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A propos du texte de Lucien Sève
" Le communisme " est mort vive le communisme
Pierre Martin
Membre du Comité Central de
La Gauche Communiste du P.C.F
Le philosophe communiste Lucien Sève à fait paraître ces jours derniers une contribution intéressante en vue de " l'assemblée extraordinaire " du P.C.F qui se tiendra fin 2007 et dont les effets devraient se faire sentir sur le congrès de 2008.
S'intéresser à ce que dit Lucien Sève, n'est jamais neutre, il reste une référence pour de nombreux militants communistes et il a joué dans l'histoire intellectuelle du P.C.F un rôle charnière à un moment important de l'histoire du Mouvement Communiste International, sa " déstalinisation ". C'est au Comité Central d'Argenteuil en 1966 qu'il apparaît dans la lutte entre les 3 voies qui n'ont jamais cessé d'exister au sein du P.C.F, comme elles existent au sein de tout parti politique : sa Droite, son Centre, sa Gauche.
Lucien Sève est alors " chargé " par la direction du parti de combattre puis d'isoler, en vue de l'éliminer, le philosophe " officiel " du parti qui dérive de plus en plus vers des conceptions philosophiques humanistes pré - marxistes typique des dérives droitières : Roger Garaudy. Ce combat, il doit le mener en évitant que la gauche du parti puisse en tirer un quelconque avantage, il va donc construire un raisonnement qui officiellement tend à s'opposer à la dérive droitière de l'approche philosophique de la déstalinisation, mais qui " officieusement " cherche à contrer la critique de gauche, une critique qui tend à monter et qui aboutira aux événements de mai - juin 68. L'aile gauche du parti est alors représenté par Louis Althusser.
En bon "centriste " c'est à dire et in fine, en archétype d'une " déstalinisation " 'stalinienne', il est l'homme de l'appareil. Pendant près de 20 ans Lucien Sève sera chargé d'alimenter l'ossature philosophique du parti. Son ouvrage majeur " Marxisme et théorie de la personnalité " servira d'ouvrage pivot, tant à ce que tout jeune militant doit penser de la philosophie, mais également à l'explication " officielle " de ce qui commence à apparaître : l'échec du " socialisme ayant réellement existé ", et sa pseudo théorie marxiste du culte de la personnalité. Il se voit confier le poste hautement politique de directeur de la maison d'édition du parti : Les Editions Sociales. Tout ce qui en sort passe entre ses mains, avec l'aval au sein du bureau politique des hommes chargés des questions idéologiques, Plisonnier, Kanapa etc..
Il a eu comme vis à vis au sein de cette tâche théorique, les hommes chargés de produire une approche partitaire en économie politique, le C.M.E, " Boccara et Herzog ", en histoire de l'U.R.S.S " Elleinstein et Hincker " en droit " Le couple Weil " etc…Le parti se construit une représentation du monde, qui doit lui permettre de déboucher sur une destalinisation qui ne remette fondamentalement rien en cause d'une stratégie qui a été décidé à la sortie de la seconde guerre mondiale. Il s'agit de s'intégrer au jeu " démocratique " des alternances en devenant définitivement un parti de " gauche ". Cela est conforme au dernier souhait de Staline, la stratégie de la coexistence pacifique, et à sa conception de la luttes des classes à l'échelle internationale : le théorie des dominos.
Staline ne veut pas que l'histoire lui échappe, il veut contrôler la nature de la luttes des classes à l'échelle internationale. Pour cela, le maintien ou le renversement des Etats dans un jeu du camp contre camp devient essentiel. Staline est un " centriste " c'est à dire un homme pour qui la vision étatique de la politique est essentielle. La luttes des classes n'a nullement pour objet pour lui, de porter sur la remise en cause des phénomènes objectifs de l'exploitation ou de la désaliénation qui affectent les individus. Ce qui est fondamentalement pour lui c'est que le pouvoir d'Etat : l'armée, la justice, la police servent un camp contre l'autre. La lutte des classes lui importe pour autant qu'il pense en avoir le contrôle, car quant au fond ce qui caractérise le " centrisme " dans l'histoire du marxisme, c'est qu'il utilise les techniques et les institutions en les " neutralisant ", ce qui est typiquement une approche de " droite ", ceci dans le but de leur faire jouer un rôle moteur au sein de la luttes des classes, ce qui est essentiel dans sa confrontation avec la " gauche ". Ce travers caractérise Kautski comme il caractérise Staline, l'Etat, sa défense, au nom de la démocratie pour Kautski, ou au nom du socialisme pour Staline, est typique de ce courant qui pense pouvoir stopper l'histoire en l'éternisant, par l'institutionnalisation de la politique.
C'est pour quoi et malgré eux, les " centristes " ont tous dans leurs bagages théoriques de façon larvée et inconsciente une pente naturelle qui les pousse à n'envisager de solutions d'avenir que sur leur droite.
Nous souhaitons illustrer par deux exemples, précis la position réelle de Lucien sève, avant qu'il ne décide d'évoluer vers la droite du parti.
Confrontation entre Lucien Sève et Althusser- Balibar
sur la nature profonde du stalinisme et sur la réalité de luttes des classes en U.R.S.S.
Sève : la déviation stalinienne est une déviation de type de Gauche, car Staline à clairement affirmé et mis en pratique le fait qu'il y avait sous le socialisme accentuation de la luttes des classes, ce dont témoignent les procès, les camps etc.. Ce qui est contradictoire avec ses autres textes ou il affirme que sous le socialisme la luttes des classes s'éteint car il n'y a plus de classes antagonistes et que l'Etat est bien l'Etat du " Peuple tout entier ". (Thèse que Sève partage in-fine)
Réponse de A et B : Sève évite soigneusement d'aborder la forme sous laquelle Staline envisage et pratique la luttes des classes. Le recours à la police politique à la pseudo justice et ses procès spectaculaires, l'écrasement militaire des révoltes allemandes, hongroises, tchèques etc.. tout témoigne chez Staline du recours à l'appareil d'Etat et non aux masses, à la répression institutionnelle brutale et non à la confrontation idéologique, ce qui est typique de toutes les tendances de droites. Mais Staline a raison de dire qu'il y a accentuation de la lutte des classes sous le socialisme, il ne peut pas faire autrement que de le reconnaître. Le problème est qu'il évite de dire quelle place il occupe dans celles-ci, et quels intérêts il sert vraiment.
On le voit ce qui caractérise toute les tendances centristes c'est que leur approche de la politique n'est possible que par la " neutralisation " institutionnelle des instruments qui servent le pouvoir en place. La police est la police qu'elle soit à l'Est ou à l'Ouest, ce qui change, c'est qui elle sert et non pas à quoi elle sert, ni comment elle est constituée. L'Etat est l'Etat, les forces productives sont les forces productives, la recherche scientifique est la recherche scientifique, il n'y a rien à dire sur son contenu et sur ses méthodes seul son utilisation favorable ou non à telle ou telle classe sociale peut être jugée positive ou négative etc..
Autre exemple : 22ième Congrès du parti communiste 1976 - section de Bagneux 92
En face de l'auteur de cet article, le sieur Lucien Sève chargé à la tribune sur commande de la direction du parti de régler son sort à " la dictature du prolétariat ".
Sève : " Si vous êtes partisan de la dictature du prolétariat, vous acceptez et justifiez tout ce qui s'est passé en U.R.S.S les camps, la répression. "
Nous : " Si nous sommes partisans de la dictature du prolétariat, c'est parce que justement nous considérons que ce n'est pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat qui est appliquée en U.R.S.S et qu'il faut aujourd'hui entreprendre la critique marxiste et révolutionnaire de sa nature de classe et non continuer d'ergoter derrière de pseudo concepts tel que " Le Culte de la Personnalité " qui sont tout sauf marxistes "
Sève " Vous avez un conception livresque, de celle-ci (la dictature du prolétariat) qui vous masque la réalité de son application "
Nous " Camarade Sève, tu es directeur des Editions Sociales, à ce titre tu viens de rééditer
la " Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt ", ce livre est présent devant toi à la tribune sur une table de présentation des éditions du parti. Dans ce livre il y a une préface
D'Emile Bottigelli qui avec Auguste Cornu ont tant fait pour la diffusion des idées de Marx et d'Engels en France. Il rappel dans son introduction à la page 11, que dans sa lettre à Weydemeyer de 1852 Marx écrit :
" En ce qui me concerne, ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert ni l'existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi, des historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avait exprimé l'anatomie économique. Ce que que je fis de nouveau, ce fut : 1 de démonter que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases de développement historique déterminé de la production ; 2 que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat ; que cette dictature elle même ne constitue que la transition à l'abolition de toutes les classes et à une société sans classes. "
Nous : Sève, pourquoi avoir rééditer cette préface, pour le moins " livresque ", condamnes tu les propos de Marx et comment espères tu arriver à la société sans classes, au communisme, si tu n'es plus partisan de la dictature du prolétariat ? ! ! "
(Brouhaha dans la salle)
Reprise de parole par le secrétaire de section :
" Bien camarades, cette discussion n'aboutit à rien, passons à autre chose, un sujet plus important, la question de la " morale " " (sic !)
3 ans plus tard, nous quittions le parti persuadé que cette ligne liquidatrice voulu pour la direction du parti, le conduira droit dans le mur. Nous sommes restés 20 ans en dehors du parti, le temps pour celui-ci de passer de 600 000 membres à moins de 100 000 et de 20% des voix à 3,5%.
20 ans pendant lesquels, nous nous sommes renforcés dans l'idée que seul le communisme pouvait sortir l'humanité de la crise civilisationnelle dans laquelle elle s'enfonçait, 20 ans où de regroupements oppositionnels d'anciens communistes, en mouvement sociaux et sociétaux, nous avons espéré qu'il y avait une alternative à la forme " parti ". Il n'y en a pas. Non pas que le parti soit un " absolu " en dehors du quel rien ne soit réalisable, au contraire il faut savoir sortir de la " forteresse " comme le rappelait si justement Louis Althusser, mais il faut savoir également pourquoi à certain moment elle nous est indispensable.
Considérer que guerre de position et guerre de mouvement sont 2 éléments disjoints s'opposant de façon absolue est aussi stérile, qu'inutile. Quitter les casemates d'une base rouge, pour entreprendre une longue marche, n'a de sens que si elle conduit à avoir les moyens d'établir une autre base rouge élargie.
Certes, au cours du chemin on se transforme, mais le chemin n'est pas tout et le but final rien comme le pense Bernstein, l'abolition de l'état de chose existant, n'a de sens que s'il va dans le bon sens, Chemin et but se confondent, n'importe quel chemin, ne débouche pas sur n'importe quel but, c'est de l'idéalisme (Tout les chemins mènent à Rome). Le but, la finalité doit clairement identifiée, être fixée préalablement. La vérité est sans doute qu'aujourd'hui nous prenons conscience que nous n'avons pas tous en commun la même définition du communisme. Or avoir transformé ce mode de production, extrêmement concret, en une usine à gaz utopique, au nom d'une lutte contre l'utopie et l'impossibilité de définir précisément ce que cette société réalisée ,pourrait incarner, abouti aujourd'hui à cette bouillie idéologique ou le mot communisme devient un repoussoir pour ce qu'il ne définit pas, et le réceptacle de tous les fantasmes de ce qu'il pourrait recouvrir. Entre autre " la désaliénation ".
Pourquoi ce long préambule avant d'aborder franchement le texte de Sève, c'est que nous considérons que la jeune génération doit savoir à qui elle à faire, quand des hommes qui ont tenu les rennes du P.C.F et l'on conduit là ou il en est, viennent nous jouer les vierges effarouchées en affirmant " nous n'avons pas voulu ce qui se passe et nous ne sommes pour rien dans l'incapacité du P.C.F à sortir du stalino-réformisme dans lequel il est englué depuis la fin de la seconde guerre mondial " Les idéologues, les élus, les apparatchiks, qui se sont endormis post - staliniens bons teints et se réveillent aujourd'hui liquidateurs du parti au nom de l'obscolescence du parti dans la réalité de la lutte des classes, portent une lourde responsabilité dans la dégénérescence programmatique et tactique du P.C.F. Qu'on ne vienne pas nous dire que les Sève, Martelli, Braouezec, Hue et Consort n'ont jamais eu de pouvoir pour initier une autre pratique politique au sein du P.C.F. Ils en ont eu beaucoup, beaucoup plus que la gauche du parti, qui s'est vue régulièrement éliminée des instances au nom du réalisme et de la nécessité de continuer dans la stratégie d'union de la gauche .
Il arrive toujours un moment ou le centrisme dégénère, car la dégénérescence de droite du centrisme est contenu dans sa structuration même, dans son essence.
C'est typique dans le texte que nous allons regarder de Sève, le passage de la forme parti à la forme mouvementiste, le parti (structure figée) s'oppose à l'idée (fonctionnalo-mouvementiste) de l' " abolition de l'état de chose existant ". C' est un leitmotive que l'on retrouve de façon systématique, dans l'histoire de la dégénérescence des organisations " révolutionnaires " de la période récente, que se soit la fin du P.S.U, la transformation disparition du P.C.(M.L.F) se transformant en un P.A.C éphémère, voir du P.C.R (M.L), sans compter chez les trotskistes eux-mêmes, la disparition de l'A.M.R.
L'appel à la liquidation du parti passe toujours par la prétention à vouloir transcender la forme parti. En réalité, il s'agit souvent de la part de militants ayant occupé des postes à responsabilités importantes, le moyens de masquer la faillite de leur ligne politique. Après l'avoir défendu comme un absolu, le liquidateur accuse le parti de tous les maux.
Le communisme " équivoque " :
Lucien Sève, se défend de vouloir liquider l'idéal communiste, tout au contraire affirme- t' il c'est pour mieux le servir aujourd'hui qu'il s'agit de se débarrasser de ce qui fût le "faux communisme ". Mais qu'est-ce que ce " faux communisme ", c'est l'ensemble des réalités et des pratiques qui ont concerné ce que d'autres ont appelé " le socialisme réellement existant " et plus particulièrement les tendances les plus totalitaires, les plus barbares de certains régimes. De Staline à Pol - Pot les exemples ne manquent pas.
Nous ne pouvons qu'apprécier cette volonté de nos camarades fraîchement convertis en " nouvelle droite " communiste d'entreprendre enfin, la longue marche de la rénovation idéologique. Sauf que, sauf que, une fois encore, cette prétendue rénovation est conduite avec des masques idéologiques, qui ressemble étrangement à du déjà vu et qui consiste à prétendre tout changer pour pouvoir mieux tout conserver (autrement dit éviter que leur prétention idéologique à vouloir " guider " les masses, non plus cette fois ci du " Parti " mais du " Mouvement ", des " Réseaux ", voir pour Sève dans son texte des " Ateliers ". ne leur soit définitivement contester). Et cette fois encore il s'agit de faire passer sous le vocable de " communisme ayant failli " tout ce qu'hier comme de vaillants petits soldats ils défendaient bec et ongles contre ceux qui en contestaient la dimension révolutionnaire. Au passage, Sève ne manque pas de façon toujours aussi caricaturale d'égratigner l'extrême gauche, qui ne trouve aucune grâce à ses yeux. Car cette malheureuse extrême gauche, ne comprend décidément rien à rien au communisme, tout comme nous d'ailleurs.
En effet comment ne pas voir l'immense révolution corpernicienne, que les fulgurances de pensées de notre cher Lucien, font faire au concept de révolution et de mise en œuvre du communisme. Ecrire un article de 11 pages en évitant soigneusement d'aborder la question de la propriété privée des moyens de production et de sa disparition, la question de la conquête du pouvoir d'Etat et de sa disparition, la question de la fin de l'exploitation et du salariat, et leurs disparitions, toutes ces mauvaises questions qui ont depuis toujours obscurcies la claire question du communisme telle que nous l'envisage notre grand philosophe, pensez donc !
Le communisme de la désaliénation
Car voyez vous chers camarades, aujourd'hui la tâche des communistes qui ne veulent plus perdre leur temps avec la question du parti et de la révolution, devraient consacrer entièrement leurs forces et leurs projets à l'épineuse question de la désaliénation " Humaine ". Tient, tient ça ne vous rappel rien ! le coup de l'" humanisme total " ce sentiment de déjà vu, Sartre, Camus, Garaudy, Lefèvre, " Esprit ", " Socialisme ou Barbarie ", on en passe et des meilleurs. Certes ce courant philosophique a eu ces heures de gloire, sa version " gauche " (Lefèvre, socialisme ou Barbarie) mais in fine, que sont nos amis devenus ?
Est - ce que nous ne vous l'avons pas dit, le Centriste une fois déshabiller de ses oripeaux de Vynchinski du statutaire "le parti a toujours raison " apparaît crûment pour ce qu'il est, un révisionniste droitier honteux. ( Pour l'anecdote, nous ne résistons pas à rappeler ce que notre cher Lucien osa affirmer à la tribune de la conférence sise à Bagneux, du calamiteux et révisionniste 22ième congrès, je site " Un Congrès du parti communiste à plus de valeurs que les textes théoriques des fondateurs du communisme, car il les enrichit " (sic !) " il est des enrichissements qui doivent faire se retourner dans leurs tombes, tant les fondateurs de notre doctrine que nos malheureux camarades tombés pour la cause. Des gens qui ont détruit le parti communiste à 80% pour cent tant électoralement qu'en force militante, ferait bien parfois de s'abstenir de vouloir nous proposer leur prose.
Des camarades vont penser que nous sommes injustes avec Lucien et que tous ceux à qui nous avons à faire, il n'est certainement pas le pire. C'est vrai celui que tout le monde surnommait " Le moine soldat du communisme ", " l'enfant chérie du parti ", mérite sans doute un peu plus de considération, tout le monde se souvient du rôle important qu'il a joué dans la lutte contre l'échec scolaire et contre l'idéologie des " dons " avancé par la droite, on ne peut non plus oublier le rôle important qu'il a tenu et continue de tenir avec son épouse, dans la diffusion et dans la traduction de l'école de la psychologie soviétique, Luria, Léontieff, et surtout Vitgovski. Lucien à été pour beaucoup dans l'affirmation que la psychiatrie et la psychologie soviétique, ne se réduit pas à l'existence de camps, d'asiles ou l'on enfermaient les opposants. Mais c'est justement parce que Lucien, sait tout cela que nous ne pouvons pas accepter, à la fois son refus de défendre les acquis de la révolution d'octobre et du léninisme, et cette bouillie idéologique qui lui sert aujourd'hui de refuge pour fonder un prétendu communisme de l'abolition de " l'état de chose existant ".
De quoi " souffre " Lucien Sève, le diagnostique a déjà été établi il y a un certain temps par son seul et véritable adversaire politique Louis Althusser (et qui était quand même son ami). " La psychologie spontanée de savant ", Lucien est victime d'un phénomène qui touche beaucoup ceux qui ont côtoyé de prêt et durant de longues années un certain rapport monacale
A l'étude du marxisme-léninisme. Ce rapport instituant une instrumentalisation du marxisme en vue d'autojustifier les lignes successives du parti, à littéralement épuisé une génération entière de marxistes, dans la défense justificatrice ou au contraire dans l'opposition sectaire
Sans que ni les uns ni les autres, n'aient trouvé de sortie à cet enfermement et au ravage psychologique qu'il a produit sur un nombre important de militants et de chercheurs. l'anti-communisme d'un certain nombre de ces anciens acteurs, le suicide d'autres, ne sont pas à chercher ailleurs, que dans les effets désastreux de cette " servitude volontaire " au service du parti, qui a atteint toutes les organisations de traditions communistes ou anarchistes. Il ne faut pas s'étonner aujourd'hui du retour du bâton et de la volonté affichée de jeter par dessus bord le bébé avec l'eau du bain.
Essayons encore une fois donc de comprendre, pourquoi la neutralisation de la technique est à l'origine de cette déviation qui a atteint profondément, l'ensemble des intellectuels organiques du parti. Lucien est un intellectuel ( C'est à dire un produit de la division du travail) qui s'est spécialisé dans l'épistémologie de son champ scientifique. Philosophe, il a volontairement choisi de s'intéresser à la psychologie. Le problème est que l'histoire personnel de sa recherche se confond avec le déroulement de la grande " Histoire ", la crise du stalinisme et la volonté de trouver une origine à celle-ci. La crise des droits de l'homme en U.R.S.S. a correspondu à la redécouverte de l'importance du facteur humain dans les stratégies de changements. Nous ne reviendrons pas sur les débats de l'époque qui ont vu s'opposer, fonctionnalistes et structuralistes, systémistes et anthropologues, etc…Dans d'autres champs elle a pris la forme de l'opposition entre orthodoxie psychologique opposée à défense intransigeante de la psychanalyse. Je ne pense pas que Lucien me contredira là dessus, plus il devenait difficile de discuter ouvertement de la crise du stalinisme dans le parti, plus l'affrontement se faisait violent dans les champs scientifiques qui permettaient de poser les mêmes questions mais sous un angle différents.
Le centrisme résulte de la neutralisation de la lutte des classes derrière la " naturalisation " d'un certain nombre de phénomènes, comme par exemple la division du travail, et par extension des agents économiques qui l'a portent. L'institutionnalisation politico - économique, l'épistémologie scientifique etc.
Dans le marxisme, il a pris la forme d'une neutralisation " absolutiste " des forces productives et en leur sein des découvertes scientifiques. La " découverte " est trancendentale, autrement dit elle est " au dessus " de la division de la société en classes sociales.
" Découvrir " pour ne pas dire " Inventer " la division du travail et la systématiser comme l'ont fait Adam Smith, Taylor puis Ford, ne devrait donc pas prêter à discussions. En effet une chaîne de production est une chaîne de production. La productivité du travail qui en résulte fait sentir ces effets bénéfiques quelques que soit le système économique dans laquelle elle a lieu. Désormais la gauche " non totalitaire " devrait s'occuper non plus de la production, mais uniquement de ses effets redistributifs : Le social.
Faire du social, de la redistribution, voilà le maître mot de cette gauche de capitulation qui ne veut plus abattre le capitalisme mais seulement le gérer. Voilà ce que ces petits messieurs nous proposent en dissimulant, leur capitulation dernière, la remise en selle d'un prétendu communisme de l'Utopie, de l'abolition de " l'état de chose existant ".
Cela revient à éterniser la division du travail et à affirmer clairement, qu'il y aura toujours des manœuvres, O.S, O.Q, des contremaîtres et des ingénieurs de production et des cadres, et bien sur des intellectuels. Et comme le fonctionnalisme du capital s'impose de plus en plus aujourd'hui, c'est à dire que le capitalisme de parasite, cher à Daumier, devient caricaturalement obsolète, ceci abouti à la justification fonctionnaliste des patrons ou plus exactement des managers. Car il faudra bien des responsables pour manager et surveiller tout cela.
Comment appelle -t' on un système qui ne remet pas en cause la division du travail et maintient l'appropriation privée des moyens de production et du surproduit qui s'en dégage ?
- Le capitalisme privé.
Comment appelle- t' on un système qui ne remet pas en cause la division du travail, mais transfert à l'Etat la propriété des moyens de production tout en continuant de faire se réaliser un surproduit par, non pas toute la population, mais seulement une fraction d'entre elle (maintien de la division du travail) ?
- Le capitalisme d'Etat.
A quoi aboutit le système que préconise l'ancien centrisme stalinien ? Au mieux au capitalisme d'Etat. C'est pourquoi les camarades marxistes-léninistes en combattant pour la restauration d'idées et de valeurs qui ont été abandonnées, ne peuvent pas résoudre la crise du chemin qui conduit au communisme. Société mondiale : sans classes et sans Etat, sans classes parce que sans Etat, sans Etat parce que sans classes.
A quoi aboutit la nouvelle droite communiste en accentuant la dérive réformiste par constat (tout à fait justifié !) que la révolution n'a débouché que sur un système étatique. Au maintien du système capitaliste (privé) .
Voilà a quoi se résume, la crise du P.C.F, à l'affrontement entre 2 variantes de capitalisme.
C'est à dire à tout, sauf à la dictature du prolétariat.
- A Propos du texte de Sève -
" Le communisme est mort comme système social avec l'implosion de l'Union Soviétique "
Ce n'est pas le communisme qui est mort avec l'implosion de l'Union Soviétique, c'est le lien que Sève entretenait avec le marxisme.
Sève sait ou devrait savoir, que le communisme est un système mondial , que dans ces conditions la nature et le devenir d'une formation sociale, pèse de bien peu de poids. L'Echec de l'U.R.S.S oblige tout marxiste qui n'est pas un vulgaire révisionniste à en caractériser la nature. Sève à le choix entre 2 point de vue :
Celui des Trotskistes : L'U.R.S.S comme Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré,
ou celui de la Gauche Communiste : L'U.R.S.S : Capitalisme d'Etat
Mais cela Sève, l'homme du 22ième congrès, le liquidateur de la dictature du Prolétariat, ne le veut surtout pas. (L'Auteur révisionniste de " les communistes et l'Etat " éditions Sociales)
Il lui faudrait rendre des comptes, sur la stratégie suivie par le P.C.F depuis plus de 30 ans.
Il lui faudrait sortir de sa critique caricaturale de l'extrême-gauche et dire que pendant des années elle fut l'honneur du mouvement ouvrier en refusant de laisser traîner le drapeau rouge dans la boue et le sang des camps de déportations soviétiques.
" La logique de l'émiettement de ce qui fut le communisme français peut aller encore en dessous des 1,93% "
Encore une fois Sève se sert des approximations idéologiques véhiculées par l'idéologie dominante. Ici, essentiellement le système médiatico-journalistique en parlant du "Communisme français ".Le communisme est mondial, le communisme " français " n'existe pas. Ce que nous connaissons ce sont des organisations qui se " disent " communistes, ou se réclament du " communisme ". Ceci fait une rupture de taille, car cela introduit le droit à la critique et à leur inventaire portant jugement de valeur sur la réalité de leurs assertions et de leurs pratiques.
Les trotskistes, les maoïstes, les conseillistes, les libertaires, se disent communistes, tout comme le P.C.F. Qui l'est et qui ne l'est pas ? Il faut entreprendre un travail, porter un jugement. Cela Sève ne le veut surtout pas, il veut continuer de philosopher dans son coin.
" 1,93% " et alors ? Lepen à fait 20% au 2ième tour des présidentielles de 2002,
Lepen dans la vérité ! Le P.C.F dans l'erreur ? Bouffé par son électoralisme, lié à sa dégénérescence de droite, Sève ne se rend même plus compte de ce qu'une telle assertion suppose.
Quel résultat électoral, pour la poignée de résistants communistes en juin 40 ?
Ce qui est mort ou entrain de mourir, c'est un " parti " historiquement constitué qui a refusé de s'engager dans la voie de la déstalinisation sur des bases de gauche. Et qui a volontairement remis sa destiné entre les mains des tendances droitières et centristes qui en constituaient les gros bataillons. Nous assistons aujourd'hui au dernier soubresaut des tendances centristes d'hier : Sève, Martelli, qui dégénèrent de plus en plus en courant droitier.
Les seules " centristes " qui résistent sont les économistes : Bocara et les gens d'Economie et Politique. Il est beaucoup plus difficile de s'attaquer au point de vue communiste dans cette matière, car grâce au travail de Marx à son ouvrage le " Capital " un socle indestructible à été forgé. Mais nous pouvons compter sur eux pour suivre le même chemin.
Des Nouveaux critères de Gestion en passant par la Sécurité-Emploi-Formation , on est sur la bonne voie.
Là aussi, plus question de s'attaquer à la propriété privée des moyens de production. Il faut gérer. Gérer l'entreprise, gérer la main d'œuvre. Autrement dit rendre " social " le capitalisme. Encore un rêve utopique !
Le communisme de l'abolition de " L'état de chose existant ", ne veut strictement rien dire.
Le capitalisme lui aussi abolit " l'état de chose existant ". Cette philosophie de la transformation pour la transformation est le résultat de la place qu'occupe aujourd'hui les intellectuels " scolaires " de plus en plus coupés des processus de production réels. Sève comme nombre de " commentateurs " de " droite ", veut encore pouvoir se réserver le droit de distribuer des bons points.
Il y aura toujours, des faits qui prouveront que l'Histoire évolue dans le bon sens. Ce qui mettra définitivement à l'abris de toute critique, ce pseudo communisme " du mouvement " tel que nous l'imagine ces messieurs.
C'est pourquoi, ils tiennent tant à leur " communisme de la désaliénation ". Car quoi de plus difficile à juger que l'évolution des mœurs ou des mentalités aussi bien que les contradictions de classes qui minent une approche en terme de genre.
Si une langue régionale est reconnue, si une femme salariée est payée le même salaire qu'un homme, si un jeune bénéficie des mêmes droits qu'un vieux salarié. En quoi la question nationale, la nature du système, la réalité de l'exploitation, sont-elles battues en brèche ?
Certes se sont des avancées démocratiques, mais se sont des avancées qui se réalisent dans les relations contradictoires qui lient les masses populaires entre elles.
Régions contre République, Femmes contre Hommes, jeunes contre vieux. Tout ceci dans le meilleur des cas n'affecte le système qu'à la marge.
Par contre cela détourne objectivement, les travailleurs de la nécessité de la révolution socialiste, en faisant devenir contradictions principales, ce qui n'était jusqu'à ce jour que contradictions subordonnées.
Si le patronat n'est pas l'unique responsable, de la segmentation et de la ségrégation du marché du travail, alors d'autres fronts de luttes sont tout aussi importants et il est illusoire de tout attendre d'une révolution socialiste. Dans ce cas, à quoi bon remettre en cause la propriété privée des moyens de production (C.Q.F.D !)
Ce n'est pas pour rien que Buffet fait de la guerre domestique, un substitut à la guerre des classes. Elle peut ainsi masquer sa trahison des intérêts révolutionnaires de la classe ouvrière. En prétendant par exemple que la question féministe est une question nouvelle que les communistes se poseraient ,enfin, avec 1 siècle de retard.
La vérité est que cette question les communistes se la sont posés bien avant tout le monde. La femme qui en décembre 1920 vient demander aux socialistes français de rejoindre l'Internationale Communiste, cette femme, Clara Zetkin est aussi la responsable du mouvement socialiste des femmes et l'initiatrice de la journée du 8 mars. Sa sœur de combat Alexandra Kollontaï, tout comme elle, militante communiste, est non seulement l'initiatrice d'un immense mouvement de libération des mœurs des femmes, mais aussi, en tant que ministre soviétique, la représentante de leurs intérêts de salariées et de mères de famille.
Mais cela a- t' il jamais empêché Clara, ou Alexandra de combattre fermement contre le capitalisme, contre le féminisme bourgeois, sur des bases révolutionnaires de gauche ?
Qui est la première à avoir dénoncé la bureaucratisation de l'Union Soviétique ?
Alexandra Kollontaï en créant l'Opposition Ouvrière (dont nous membres de la gauche Communiste du P.C.F sommes fiers de nous revendiquer). Rassemblement spontané de milliers de militants ouvriers qui sentant que le socialisme d'Etat, ne conduisait pas dans la bonne direction se sont dressés pour que le beau mot de :dictature du prolétariat - soit enfin respecté.
Qui à animé fermement les 3 tentatives de révolution allemande au côté de Rosa Luxemburg et des spartakistes ? Clara Zetkin.
On est loin du féminisme bourgeois substitue à la guerre des classes telle que nous le propose, la communiste " municipale " Marie Georges Buffet.
Ce genre de discours la " droite " et le " centre " communistes n'ont cessé depuis 40 ans de nous en rabattre les oreilles. " Voyez " disent-ils " l'échec de l'Union Soviétique. Nous avons trop attendu de la révolution russe et elle nous a déçue. Vouloir s'attaquer frontalement au capitalisme ne sert à rien, puisque le système qui en sort n'a abouti, in fine, qu'à la restauration du capitalisme ".
Certes le " 'socialisme' d'Etat réellement existant " russe a échoué. Mais dans cet échec, l'absence d'extension de la révolution dans le monde développé n'a pas compté pour rien. On ne cesse de parler de l'échec et de la trahison des russes. Mais qu'en est-il de celle de la direction française qui n'a jamais tenté dans son histoire un seul mouvement révolutionnaire !
La direction actuelle du P.C.F juge aujourd'hui avec dédain et condescendance ce qui se passe à Cuba ou au Venezuela, elle accuse presque les F.A.R.C de terrorisme, mais elle même, qu'a t'elle fait au cours de son histoire, pour impulser une véritable rupture avec le capitalisme ?
De quelle droit cette direction de gestionnaires de gauche du capitalisme ose t'elle donner des leçon au Mouvement Communiste International qui ne renonce pas !
Ce n'est pas en produisant une nouvelle " consolation du philosophe " ce à quoi le texte de Sève tend, que l'on pourra sortir le P.C.F de la voie de la dégénérescence opportuniste produit de sa base stalino - réformiste qui l'a conduit là ou il est.
C'est en renouant avec la pensée et les pratiques de la grande révolution russe sur une base critique de gauche.
Le capitalisme d'Etat, les nationalisations, sont nécessaires mais insuffisants, pour construire des rapports sociaux communistes. Tous les théoriciens de gauche du Mouvement Communiste l'ont dit.
Quand la direction du P.C.F dit " on n'a pas compris, on ne savait pas, on ne pouvait rien y faire ! " Ils mentent !
Et quand par dessus tout cela, des théoriciens en rajoutent une couche, pour rendre confus ce qui est extrêmement claire, nous nous estimons habilités à les traiter, non seulement de liquidateurs, mais aussi d'agents objectifs de la bourgeoisie !
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