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LE SOCIALISME CHINOIS FACE A SES CONTRADICTIONS
Une Réussite Spectaculaire
En 2008, la Chine est devenue, suivant la Banque Mondiale, la 3ième puissance économique du monde, derrière les États-Unis et le Japon, avec un PIB de 4 420 milliards de dollars. Selon les experts elle talonnerait aujourd'hui même le Japon. Après ce que certains ont assimilé à un " coup d'Etat " de 78-79, la fraction de droite du P.C.C. rétablissant la ligne " pragmatiste " de Deng Xiaoping, la République Populaire de Chine a officiellement adopté une " économie socialiste de marché ". Cette ligne cherche à concilier les principes hérités d'un certain planisme issu de la nationalisation de l'économie mise en place depuis 1949 et ceux du capitalisme de marché. Ce " grand écart " idéologique, contribue jour après jour à rétablir la Chine dans le jeu de la concurrence économique mondiale et à lui faire subir les contrecoups des variations de ses marchés.
La réussite chinoise s'est construite sur un jeu de dumping social international conduisant à un transfert d'industries des pays capitalistes développés vers certains pays sous ou peu développés. Chine et Inde en ont été les principaux bénéficiaires. Industries textiles et industries manufacturières à faibles coûts de main-d'œuvre on été délocalisées permettant à la Chine de mettre en place des zones de développements extraverties, principalement les régions côtières, entièrement tournées vers l'extérieur (les Zones Economiques Spéciales). La Chine a adhéré à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) le 11 décembre 2001. Elle est membre de la Coopération Économique Asie Pacifique (APEC).
La croissance commerciale chinoise a connu un bond spectaculaire, les Investissements Directs Etrangers ont connu, selon les experts de l'OCDE, la plus forte croissance de tous les pays du monde. Les IDE sont ainsi passés de 916 millions de dollars en 1983 à 53 milliards de dollars en 2002. Pour les représentants des institutions internationales chargés de surveiller l'extension mondiale du capitalisme, la Chine, malgré tout, ne va pas assez loin et assez vite dans le domaine de la suppression de sa planification et le démantèlement de ses entreprises publiques. Depuis son retour dans l'OMC, c'est quotidiennement qu'ils se chargent de lui fournir conseils et amicales pressions sur la réorientation de la base sociale de son régime. Ainsi cherchent-ils par exemple à imposer, en matière de planification, que celle-ci ne soit plus directive en matière de développement national et d'enjeux sociaux, mais seulement le produit de sondages capables de renseigner la finance internationale sur l'état exact de son économie.
Cette expérience couplée à une fermeture accélérée de milliers d'entreprises publiques, jugées non rentables, a permis d'assurer à la Chine un taux de croissance avoisinant les 9% l'an. Mais outre le fait qu'un tel taux de croissance est essentiellement le résultat d'une économie extravertie, d'abord basée sur sa capacité exportatrice, la moindre crise économique mondiale la touche de plein fouet et risque de remettre en cause la présence sur son territoire d'usines-ateliers, plate-forme d'assemblages de produits inventés et consommés ailleurs. C'est cette situation qu'il convient d'avoir à l'esprit quand on cherche à évaluer l'effet d'entraînement réel sur le reste de son économie de l'extraversion des entreprises les plus dynamiques. La Chine essaie de mettre en œuvre une stratégie de " filière inversée " en remontant le processus productif des produits les plus simples aux process les plus élaborés, mais il semblerait qu'elle ait de grandes difficultés à généraliser, spatialement, ces transferts de technologie en en faisant bénéficier les entreprises à caractère national.
Le capitalisme mondial la surveille en l'obligeant à ne pas développer une politique de contagion en matière salariale, mais en cherchant plutôt à lui faire créer une moyenne et petite bourgeoisie entrepreneuriale, ce groupe d'environ 400 millions de personnes à un effet d'entraînement certain au niveau des marchés locaux. Dans la stratégie du capitalisme impérialiste mondialisé il doit surtout servir à empêcher toute velléité de retour en arrière vers une économie plus égalitaire, dont témoigne la nostalgie de l'ère Mao chez un nombre grandissant de chinois des milieux populaires.
Un développement contradictoire et déséquilibré
La restauration du capitalisme en Chine prend une forme hautement spéculative et rentière.
La forte hausse des investissements semble due prioritairement aux investissements étrangers. Ce que montrent les études de L'OCDE, c'est que les anciennes concessions que sont Hong-Kong et Macao jouent un rôle important dans le passage des flux financiers, notamment grâce au poids de leurs banques. Or, parmi ces IDE attribués indûment aux capitaux étrangers, bon nombre seraient en réalité d'origine chinoise, ne faisant qu'un aller et retour entre la Chine et ces anciens paradis fiscaux, de façon à bénéficier de mesures permettant une politique de dumping social en échappant à l'impôt. Le développement spéculatif et financiarisé de l'économie chinoise est aussi largement développé par l'inexistence d'un système de protection sociale, qui oblige les familles à placer leur économies en bourse pour s'assurer une protection santé ou retraite et accéder à un système d'enseignement de plus en plus livré au secteur privé.
La " nouvelle " bourgeoisie chinoise cherche, elle aussi, à diversifier les sources de sa profitabilité ; elle a beaucoup investi à l'étranger en rachetant des entreprises surtout durant cette dernière période. Mais il faut dire que l'exemple vient de haut, puisque le système financier chinois lié à l'Etat porte à bout de bras le financement de l'Etat américain.
Il maintient sous la forme de capitaux flottants une masse énorme de devises, notamment des dollars américains. Il aurait ainsi accumulé près de 1milliard 400 millions d'actifs en dollars dont de nombreux Bons du Trésor Américain et pas mal d'actifs liés au boum de la construction dont les fameux " subprimes ". Il chercherait depuis à s'en débarrasser discrètement, en se séparant de façon continue d'un certain nombre de ses titres. Cela n'est pas sans inquiéter les experts qui craignent un désengagement massif des parts d'échanges libellés en dollars, de la part de ce pays au profit d'autres monnaies, voire en créant une nouvelle monnaie avec d'autres, comme elle l'a laissé entendre au moment du sommet du G20. L'Etat chinois a surtout décidé de ne plus soutenir le budget américain en n'achetant plus les nouveaux bons du trésor américains émis. Ceci risque de conduire à une crise économique majeure aux U.S.A en portant atteinte au budget fédéral. Pour y faire face les " conseilleurs-payeurs " de l'OCDE exigent de la Chine qu'elle acceptent sur ses places financières plus d'entreprises étrangères de façon à lui faire refinancer non seulement le leader de l'impérialisme mais plus sûrement sa base économique, liant ainsi définitivement l'économie chinoise à la nature capitaliste du reste du monde.
La crise du capitalisme, sous sa forme financière, commencée aux U.S.A après la bulle internet, a rebondi en une bulle immobilière. L'obsolescence sociale des produits " d'appels " comme l'informatique et la téléphonie mobile, obsolescence infiniment plus rapide que celle de l'automobile des années 50, ou celle des équipements ménagers des années 70, caractérise la forme moderne de la crise du capitalisme. Toute forme nouvelle, de bien ou service, mise en circulation sous la forme de la valorisation capitalistique se heurte aujourd'hui au raccourcissement historique de son temps de valorisation, comme objet de consommation, par l'instantanéité de sa diffusion. Elle entraîne l'ensemble de la chaîne de production dans une cascade de crises en réduisant le temps de valorisation du capital fixe nécessaire à sa production et en abandonnant au seul travail le critère de variable d'ajustement. Le recours
massif aux produits spéculatifs traditionnels, crise de l'énergie de 2008, crise immobilière de 2008-2009, n'a pas réussi à constituer le dérivatif traditionnel propre à endiguer la dévalorisation actionnariale financière.
Le crac se traduit en Chine, pour le travail, par une hausse spectaculaire du chômage, il représenterait aujourd'hui à peu près 10% de la population active des villes. Pour la campagne, les statistiques sont plus difficiles à obtenir compte tenu de la possibilité d'exercer une activité partielle rurale pour les salariés qui viennent se réinstaller dans leurs anciennes provinces.
Une lutte de classes souvent exacerbée se développe, la contradiction capital-travail prend parfois des formes extrêmes comme cette mise à mort d'un cadre dirigeant d'entreprise annonçant le licenciement de milliers de salariés d'une entreprise de la sidérurgie de Tonghua. Ces faits, rapportés par l'Agence Chine Nouvelle, témoignent de relations hautement conflictuelles entre un patronat parfois digne du 19ième siècle et des ouvriers qui savent retrouver des formes de luttes proche de l'anarchisme quand la direction d'un Etat dit " socialiste " les abandonne à la restauration d'un capitalisme sauvage.
Face à cela, ce qui est jugé comme la " Gauche " du P.C.C délivre, au mieux, des conseils sur la nécessité de réintroduire une régulation planiste, plus keynésienne, ne négligeant plus la nécessité d'une politique sociale. On est vraiment très loin d'un retour à l'idéal socialiste.
Quant à la droite du parti, elle a obtenu la réintégration du patronat dans la direction du parti
et elle réintroduit, sur les conseils de ses " amis " de l'OCDE, la propriété privée dans un nombre sans cesse croissant de secteurs économiques, notamment la terre.
Le socialisme en Chine peut-il s'effondrer définitivement ?
Il est clair que la construction du socialisme en Chine semble avoir connu une sérieuse remise en cause, minée par la restauration d'un capitalisme qui s'est traduit par un affaiblissement considérable de la réflexion et surtout de la mise en pratique de la construction du socialisme.
L'expérience de construction du socialisme en Chine présentait pourtant une véritable originalité de mise en œuvre dans le cadre d'un pays sous développé, après une période extrêmement suiviste en matière de développement vis à vis du modèle soviétique, accordant la priorité à l'industrie lourde et négligeant les besoins de la population et l'industrie légère. La Période du Grand Bond en Avant fût l'occasion pour la direction chinoise de se livrer à une critique de la modélisation du système russe que la direction du PCUS cherchait à universaliser auprès des P.C mondiaux, au moyen par exemple, de son célèbre Manuel d'Economie Politique.
Dans trois articles écrits entre 1958 et1960 (1), Mao Tsé Toung (ou un auteur sous son autorité) tente d'analyser l'échec de l'expérience de développement du modèle soviétique en Chine. Il s'en prend au Manuel d'Economie Politique de l'U.R.S.S et à sa volonté de modéliser la rupture anticapitaliste ceci, quelque soit les conditions concrètes de situation dans une formation sociale donnée. Il réaffirme que la Chine n'est pas la Russie, et qu' il serait suicidaire de l'oublier.
A propos du texte : Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S, ou comment marcher sur ses 2 jambes.
… Staline ne met en relief que la technologie et les cadres techniques. Il ne veut que la technique et les cadres. Il ignore la politique et les masses. Là aussi, il marche sur une jambe. ..
… Dans le domaine de l'industrie, il met l'accent sur l'industrie lourde et néglige l'industrie légère, il marche sur une jambe …
… Staline n'indique pas non plus l'aspect essentiel de la contradiction. Il met l'accent sur l'industrie lourde, disant que l'acier en est la base et que les machines en sont le cœur. Quand à nous, nous estimons que dans le domaine l'agriculture, la production des céréales constitue le principe directeur et que dans l'industrie lourde c'est l'acier le principe directeur. En considérant l'acier comme le principe directeur, nous procurons la matière première à nos industries et l'industrie mécanique se développe en conséquence ….
…. En Chine se sont la planification, le Grand Bond en avant planifié et le principe de la primauté de la politique qui exerce une activité régulatrice. Staline ne parle que des rapports de production. Il ne parle ni de la superstructure, ni des relations entre celles-ci et la base économique. Chez nous les cadres participent au travail manuel et les ouvriers à la gestion des l'entreprises. Nous envoyons des cadres travailler à la campagne où dans les usines afin de les former. Nous abolissons les vieilles règles et les vieux systèmes. Tout cela touche à la superstructure, c'est-à-dire à l'idéologie. Staline parle uniquement d'économie ; il n'aborde pas la politique. Bien qu'il mentionne le travail bénévole, en fait, chez lui, personne ne veut se sacrifier en travaillant une heure de plus. …
" Les soviétiques n'ont pas développé suffisamment les rapports entre intérêts à long terme et les intérêts immédiats. Apparemment, ils ont dû en subir les conséquences. Ils marchent sur une jambe, tandis que nous nous marchons sur les 2 jambes. Pour eux la technique décide de tout, les cadres décident de tout. Ils mettent l'accent sur le côté experts et non sur le côté " rouge ", sur les cadres et non sur les masses, ils marchent là aussi sur une jambe….
Texte III : à propos du Manuel d'Economie Politique de l'Union Soviétique.
Pouvoir central ou pouvoir local :
…A la page 433 le Manuel parle de l' " interaction " des rapports de production et des forces productives, mais non de leur contradiction dans le système socialiste. Les rapports de production englobent : le système de propriété des moyens de production, les rapports humains dans le travail et le système de distribution. On peut dire que la révolution dans le domaine de la propriété est une certitude. Après le passage, par exemple, de la propriété collective au système de la propriété unique du peuple entier, et lorsque l'ensemble de l'économie nationale sera transformée en un système de propriété unique du peuple entier se système devra rester en vigueur pendant une période relativement longue. Mais, même dans les entreprises qui seront la possession du peuple entier, le pouvoir devra t'il être partagé entre les autorités centrales et les autorités locales ? Qui prendra en main l'administration ? Et de quelle entreprise ? Ces problèmes restent des problèmes importants. En 1958, certaines unités de base ont adopté un système d'investissement et de garantie du travail, développant ainsi grandement leur esprit d'entreprise. Les autorités centrales ne doivent pas se fier uniquement à leur propre dynamisme. Elles doivent encourager le dynamisme des entreprises et des autorités locales. Empêcher ce dynamisme de s'exprimer est nuisible à la production …
A propos du passage du système de propriété collective au passage de Propriété du Peuple tout Entier.
.. A la page 438, le manuel dit : " La différence entre les entreprises d'Etat et les coopératives n'est pas une différence fondamentale… Le système de la propriété publique sous ses deux formes… est sacro-saint et inviolable " la différence entre le système de la propriété collective et le système de la propriété du peuple tout entier n'est pas une différence fondamentale si l'on compare ces 2 systèmes au système capitaliste. Mais si l'on examine le problème sous l'angle de l'économie interne du socialisme, cette différence est alors une différence fondamentale.
Rien n'est éternel. C'est vrai pour la coexistence des 2 systèmes de propriétés. Le système de la propriété du peuple entier a aussi son propre processus de transformation….
…D'ici un certain nombre d'années, après la transformation du système de la propriété au niveau de la commune populaire en système de la propriété du peuple tout entier, un système unique de propriété du peuple tout entier apparaîtra dans toute la chine, entraînant un grand développement des forces productives. Pendant une certaine période, ce système aura encore un caractère socialiste. C'est seulement après un certain temps qu'il se transformera en un système unique de propriété du peuple entier de caractère communiste. Le système de la propriété du peuple tout entier à donc un processus qui va de " A chacun selon son travail " à " A chacun selon ses besoins… "
Mao entend, par propriété collective, la propriété coopérative mis en place par les communes populaires. Pour lui la propriété du " peuple tout entier " est l'objectif ultime à atteindre. Sa pensée reste donc conforme au schéma stalinien, mais instaure une critique vigoureuse de son risque de stagnation dans une vision du socialisme comme modèle imposé par le haut. Il en développe une intéressante critique en insistant sur les effets bénéfiques de la contradiction, produit du double pouvoir, communalisme d'un côté et étatisme de l'autre. Ceci lui permet de remettre en cause la vision engelsienne du développement des forces productives, comme pur effet du développement technique au profit d'une approche réévaluant l'apport des rapports de production et leurs effets sur les forces productives.
Dans son contre modèle, pour les rapports de production, Le stade ultime de socialisation qu'il atteint, reste formellement la nationalisation. Ce qui traduit en doxa stalinienne, par le concept de " propriété du peuple tout entier ", conduit à un véritable procès de prolétarisation. La mise en place des communes populaires à la base, couplée au développement de la grande industrie nationalisée par le haut, entraine une dépossession de la propriété juridique des forces productives. La propriété y devient de plus en plus sociale mais la possession réelle par les producteurs est-elle assurée pour autant ?
Son approche qui met bien en avant que la propriété coopérative comme phénomène de socialisation objective maintien le statut privé du petit propriétaire en en faisant un propriétaire " associé ", ne voit pas que dans la notion de " peuple " du concept " propriété du peuple tout entier "s' associent aussi des catégories sociales antagonistes et en particulier, cette forme particulière de la bourgeoise, produit de la gestion étatique des structures économiques. Il y a donc bien développement de la socialisation, dans le modèle qu'il nous propose, mais celle-ci s'opère par un déplacement de la contradiction et donc de l'antagonisme de classe, mais non par sa résolution. Il manque à cette critique, ce que tentera de développer la " Révolution Culturelle ", une remise en cause de la propriété formelle de la simple nationalisation étatique. Par l'appropriation réelle, au moyen d'une liquidation de la division du travail sur les moyens de production par les travailleurs entrainant la suppression de la bourgeoisie de délégation et de gestion et une réflexion sur le procès de travail. Que cette remise en cause ait été conduite sur des bases d'excès " gauchistes " dans les réponses, n'oblitère pas le fait qu'elle posait un certain nombre de bonnes questions.
Dans son ouvrage " La construction du socialisme en Chine " (2) Charles Bettelheim réaffirme que les premières années de la République Populaire de Chine sont marquées par 3 phases de développement :
De 1949 à 1952, la remise en marche de l'économie chinoise, de 1953 à 1957 le premier plan quinquennal avec un développement de l'industrie, sur le modèle soviétique, accordant la priorité à l'industrie lourde. Dans les campagnes, l'agriculture se développe avec le phénomène coopératif.
Fin 1957, les rapports de propriétés ont été totalement bouleversés dans l'industrie comme dans l'agriculture.
Enfin la période 58-60 qui correspond au Grand Bond en avant et qui se terminera par des difficultés importantes et une crise agricole entrainant la famine dans certaines régions.
On a beaucoup critiqué le Grand Bond en avant et ses effets sur l'industrie et sur l'agriculture, mais il ne faut pas non plus oublier les aléas climatiques qui frappèrent la chine durant cette période et surtout l'arrêt de l'aide soviétique et le retrait de leurs techniciens au milieu de l'année 1960 qui accentua encore la crise.
La Commune comme tentative de construction du socialisme par le bas.
L'expérience des communes populaires, que la direction chinoise liquidera au début des années 80, est une tentative originale d'avancer vers le socialisme. Mise en place en 58, la forme " commune populaire " essayait d'associer agriculture, industrie et commerce, d'une zone économique ainsi que les formes de gestions politiques et administratives d'éducation, santé, fiscalité, voir militaire avec la création des milices populaires. Elle associait différentes formes de propriétés, allant de la propriété personnelle à la propriété d'Etat transférée à la gestion communale. L'achat du matériel relevait de la commune et était mis à disposition des brigades et équipes par location. L'objectif final étant d'élever le niveau des forces productives de façon à faire se transférer par un jeu naturel propriété coopérative en propriété d'Etat. La salarisation liée à la loi de la valeur était tendanciellement remis en cause par des tentatives de mise en place d'une comptabilité en temps de travail avec des " points-travail " accordés à chaque paysan comme forme de rémunération, au sein des communes. Ces points facilement attribuables à l'époque compte-tenu du faible développement des outils de travail, permettaient une traduction directe en produits de base agricole. Ceci était rendu possible par le fait que 80% de la production agricole était autoconsommée. Avec l'amélioration de la productivité agricole Bettelheim signale dans son ouvrage " Questions sur la Chine après la mort de Mao Tsé Toung "(3) que la marchandisation pénètre à nouveau dans ce type d'organisation économique, que la main d'œuvre excédentaire se vend d'une commune à l'autre ou qu'elle développe des activités commerciales échappant à son contrôle. Un article du journal le Monde d'avril 82 en constate l'abandon par la direction chinoise au principe qu'elles auraient aussi permis l'hypertrophie d'une bureaucratie locale. Sur la même page un autre article traite de la crise de l'inefficience de la politique industrielle et du gâchis constaté en matière de produits réalisés. Une grande partie de ceux-ci ne trouvant pas d'acheteurs. Tout ceci annonce un retour définitif à la loi de la valeur et à la marchandisation des rapports sociaux.
Une restauration du modèle classique de développement capitaliste
Le modèle chinois d'égalitarisme des conditions primitives d'accumulation du capital a-t-il favorisé la fulgurance de son développement au moment où les conditions se sont trouvées réunies. C'est ce que pensent aujourd'hui une majorité d'auteurs. Alphabétisation réussie, état de santé satisfaisant, possibilité de maîtrise des techniques correcte, tous ces facteurs liés à la situation particulière d'un dégagement historique d'un surplus agricole ainsi que d'un excédent de main - d'œuvre ont incontestablement favorisé la réintroduction du capitalisme privé en Chine. La situation de crise internationale de valorisation du capital dans les métropoles impérialistes à s'en doute jouée le reste.
Il est certain que dans l'agriculture cela a entrainé des gains de productivité saisissants. L'agriculture serait en passe de descendre en dessous des 10% de la production nationale, alors qu'elle en représentait pratiquement 70% au début des années 70. Mais la productivité du travail y a explosé grâce à la privatisation du sol au moyen de la location faite à titre individuel aux paysans par les communes, mais aussi par la mécanisation et le développement de la chimie agricole.
Seulement un peu plus de 10 pour cent du territoire chinois est cultivable. La désertification avance, elle représenterait 1/3 du territoire dans l'est et le nord, l'urbanisation aussi, qui, réduit les terres arables. En compensation la Chine a mise en place une politique de conquête des terres vierges qui n'arrive pas à contrebalancer les pertes. Entre 1949 et 1986, la Chine à défriché 251000 km2 de terre cultivables mais en a perdu 407 000km2. Contre la désertification elle a créé un réseau important d'irrigation (1ière au monde) mais celui-ci nécessite un entretien permanent. Riz au sud (1ière : 184 M de T en 2006), blé au nord (1ière 104 M de T en 2006), 85 pour cent des surfaces cultivables sont consacrées au blé ou au riz ainsi qu'au maïs. La Chine est aussi la première puissance de pêche avec 44 M de T de poissons dont une bonne partie provient de l'élevage.
La Chine est dans le peloton de tête de l'élevage (ovins, porcins, caprins etc.)
Moins mécanisée que l'agriculture occidentale (1 M de tracteurs en 2002 contre 5 aux U.S.A)
L'agriculture est essentiellement produite sur de petites surfaces familiales réunies en coopératives. On compte également environ 2 000 fermes d'Etat.
Les revenus des paysans ont plus que triplé entre 1980 et 2000 permettant à de nombreuses familles de sortir de la très grande pauvreté. D'une situation où la Chine devait, en cas de mauvaises récoltes, importer des produits, elle est aujourd'hui en capacité d'en exporter.
Le développement capitalistique de l'agriculture chinoise s'étant opéré de façon extensive et intensive, elle connaît aujourd'hui les maux qu'ont connu les pays du centre, réduction des surfaces agricoles utiles par une urbanisation croissante, pollution des sols et des mers par l'usage intensif de l'exploitation et des produits chimiques.
Dans le domaine industriel et commercial, là aussi des bouleversements considérables sont intervenus. La propriété publique est en régression permanente. Les entreprises privées représentaient 2 215 200 unités en 2002, en 1978 il n'y en avait aucune.
Après le redressement d'une partie des entreprises publiques en 1978 par le retour à la profitabilité, il semble que plus de la moitié d'entre elles soient aujourd'hui déficitaires.
Le gouvernement chinois s'est engagé à appliquer aux entreprises publiques chinoises les règles de l'OMC, à savoir : autonomie vis-à-vis du pouvoir central dans le mode de gestion,
possibilité d'acheter et de vendre au secteur privé, désengagement de la planification dans la fixation des prix et des quantités. Le gouvernement chinois essaie quand même dans les secteurs d'activités qu'il juge stratégique, de maintenir une puissance publique ( secteurs militaires et électrique entre autre). 136 très grandes entreprises restent directement sous le contrôle du pouvoir central. Elles auraient réalisé 316 milliards de Yuans de bénéfices et auraient freiné les pertes. Mais sur les 196 secteurs d'activités économiques recensés, le gouvernement chinois décidait, en 2000, de se retirer de 146 ! La réduction massive des effectifs dans le secteur public conduit les nouveaux chômeurs à avoir plus de difficultés à retrouver un emploi du fait de leur inadaptation aux normes de productivité et de rentabilité du secteur privé. Cela représentait 11% des travailleurs urbains en 2000 et 53 % restaient sans emploi. Cela n'a pas empêché le secteur public de se retrouver en 2006 avec une perte avoisinant les 13 milliards de dollars, situation de nouveau aggravée avec la crise mondiale de 2008, en perdant le tiers de leur bénéfice. Cependant le gouvernement chinois n'a pas renoncé à leur faire jouer un rôle contra cyclique en matière d'emploi. C'est ainsi qu'elles se sont vues fixer des normes d'embauche de jeunes diplômés pour 2009, face à la monté du chômage.
La situation des entreprises publiques chinoises s'explique aussi par un retard technologique évident face aux entreprises privées, qui ont bénéficié du transfert de technologie des pays hautement développés, mais aussi d'une grande difficulté en matière de gestion tenant aux méthodes de calcul de la planification et à ses objectifs.
Les entreprises privées réalisent plus de la moitié du PIB et ont les taux de profitabilité les plus importants (15 % en 2003 contre 10 % pour le public). Les situations d'économie mixte se multiplient favorisant certes la modernisation des outils de travail mais minant profondément les possibilités d'une réorientation sur une voie socialiste ouvrant la perspective du communisme. Si aucune décision politique n'intervient pour contrebalancer un tel phénomène la puissance publique du socialisme chinois ne pèsera pas plus qu'un " tigre en papier " face à une restauration de fait du capitalisme en Chine continentale.
La théorisation de l'expérience chinoise.
Depuis le célèbre ouvrage d'Alain Peyreffite de 1973 " Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera ", phrase reprise à Bonaparte, les tentatives d'explications de l'histoire chinoise et de la singularité de son modèle n'ont pas manqué. Pour Peyreffite le socialisme chinois serait plus le résultat de la nécessité pour la nation chinoise de rattraper son retard après avoir subit la colonisation, que le résultat d'un véritable choix idéologique, La Chine moderne ne ferait que rentrer dans le rang. Partant d'une adaptation de l'école historique des annales et du " temps long " cher à Braudel et Duby, Angus Maddison historien britannique de l'économie, a produit une étude de l'économie chinoise portant sur plus de mille ans. La Chine actuelle ne ferait que retrouver la place qu'elle occupait avant son dépeçage par les puissances occidentales après 1900.
D'autres auteurs considèrent qu'on ne peut pas comprendre la Chine actuelle si on ne prend pas en compte le poids du confucianisme et la dimension culturelle de ses effets sur le comportement des peuples asiatiques et notamment du peuple chinois. L'autoritarisme du gouvernement communiste vis-à-vis du peuple serait à rapprocher du rapport de ce dernier au pouvoir de l'empereur. Le culte des dirigeants et notamment de Mao se rapporterait à La déification du pouvoir central déjà présent du temps de l'empereur. Cette adaptation de l'Etat laïc moderne que serait l'actuel Chine, au confucianisme favoriserait l'unité du céleste empire véritable mosaïque de peuples aux marches de régions en pleine déstabilisation.
Pour notre part nous ne nions pas l'intérêt de toutes ses approches, il est incontestable que le nationalisme et la volonté d'indépendance ont joué un rôle important auprès des jeunes intellectuels chinois (ou vietnamiens) qui se sont convertis au communisme. D'autre part nous avons entendu dans la bouche d'officiels vietnamiens les mêmes propos sur le rôle sous estimé de l'influence confucéenne pour comprendre la nature particulière du développement de ces pays. Enfin il est évident que le mode de production asiatique a imprimé un rôle spécifique pour expliquer la prégnance de la dimension étatique dans ses formations sociales.
Cependant nous avouons notre scepticisme à accorder au nationalisme, à l'étatisme et à l'idolâtrie du pouvoir central par le confucianisme, une explication pertinente dans la restauration du capitalisme actuel. L'histoire nous montre que le mouvement révolutionnaire asiatique a été autant anti-étatiste (avant la prise du pouvoir) qu'il ne s'est converti au tout Etat en suite. On ne peut selon nous expliquer un tel phénomène en développant l'idée qu' à un marxisme " occidental " anti-étatiste s'opposerait un marxisme " oriental " où le poids de l'Etat jouerait un rôle déterminant, soit par nationalisme de ses dirigeants soit par culturalisme confucéen de sa pensée. L'anti étatisme du prétendu marxisme " occidental " à duré 3 mois, le temps de la Commune de Paris, l'anti étatisme des directions communistes chinoise et vietnamienne, des dizaines d'années, du milieu des années 20 à leur arrivée au pouvoir à la fin des années 40, par la constitution de bases " rouges " ou de conseil ouvriers dans les villes, s'opposant au pouvoir central. C'est encore à l'anti étatisme que Mao fait appel quand il crée les communes populaires ou quand il déclenche la Révolution Culturelle.
Alors selon notre point de vue que s'est-il plus vraisemblablement passé. La réalité est que la théorie du maillon faible léniniste a contribué par une rupture découpant les révolutions dans le cadre étroit de leurs formations sociales à favoriser le développement du capitalisme d'Etat.
Les directions communistes se sont trouvées dans l'obligation de créer ou de remplacer un encadrement par un appareil d'Etat qui leur soit favorable. Mais cela leur a-t-il été favorisé par une idéologie et un environnement culturel auxquels ils auraient spontanément (ou inconsciemment) adhérés. Nous ne le pensons pas. Tout au contraire témoigne, de la part de ces peuples, du souffle révolutionnaire qui les traversent, de leur volonté de résistance à l'Etat et de trouver la voie de la société sans classes et sans Etat. Mao est la concentration faite homme de cette contradiction.
La vérité est que la non extension du socialisme aux métropoles impérialistes dominantes a autant contribué à la dégénérescence de droite de la direction chinoise que ses contradictions internes. Quand la direction du P.C.F porte un jugement sur le socialisme chinois actuel, elle ferait bien d'abord de balayer devant sa porte pour la responsabilité historique qu'elle porte dans la dégénérescence du socialisme mondial. Nous l'avons affirmé, dans d'autres articles, le socialisme dans un seul pays porte en lui le capitalisme d'Etat, non comme une tare mais comme une contradiction à surmonter. Mao l'avait compris qui a essayé d'en penser la juste résolution. En affirmant qu'il pouvait exister sous le socialisme des contradictions antagonistes, Mao à clairement mis en valeur que la lutte des classes s'y poursuivait. A l'opposé la direction droitière du P.C.F en niant la réalité de la lutte des classes jusqu'à l'avènement du communisme sous le fallacieux prétexte que sous le socialisme il suffisait que le parti soit au pouvoir pour que les contradictions disparaissent, a contribué à réarmer idéologiquement les tendances de droites actuelles du Mouvement Communiste International et du P.C.C. L'abandon de la dictature du prolétariat justifié par ses idéologues ( Les Sève et consorts) théoriciens de la contradiction non antagoniste, après avoir constitué l'armature idéologique du centrisme stalinien, dégénère aujourd'hui en mouvementisme de droite et demande à renoncer à la révolution socialiste, ainsi qu'à la constitution des communistes en parti politique d'avant-garde révolutionnaire.
L'expérience de contre pouvoir des communes populaires et de la révolution culturelle n'aurait pu prendre qu'à une double condition : extension mondiale de la révolution, mettant à l'abri la société chinoise face au dépérissement de son Etat central et rectification de la ligne de masse, confiant non aux intellectuels mais aux ouvriers l'application d'une remise en cause de la division du travail. A la place nous avons assisté à la mise en œuvre essentiellement d'un " discours " sur cette remise en cause, laissant les jeunes étudiants sur jouer dans des échanges verbaux et, pour finir, meurtriers, où on ne voit toujours pas ce que des professeurs de lettres obligés de se livrer à des autocritiques ridicules pouvaient bien à voir à faire avec la responsabilité d'une ligne de droite qui s'appliquait d'abord aux entreprises et à la façon d'y produire. La manipulation du symbolisme révolutionnaire par une clique verbeuse qui allait se révéler de véritables agents de la bourgeoise aussi bien en Chine qu'en Europe, a contribué à l'enterrement pour les travailleurs de la seule chance que le 20ième siècle leur ait offert d'appliquer l'aphorisme de Marx " l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ".
La théorie du dépassement et la liquidation de la bourgeoisie
Il nous faut revenir, pour finir, sur le modèle classique de rupture avec le capitalisme proposé par Marx. La reprise idéale d'une démarchandisation de la société par la mise en place d'une société de transparence ou pourrait être mise en œuvre une comptabilité en temps de travail. Modèle issu des expériences des phalanstères qui fut remis au goût du jour par les communes populaires.
La marchandisation implique t'elle la profitabilité ?
La marchandisation implique la salarisation, mais pas nécessairement l'exploitation.
La marchandisation indique l'inadéquation entre les intérêts du producteur et les attentes du consommateur. A l'opposé, la mise en sommeil de la loi de la valeur présuppose la transparence sociale et l'adéquation immédiate entre besoins (privés et sociaux) et production. Réaliste où illusoire ?
Il est clair que cette vision constitue un point de vue commun avec le libéralisme, notamment le panoptisme de Bentham base théorique de l'analyse de l'optimum de marché comme système affichant dans la plus complète transparence prix et quantités, vision idéalisée dans le système boursier de l'affichage. C'est en partant de cette analogie que la réforme soviétique des années 60 affirme que le seul système capable d'assurer une telle transparence est le système socialiste, puisque grâce à la planification totale, il est le seul à détenir une telle information. Pour Kantorovitch et Libermann dans ces conditions, les instruments marginalistes de l'économie politique bourgeoise ne sont pas des concepts à déconstruire, mais des 'outils' efficaces pour maximiser l'économie socialiste de marché.
L'économie de troc contenue dans l'analyse marxiste de " comptabilité en temps de travail ", présuppose transparence et adéquation immédiate. Ou alors il ne peut s'agir que d'une économie autoritaire de rationnement : ce qui est proposé, doit être consommé. L'économie libérale bourgeoise, en recourant au même modèle, s'offre, elle, une sortie possible de la contradiction en ayant recours à l'obsolescence sociale du capital par mise en concurrence des producteurs privés. La profusion de marchandises s'obtient par rationnement de la demande au moyen de l'exclusion d'une partie de l'offre de travail et à l'inverse par une multiplication concurrentielle de l'offre de marchandises.
A l'opposé, dans le modèle marxiste traditionnel la recherche effrénée d'une dé- marchandisation de l'objet économique conduit à une surexploitation de l'aspect physique du capital et à une obsolescence du même nom. L'incitation à investir et donc à moderniser n'est plus conduite par la recherche de la valorisation de l'objet marchandise, mais par des motivations liées à des objectifs externes. Amélioration des conditions de production, ce qui ne veut pas dire obligatoirement, comme dans le libéralisme, des conditions de productivité; poursuite d'objectifs sociaux ( Ex : élever le niveau intellectuel mis en œuvre dans le procès de travail, rechercher une meilleure ergonomie, diminuer la pénibilité, réduire le temps de travail etc.). Mais l'approche marxiste souffre d'une absence d'ontologie du développement de son modèle. L'autonomie de la causalité interne a disparu, au profit d'une pluralité d'interventions conscientes, confrontées au rationnement et à une diversité " explosive " d' objectifs sociaux. Plein emploi, pénibilité, enrichissement des tâches, niveau de salaires, demande privée et demande sociale etc.
Dans ce cadre, prendre un " certain niveau " de profitabilité comme objectif " neutre " en soi n'apparaît pas comme l'application d'une ligne révisionniste pour soi, elle est plutôt la marque d'une saine gestion de l'unité de production décentralisée que constitue l'entreprise. A partir du moment où le marxisme rompt avec l'utopisme " jeune-marxienne " d'une économie de transparence en temps de travail (modèle hérité de l'économie utopique pré-marxiste à fort relent anarchisant, ou la communauté autarcique peut s'offrir une transparence de bonne aloie) où l'offreur détient seul la capacité de réalisation de la valeur travail, il est clair que l'économie sociale ou " socialiste " de marché, peut appliquer une représentation des acteurs sociaux comme des unités indépendantes à qui s'appliquent une certaine " maximisation sous contraintes ". C'est sur le choix des contraintes que va s'exercer dès lors la pression sociale et la bonne orientation du système. Faut-il augmenter les salaires ? Au risque de diminuer la possible modernisation de l'outil de travail. Diminuer le temps de travail (au risque de diminuer l'offre de biens) ou améliorer les conditions de travail (au risque de renchérir les coûts de ces mêmes biens) ? Etc.. Sans parler des objectifs sociaux extérieurs à l'équilibre immédiat de la vie de l'entreprise, mais qui peuvent fortement orienter ses chances de survies et de développement, comme les objectifs écologiques.
Dans ce domaine la technique est d'un secours qu'aucun authentique marxiste ne peut admettre de soumettre à une neutralisation scientiste. La mathématisation est un efficace qui ne peut ni ne doit masquer les objets mis en équations, pas plus que la réflexion sur le procès de production contenu derrière le simple affichage matriciel d'une technique de planification. Elle ne peut masquer que, derrière la supériorité comptable d'un optimum, se cache la réalité concrète d'un procès de travail impliquant des travailleurs.
Le procès de production est soumis au procès de valorisation, soit, mais il est aussi le résultat du procès de travail. Si la valorisation se présente comme une contrainte extérieure qu'on ne peut éluder, puisqu'elle crée les conditions du marché et par la même, la base la plus extensive de la socialisation (puisqu'elle concerne une masse grandissante d'acteurs et de facteurs humains), les conditions de sa mise en œuvre ne doivent pas pour autant échapper au producteur. Le collectif de travailleurs doit avoir le droit de réfléchir, de proposer, et mettre en œuvre une maximisation sous " sa " contrainte. Ne plus voir arriver l'objet de travail comme une entité imposée, participer à son choix, ne plus se soumettre aux moyens de travail comme une contrainte indépassable (sciences et techniques) (être coauteurs de la mise en œuvre concrète de l'expérience scientifique sans cesse renouvelée que constitue la réalisation d'un acte productif (bien ou service). Comme le rappelait si justement Hannah Arendt dans " la condition de l'homme moderne "(4) il faut transformer le travail humain en œuvre d'art, c'est la seule façon de le faire échapper au procès de valorisation. Un acte unique ne se justifie qu'au regard de lui-même. La critique moderne du marxisme reproche à ce dernier de réduire la production de biens et de services à des besoins à satisfaire sans tenir compte du fait qu'il s'exprime aujourd'hui et de plus en plus sous la forme de désirs, ou ne sont pas absents signes ostentatoires, barrières et niveaux etc. Nous ne souhaitons pas reprendre ici un vieux débat contre les sieurs Baudrillard et Attali, les camarades d' " Economie et Politique " ainsi que l'excellent numéro de la Pensée de l'année 75 ont largement répondu à la question. Nous considérons que penser un modèle en rupture avec la marchandisation est une erreur. Le socialisme ne doit pas procéder à une démarchandisation mais à une décapitalisation. C'est pourquoi l'antilibéralisme n'est pas la solution, c'est l'anticapitalisme qui l'est. Mais là aussi il ne faut pas se tromper de méthode, on ne viendra pas à bout de la bourgeoisie et de l'étatisme en réduisant la part des actifs productifs dans l'économie mais au contraire en les généralisant. Le progrès technique n'a pas pour objectif de soustraire la classe ouvrière à son œuvre. La réduction du temps de travail n'est qu'un pis aller, une fuite en avant tendant à affirmer que l'homme n'a qu'une envie, fuir sa participation au bien être commun. Quand Marx nous déclare qu'un jour viendra où nous pourrons être tout à la fois : pêcheur, chasseur et peintre. Il ne déclare pas que l'homme se caractérisera d'abord par son aspiration à la paresse. Son gendre était adorable mais il n'avait rien compris. Il se caractérisera d'abord par sa maîtrise d'une multitude de procès de travail et donc par sa haute maîtrise des processus scientifiques qui les rendent possible. Une maîtrise telle, qu'elle se confond avec la palette de couleurs rendant possible l'œuvre de l'art et qu'elle fait de chacun de ses produits la mise en œuvre d'un acte unique comparable à un tableau ce qui détruit la marchandisation.
Pierre martin
(1) " Et la construction du socialisme " col : Point-Seuil 1975
Réunion de textes attribués à Mao
(2) " La Construction du Socialisme en Chine " C. Bettelheim- Maspéro 1965
(3) " Question sur la Chine après la mort de Mao Tsé-toung " C Betteheim- Maspéro 1978
(4) " Condition de l'homme moderne " Hannah Arendt - Calmann- Levy 1961
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