition du produit social, recouvrant les rapports du marché et les formes du " contrat " d'achat et de vente de la force-travail. Si tout ouvrier est salarié, tout salarié n'est pas ouvrier car tout salarié n'est pas forcement travailleur productif. Si les classes sociales ne sont pas définies sur le plan économique par une division dans l'échelle des " revenus "-Riches-Pauvres- elles ne sont pas définies non plus par la situation de leurs agents dans la hiérarchie des salaires….. " Nicos Poulantzas (3) Le procès de production est donc composé de l'unité du procès de travail et des rapports de production. Mais, au sein de cette unité, ce n'est pas le procès de travail, incluant la technologie et le procès technique, qui a le rôle dominant : ce sont les rapports de production qui dominent toujours le procès de travail et les forces productives, en leur imprimant leur tracé et leur allure. C'est même cette domination des rapports de production sur les forces productives qui donne à leur articulation la forme d'un procès de production et de reproduction des rapports de production. C'est de ce rôle dominant des rapports de production sur les forces productives et le procès de travail que découle le rôle constitutif des rapports politiques et des rapports idéologiques dans la détermination structurelle des classes sociales. Cela implique enfin que dans les places des classes sociales au sein même des rapports de production, c'est la division sociale du travail, telle qu'elle s'exprime par la présence spécifique des rapports politiques et idéologiques au sein du procès de production, qui domine la division technique du travail : on verra amplement les conséquences notamment dans la " direction et surveillance " du procès de travail, mais aussi dans celle de la détermination de classe des ingénieurs et techniciens de la production. Signalons simplement que c'est en tenant compte de ces propositions marxistes fondamentales que l'on peut saisir le rôle décisif de la division " travail manuel- travail intellectuel " dans la détermination des classes sociales. Freyssenet (4) rappelle dans la préface de son ouvrage, les illusions nées du développement de l'automatisation dans les métropoles impérialistes à la fin des années 70. 1- Machinisme et automatisation sont les produits de la science et de la technique qu'il conviendrait d'analyser indépendamment de la nature du système économique et social. On constate en effet le développement du même processus à l'Est comme à l'Ouest 2- Ce développement à pour conséquence d'entrainer un gonflement statistique des catégories d'ingénieurs et de techniciens et une diminution des catégories d'O.S et de manœuvres. 3- Un tel processus n'aurait de conséquences sociales qu'au sein de l'entreprise mais nullement à l'extérieur sur la vie sociale des travailleurs. Mai 68 bouleverse, selon lui, totalement cette approche. L'automatisation n'apparaît plus comme la solution à la question de la division du travail, mais devient au contraire le problème. Elle accentue le procès de surqualification-déqualification et la séparation entre travail manuel et travail intellectuel. Ce mode de division du travail est spécifique au mode de production capitaliste c'est-à-dire qu'il est inhérent à la séparation du capital et du travail. C'est pourquoi toute société se déclarant " socialiste " mais où l'on observe le même mode de division du travail, sans que l'on parvienne à en modifier le cours est en fait encore régie par des rapports de production capitalistes, dans la mesure où la seule propriété d'Etat des moyens de production ne peut être confondu avec la " possession réelle " de ces moyens par les travailleurs eux-mêmes. Avec l'automation un nouveau stade est atteint dans la mise en place du travail complexe sous domination capitaliste. J. Lojkine et Yvette Lucas nous en rappellent le mécanisme : L'automation est un processus différent de la mécanisation.et de l'automatisation L'automation implique l'objectivation dans la machine de l'ensemble des " fonctions logiques " liées au contrôle et à la correction du procès de travail immédiat. La mécanisation est un processus appliquant un " principe mécanique " simple objectivation de la fonction ouvrière. Si en effet l'on s'en tient au seul rapport Homme/ Machine, il est nécessaire de distinguer : - La machine -outil comme objectivation de la fonction ouvrière - Le principe automatique comme objectivation de certaines fonctions de contrôle et de régulation humaine Ce que certains appellent automatisation et que Lojkine et Lucas préfèrent appeler automation. Avec l'automation : les rapports entre l'homme et la machine peuvent changer radicalement, dans la mesure où le travail humain immédiat, depuis sa fonction ouvrière jusqu'à sa fonction logique de commande et de correction, tend à être entièrement objectivé par la machine. Il y aurait une rigidité des formes anciennes de l'automatisation (i.e : La mécanisation achevée des machines-transferts) Opposée à la " flexibilité " des formes nouvelles d'automation que sont aujourd'hui les systèmes intégrés de machines-outils à commande adaptative (ateliers flexibles) Là, les processus de contrôle " en boucle fermée " (automatisation de la surveillance et de la correction) mis au point dans les industries de process. L'ancienne automatisation maintenait elle, un rapport à la mécanisation dans la mesure où la fonction proprement dite de conduite des moyens de travail correspondants n'est pas objectivée, avec les formes nouvelles, la fonction humaine " directrice " tend au contraire à se développer, depuis la supervision, jusqu'à la conception de la direction, la programmation et l'optimisation. Cela conduit à une modification des postes de travail liés à la production directe (O.S, O.P, agents de maîtrise, techniciens de l'organisation du travail, dessinateurs, secrétaires comptables caissiers) et à un accroissement des postes liés à la conception de gestion et de maintenance (notamment les métiers de l'information). Cette tendance ce confirme en Europe aux U.S.A et au Japon, constate Lojkine, il y a diminution des ouvriers qualifiés et non qualifiés et augmentation du travail qualifié dans les postes de coordination et de préparation de l'ensemble des activités liées à l'informatique. Cependant, le constat fait par Lojkine et Lucas n'indique pas ce que devient le travail déqualifié, il n'implique que la fusion-absorption de la fonction d'ouvrier qualifié avec celui de technicien et d'agent de surveillance- contremaître. Autrement dit, il y a constat objectif de la fusion de l'aristocratie ouvrière avec la petite bourgeoisie. Cela valide- t'il le projet de la direction du P.C.F de n'être que le support objectif des intérêts immédiats d'un tel groupe sociologique. Que deviennent les fractions exclues, même si leur poids sociologique diminue ? Que propose la direction du parti envers ses fractions de classes ? Il est certain que le projet électoraliste nourrit une telle dérive. A ne penser la rupture qu'en terme électorale, pourquoi s'intéresser à des milieux que le procès de production chamboule, exclue, marginalise. Ce n'est pas " rentable " social-démocratiquement parlant, et surtout, cela ne valorise pas la vision linéaire " progressiste " d'une Révolution Scientifique et Technique bouleversant le procès de production et créant la figure moderne d'un " ouvrier-technicien-informaticien " majoritaire dans la classe ouvrière qui n'aurait plus besoin de s'occuper de rupture révolutionnaire, mais seulement de gestion électorale d'une société d'information et de connaissance démocratique faisant sentir ses biens faits sur tous. Rappelons le processus tel que le présente Yvette Lucas ; " Le procès de travail est considéré fondamentalement comme l'unité et l'interaction dynamique des conditions objective et subjectives de la production. Les instruments de travail sont le chaînon qui relie le sujet à son but et l'activité à l'objet. Ils sont un facteur objectif par rapport au travailleur, un facteur subjectif pour l'objet de travail. L'instrument de travail est une matérialisation de la subjectivité du travail humain vivant, son énergie, ses connaissances, son expérience. Fonctions universelles du travail : 1- L'établissement d'un plan, assignation d'un but. 2- La fonction motrice ou énergétique 3- La fonction ouvrière ou technologique 4- La fonction régulatrice Cela caractériserait le procès de production. L'objectivation des fonctions du travail. L'essentiel pour Marx (révolution industrielle) réside dans le passage de l'outil à la machine à outil. La fonction ouvrière sort du producteur direct. La production devient un processus objectif. Stade de la machine-outil : Le producteur conserve encore l'activité de contrôle à l'aide de ses organes sensoriels, il constate les écarts à la norme et intervient pour les réguler. Stade de l'automatisation : Nouveau stade d'objectivisation, pour améliorer encore le contrôle et la commande dans leur régulation. Mais la boucle rétroactive se termine encore sur le sujet du travail. Stade de l'automation : Un nouveau stade est franchi ou la boucle rétroactive ne se termine pas sur le travailleur, mais sur un bloc de commande introduit dans l'unité de production et chargé de la correction et de la régulation dernière fonction du travail humain immédiat ". Elle ajoute : " Dès lors l'avenir du travailleur semble tiré vers la fonction d'intellectualisation. l'objectivisation de la production n'est donc pas autre chose que la tendance progressive, logique et nécessaire, à l'intellectualisation du travail, à l'émergence de plus en plus grande de forces authentiquement humaines Mais il ne faut pas confondre, aliénation technologique et aliénation du capital. On peut avoir tendance à considérer que le problème dominant est l'aliénation technologique, que le problème provient du choix des techniques retenues dans le procès de travail. Alors qu'en fait le problème provient de la soumission du procès de travail au procès de production qui lui dépend de la mise en mouvement du capital. L'automation fonctionne donc sous le double mouvement du procès de travail (qui concerne la relation de l'homme à la nature, par l'acte de produire) et du procès de production (unité contradictoire du procès de travail et du procès de valorisation) ". Lucas à certes raison de rappeler que le procès de travail est soumis au procès de production lui-même conduit par le procès de valorisation, mais les techniques existantes résultent elles mêmes d'un tel processus. Elles sont donc déjà le produit d'un choix de valorisation. Entre la machine à outil de la fabrique et le petit outil de la manufacture, il y a déjà eu acte de dépossession intellectuelle (la machine à outil effectuant les actes plus performants que le travailleur manuel devait avant posséder en propre) et dépossession matérielle, cette même machine étant devenue propriété de l'entrepreneur alors que le petit outil artisanal appartenait encore à l'ouvrier professionnel. Ce qui apparaît comme un problème technologique est déjà un problème social. Y a-t-il pour autant une nouvelle Révolution Scientifique et Technique( thèse que soutien Yvette Lucas) qui conduirait à un simple transfert de main d'œuvre d'un secteur à l'autre ? C'est ce que conteste Lojkine. " Non, les pertes d'emplois qualifiées ne sont pas compensées par les nouvelles créations. Les nouveaux postes nécessitent cependant souplesse et adaptation dans la surveillance. Ils nécessitent autonomie. Mais ceci n'est pas pris en compte par le patronat à travers les nouvelles conventions collectives qui cherchent plutôt à tirer partie de la flexibilité. " Constatation justifiée de Lojkine : " on ne peut confondre sous peine de tomber dans l'illusion techniciste, le rapport immédiat homme/ machine et le rapport social global impliqué par la division du travail et des fonctions dans l'atelier, le service et l'entreprise. La qualification ne peut être définie en dehors de ce rapport social, qui est en dernier lieu un rapport de classe. .. …Les statistiques de créations d'emplois n'indiquent pas la nature réelle du travail effectué. L'augmentation des postes dit qualifiés n'indiquent pas s'ils le sont vraiment. L'automation N'implique donc pas mécaniquement une hausse du travail qualifié. On constate plutôt un accroissement de la division du travail au sein des catégories d'encadrement et de recherches qui ont tendances à ne devenir que des exécutants de décisions sur lesquelles ils n'ont que peu de regard. L'évolution de l'organisation du travail dépend de la nature de gestion pratiquée dans l'entreprise. La taylorisation des tâches est liée à la volonté d'augmenter la profitabilité des entreprises. Il faut imposer une autre gestion pour pouvoir réfléchir à une autre évolution des postes de travail. " En conclusion de son ouvrage, Lucas, réaffirme que la R.S.T doit être considérée comme un support du monde du travail pour autant qu'elle n'échappe pas à ce dernier et qu'il sache s'en saisir. " Si la R.S.T intéresse bien au tout premier chef la dynamique des forces productives, il serait faut de croire qu'il y a d'un côté les forces productives avec la révolution scientifique et technique et, de l'autre, les rapports de production avec la révolution sociale socialiste. Car le développement des forces productives est à la fois un certain devenir des moyens d'action de l'homme sur la nature (devenir qui n'est pas forcément linéaire, sans à -coups, ni ruptures, voire sans retours en arrière : l'histoire ne manque pas de civilisations perdues) et une manière de traiter ces moyens d'action qui relève de la structure et du fonctionnement des rapports de production. Il ya donc union intime des forces productives e des rapports de production " Nous ne pouvons que réaffirmer notre accord avec le point de vue selon lequel il y a bien fusion des forces productives et des rapports de production et non pas juxtaposition comme dans la formule classique : Mode de Production = Forces Productives + Rapports de Production Lucas ne fait que souligner que la formule : Procès de production = Procès de travail+ Rapports de production est plus dialectique, ce que nous avons reproduit plus haut en partant de son livre. Mais au sein du procès de travail, elle accorde au moyen de travail qu'est la révolution scientifique et technique une place que le marxisme par exemple à toujours refuser d'accorder à l'énergie en générale bien qu'il valorise une énergie particulière celle de la force de travail. L'énergie qui fait tourner la machine couplée à l'efficace de la révolution Scientifique et Technique, qui l'a produit dans sa technologie, n'équivaut pas selon Marx dans la loi de la valeur à l'efficace énergétique de la force de travail. La question de l'appropriation reste donc posée au sein du procès de travail, non seulement sous la forme juridique de la propriété ce qui tire l'analyse du côté des forces productives, mais aussi du côté de la possession réelle par le travailleur, ce qui oblige à s'interroger sur la division du travail manuel et du travail intellectuel au sein du procès de travail, c'est à dire non seulement dans la relation du travailleur avec l'objet de travail et le moyen de travail (travail vivant), mais aussi dans ceux-ci comme travail mort et dans la forme spontanée sous laquelle ils se présentent. Le fait que le procès de connaissance soit externalisé du procès de production de façon de plus en plus massive, contribue à le réintroduire de façon idéaliste dans la relation au travailleur comme un procès auquel il ne peut que se plier. Son développement massif et contraignant, à la fois sur la matière des objets de travail et sur la nature des moyens de travail, participe fortement à la dépossession réelle du travailleur. En contrepartie le procès de surqualification du stade d'automation du développement du capitalisme ne contrebalance pas du tout dans les mêmes proportions l'existence d'un tel phénomène. Il n'y a surqualification que sur un process donné et toujours sous contrôle des donneurs d'ordre parmi lesquels les scientifiques (ceux en lien avec la production). C'est pourquoi nous estimons que les communistes ne peuvent se contenter d'accompagner et l'institutionnalisation de la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel tel qu'elle est sanctifiée par le système scolaire, mais aussi le " positivisme " affichée provenant de l'appareil scolaire universitaire, laboratoires etc. etc. et les effets qu'une telle approche produit au sein de l'entreprise sur la classe ouvrière alors que par ailleurs sa représentation du monde fruit de l'Education Populaire Révolutionnaire est en pleine déconfiture. Le stalinisme scientiste continue de produire ses ravages, et il ne continue que parce qu'il est la forme spontanée de représentation du monde de l'aristocratie ouvrière précédemment sous influence de la sociale -démocratie. Maignien dans son texte, en traduit la contradiction au sein du procès de valorisation. " La loi générale d'extraction maximale du surtravail sur un nombre minimal de force de travail pousse à la déqualification maximale, un maximum de travailleurs manuels et à une qualification maximum, un minima de travailleurs intellectuels …. Dans son ouvrage " le Marxisme et les problèmes de la linguistique " Staline affirme que la langue qui diffère en principe de la superstructure ne se distingue pas cependant pas des instruments de production, par exemple des machines qui indifférentes à l'égard des classes comme l'est la langue, peuvent aussi bien servir le régime capitaliste que le régime socialiste… Certes (souligne Maignien) les machines ne sont pas des rapports de production en ce sens que dans la loi de la valeur elles ne jouent pas le même rôle de valorisation que la force de travail. Mais elles sont bien la manifestation de l'accentuation de la division du travail au dépend du travailleur manuel tendant à externaliser ces fonctions intellectuelles pour accroître via la dépossession l'exploitation de l'homme par l'homme. Que change la nature du système et un autre type d'industrialisation peut voir le jour pour cela il ne suffit pas que la forme de propriété soit modifier, en passant d'une expression privée à une expression publique. Il convient également que l'appropriation réelle du procès de travail par le travailleur soit rendu possible. " Cela n'est pas sans conséquences sur la stratégie révolutionnaire à mettre en place afin de permettre l'accession réelle de la classe ouvrière au pouvoir politique mais aussi économique. " On n'évalue pas le niveau de développement des forces productives au degré de progrès technologique, mais au degré de conscience révolutionnaire de la classe ouvrière " Mario Tronti principal théoricien de l'Opéraïsme (ouvrièrisme) italien. S'il s'agit de s'occuper uniquement des rapports de propriétés sur le capital et sur la marchandise, il est évident qu'une stratégie visant le pouvoir d'Etat est primordiale puisqu'elle facilité l'accès au droit et à la monnaie. S'il s'agit d'une stratégie visant l'unification révolutionnaire de la classe ouvrière, il est évident qu'elle doit visée prioritairement la possession des moyens de production (le rapport d'appropriation du procès de travail) et donc la division du travail dont la division du travail manuel et du travail intellectuel et leur rapport à la production d'un champ scientifique et de ces effets sur l'objet de travail et les moyens de travail. " Au parti revient la conscience politique, mais il doit le faire de l'intérieur du procès de production. Il n'y a personne aujourd'hui pour penser mettre en place tant soi peu, un processus révolutionnaire sans organisation politique de la classe ouvrière, sans parti ouvrier, mais trop de gens pensent encore que le parti peut diriger la révolution en restant enfermer en dehors de l'usine. Que l'action politique commence là où finit le rapport de production et que la lutte globale contre le système est quelque chose qui se développe au sommet de l'Etat bourgeois, alors que ce dernier est devenu entre temps, l'expression particulière des besoins sociaux de la production capitaliste… Il s'agit de fonder la rupture de l'Etat en faisant surgir à l'intérieur de la société, la destruction de celle-ci en le faisant surgir du procès de production, bref il s'agit de renverser les rapports de production à l'intérieur du rapport social d'usine, c'est à l'intérieur de l'usine capitaliste que l'on brise aujourd'hui l'appareil d'Etat bourgeois. " Mario Tronti. P. Martin Rappels et définitions : " Précis d'Economie Politique " Lev Léontieff, Edition de Moscou 1972 " Principes Elémentaires du Matérialisme Historique "Martha Harnecker, Lharmattan -1992. "Les classes sociales dans le capitalisme aujourd'hui " Nicos Poulantzas, Seuil- 1974. " La division du travail manuel et intellectuel " Yannick Maignien, F. Maspéro -1975. " La Division capitaliste du travail " Michel Freyssenet, Savelli 1977 " Ouvriers et capital " Mario Tronti Christian Bourgois 1977 " Technologies, gestion et travail : l'enjeu de l'automation " Jean Lojkine, Issues n°15 Institut de Recherches Marxistes. " La Révolution Scientifique et technique " Yvette Lucas Editions Sociales -1981 -
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