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Lénine, la Gauche Communiste (historique)
et le Capitalisme d'Etat
Nous aborderons dans cet article rapport de Lénine à la Gauche Communiste Historique, mais aussi au concept de Capitalisme d'Etat.
Lénine nous a laissé des écrits polémiques célèbres dans sa confrontation avec la Gauche Communiste (Historique) comme mouvance, les deux plus connus sont “La Maladie Infantile du Communisme ", et surtout son texte le plus abouti théoriquement et aussi le plus intéressant selon nous, le plus symptomatique des limites de sa pensée, " Sur l'infantilisme de Gauche ".
C'est ce dernier texte dont nous souhaitons rendre compte essentiellement ici, ceci afin de réaffirmer que Lénine a été partisan du Capitalisme d'Etat, non seulement comme mode de gouvernance du secteur privé et du commerce extérieur sous la N.E.P, comme le rappel Trotski, mais d'abord et avant tout comme mode de gestion des forces productives et des rapports de production suite à la liquéfaction de la classe ouvrière après la première guerre mondiale, la révolution d'Octobre et la guerre civile.
Il le soutien dans cet article sans aucune retenue, mais sans non plus spécifier ce qui permet de passer de cet antichambre du socialisme, au socialisme lui-même, ce qui fait que si l'on comprend fort bien que ce stade soit nécessaire pour Lénine comme aujourd'hui, nous considérons qu'il est inévitable pour nous, Lénine ne fournit aucune analyse pertinente pour le dépasser. Il se contente d'affirmer que le socialisme suivra " naturellement " si un parti révolutionnaire est au pouvoir.
Le bilan nous oblige aujourd'hui à dire qu'il y a loin du pouvoir d'un parti communiste au pouvoir réel de la classe ouvrière.
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" Sur l'Infantilisme de gauche ", ce texte se trouve dans une série d'articles publiés en mai 1918, regroupés dans le tome XXVII des œuvres complètes de V. Lénine.
" Passons maintenant aux déboires de nos " communistes de gauche " en matière de politique intérieure. Il est difficile de ne pas sourire en lisant dans les thèses sur la situation actuelle des phrases comme celles-ci :" L'utilisation méthodique des moyens de production restés intacts ne se conçoit que dans le cadre de la socialisation la plus résolue " […] " non pas la capitulation devant la bourgeoisie et ses suppôts intellectuels petits - bourgeois, mais l'écrasement complet de la bourgeoise et une action tendant à briser définitivement le sabotage. "
Chers " communistes de gauche ", quelle surabondance de résolution… et quelle insuffisance de réflexion ! Que veut dire cette " socialisation la plus résolue " ?
" Pour éclaircir encore plus la question, donnons avant tout un exemple très concret de capitalisme d'Etat. Tout le monde sait quel est cet exemple : l'Allemagne. Nous trouvons dans ce Pays le dernier mot de la technique moderne du grand capitalisme et de l'organisation méthodique au service de l'impérialisme des bourgeois et des junkers. Supprimez les mots soulignés, remplacez l'Etat militaire, l'Etat des junkers, l'Etat bourgeois et impérialiste, par un autre Etat, mais un Etat de type social différent, ayant un autre contenu de classe, par l'Etat soviétique, c'est à dire prolétarien, et vous obtiendrez tout l'ensemble des condition qui donne le socialisme. Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme, conçue d'après le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d'Etat méthodique qui subordonne des dizaines de millions d'hommes à l'observation la plus rigoureuse d'une norme unique dans la production et la répartition des produits. Nous les marxistes, nous l'avons toujours affirmé ; quant aux gens qui ont été incapables de comprendre au moins cela (les anarchistes et une bonne moitié des socialistes révolutionnaires de gauche), il est inutile de perdre même deux secondes à discuter avec eux. ".
" Tant que la révolution tarde encore à éclore en Allemagne, notre devoir est de nous mettre à l'école du capitalisme d'Etat des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l'assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l'implanter en Russie encore plus vite que ne l'a fait Pierre 1er pour les mœurs occidentales dans la vieille Russie. " " Ce qui prédomine actuellement en Russie, c'est le capitalisme petit-bourgeois, à partir duquel il n'est qu'un seul et même chemin pour parvenir aussi bien au grand capitalisme d'Etat qu'au socialisme et ce chemin passe par la même étape intermédiaire qui s'appelle ' inventaire et contrôle ' exercés par le peuple entier sur la production et la répartition des produits. Quiconque ne le comprend pas commet une erreur économique impardonnable soit en ignorant les faits réels, en ne voyant pas ce qui est, et ne sachant pas regarder la vérité en face, soit en se contentant d'opposer dans l'abstrait le " capitalisme " au " socialisme ", sans analyser les formes et les étapes concrètes de cette transition telle qu'elle s'effectue chez nous à l'heure actuelle ".
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On voit ici très bien ce qui peut nous séparer désormais de Lénine, un siècle après. Lénine considère que le technocratisme : " la norme unique ", " l'inventaire et le contrôle ", autrement dit " le socialisme des bureaux " doit diriger, c'est à dire " être mis au poste de commande " de la construction du nouvel " Etat " ouvrier. Dès lors s'instruire auprès du capitalisme d'Etat allemand, la formation sociale qui a conduit le plus loin possible la réflexion sur la nécessité pour toute bourgeoisie qui souhaite s'assurer d'une hégémonie conséquente tant au niveau mondial, qu'au niveau de sa propre formation sociale, d'être capable de construire un capitalisme d'Etat puissant devient un élément d'importance vitale.
Que nous dit Lénine ? Il indique à la gauche communiste de l'époque, gauche communiste jeune, immature, mais qui par son instinct, son extrême sensibilité aux contradictions objectives, pressent avec "génie " ce qui va advenir de la future formation sociale "soviétique ", que dans une révolution concrète on ne peut jamais que se servir des matériaux immédiats et réels que l'histoire nous lègue.
Cependant, une première réflexion s'impose : le capitalisme d'Etat, peut-il servir indifféremment une dictature capitaliste comme une dictature prolétarienne ?
Ce système économique est-il neutre, sans effets sur la nature du régime que l'on cherche à mettre en place ?
Suffit-il d'un " Etat social " pour définitivement faire pencher la balance du bon côté ? C'est toujours par le haut que Lénine envisage la résolution des contradictions. La base productive, l'initiative ouvrière, ne jouent ici aucun rôle. Certes le capitalisme d'Etat peut être le lieu où se forge une nouvelle alliance entre la petite et moyenne bourgeoisies et la classe ouvrière. On peut ainsi espérer que cette dernière arrivera aussi à étendre son hégémonie au delà du groupe social qu'elle incarne. Mais pour cela, il faudrait que soit clairement défini ce que représente le système antagoniste au capitalisme classique. En quoi le capitalisme d'Etat est-il de nature à faire pencher la balance du côté de la disparition des Etats et des classes sociales ?
Comment, de façon motrice, peut-il être porté à pencher du côté communisme, alors que de son antagoniste, la grande bourgeoisie, l'a installé en Allemagne et en attendait à l'inverse un renforcement du poids du capitalisme ?
Parallèlement, on peut s'interroger sur la façon dont Lénine parle du " socialisme " : il l'envisage non pas comme une phase de transition, mais comme un mode de production, cependant qu'il ne définit pas clairement ce qui le distingue du capitalisme d'Etat. Où se trouve la rupture alors que les deux sont envisagés comme des phénomènes où l'étatisation joue un rôle moteur ?
Le socialisme, c'est la socialisation " étatique " des moyens de production, une classe " possède " via l'Etat un " pouvoir " formel sur ceux-ci. Où est la différence avec le capitalisme d'Etat ? Dans la simple affectation du surproduit, c'est à dire dans la dimension " sociale " de cet " Etat " ? Est-ce suffisant pour ouvrir une voie de résolution aux contradictions d'une société de classes ?
Lénine théoricien d'une révolution qui a vu l'Etat exploser, sous les coups de boutoirs d'une défaite militaire (la première Guerre mondiale) et d'une révolution qui s'en est suivie, est dans l'attente d'une éventuelle révolution mondiale pour résoudre par le " haut " la question du maintien des Etats dans l'histoire de l'humanité. Celle-ci ne venant pas, il constate à l'opposé que c'est plutôt une situation inverse qui se présente à lui. Il a besoin " d'Etat " pour faire face à une contradiction vitale, maintenir " l'empire russe " en assurant à ses marches, ne serait-ce que des formes élémentaires de présence étatique, d'où l'importance pour lui de la question nationale, du droit des peuples à disposer d'eux- mêmes, dans la résolution des contradictions que constitue la marmite caucasienne. Mais il a aussi besoin d'Etat, pour " reconstruire " une classe ouvrière que la première Guerre et la révolution ont fait exploser. Tout concourt donc à ce que les conditions objectives favorisent largement une approche survalorisant le poids de l'étatique dans cette révolution, tant du fait de l'espace géographique, espace charnière entre Orient et Occident, que de l'état de délabrement de l'économie et des conditions de vie de la population. S'y ajoutent les propres représentations de Lénine qui font de l'intervention étatique, l'institutionnel, " le parti ", les conditions sine qua none de la reproduction des rapports de production.
" Résolvez concrètement l'histoire des trains qui doivent partir à l'heure " dit-il à la gauche, " Qu'avez-vous à proposer en échange ! Rien ! Alors taisez-vous ! "
Et comme la gauche de l'époque n'a effectivement rien à proposer compte tenu des conditions de délabrement de l'Etat russe, elle se tait. Mais en se taisant (ou plus exactement en étant obligée de se taire !), elle ne rend service ni à Lénine, ni à la révolution ! (Il faut noter que la question de la circulation des trains est au cœur de tous les projets où il est question de rétablissement de l'ordre. C'est un des leitmotive préférés de Mussolini " les trains doivent arriver à l'heure " ; c'est aujourd'hui l'un des chevaux de bataille de la droite conservatrice " La continuité du service, le service minimum ").
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" Il faut se mettre à " l'école " des organisateurs de trusts, car le socialisme n'est pas une invention, c'est l'assimilation et l'application, par l'avant-garde du prolétariat qui a conquis le pouvoir, de ce qui a été créé par les trusts. "
" Nous n'avons rien à leur apprendre si nous ne nous assignons pas la tâche puérile d'" enseigner " le socialisme à des intellectuels bourgeois : ce qu'il faut, ce n'est pas les instruire, mais les exproprier (ce qui se fait en Russie avec assez de " résolution "), c'est briser leur sabotage, c'est les soumettre au pouvoir des soviets en tant que groupe ou couche sociale. " Lénine (Sur l'Infantilisme de gauche)
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Ici, nul appel à un bilan critique, nul appel à un autodépassement. Plus fondamentalement encore, le prolétariat n'a pas de pensée " technique " propre, de valeurs à faire prévaloir. Il n'est que le " reflet- miroir " d'un développement de l'histoire de l'humanité qui s'est élaboré hors de lui. Nulle conception se servant des nouvelles formes d'organisation que la classe ouvrière s'estdonnée, " les conseils d'usine ", nul appel " utopique " sur ce que pourrait représenter une éventuelle auto- réflexion de la classe ouvrière sur son procès de travail. Ce sont les techniciens, les ingénieurs du chronomètre, qui doivent guider le bouleversement des rapports de production, et comme à l'époque, ils sont tous le produit de l'ancienne société, la tâche historique devient la nécessité de les " rééduquer " (ça sent l'appareil répressif A plein nez !). Mais qui peut les rééduquer ? Pas les travailleurs puisqu'ils n'y connaissent rien ! Ceux qui peuvent les rééduquer, ce sont les membres du parti, au mieux les intellectuels, les " spécialistes ", au pire la police politique ! On voit ici le gouffre qui sépare la conception que Lénine se fait de la tâche historique de la classe ouvrière et celle par exemple valorisée par Alexandra Kollontaï et les camarades de l'Opposition Ouvrière, qui mettent la classe ouvrière, sa créativité, au centre du processus de construction de la nouvelle société.
On voit aujourd'hui beaucoup mieux où gît le problème des limites de la pensée léniniste, une pensée extrêmement imprégnée des effets inconscients véhiculés par le modèle de l'intellectuel révolutionnaire que représente Lénine, intellectuel " déclassé " qui ne fait pas le lien entre produit et conditions de production. Il ne le fait pas dans la représentation extrêmement autoritaire pour ne pas dire " autoritariste " de la pédagogie de la transmission qu'il valorise " il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas " autrement dit, il est vain de vouloir enseigner le socialisme à des intellectuels puisque " La connaissance " c'est eux qui l'ont (voir son célèbre ouvrage " Que Faire "). C'est eux qui enseignent ! Dès lors, on ne peut que les " exproprier ", les " briser ", les " soumettre ", mais pas éduquer les éducateurs comme disait Marx !
Autrement dit, il n'y a de connaissance " de produit " que sous le rapport unique d'une condition de production : " la conceptualisation ", qui se révèle elle-même immuable depuis que l'humanité a décidé de transmettre de façon " consciente ". Lénine réduit la connaissance à la transmission " consciente " et nie, par là même, tous les modèles d'éducation, voire de contre éducation, basés sur l'auto- découverte, la " résistance " contenue dans le didactisme, le non verbal, l'inconscient, le corporel, l'instinctuel, qui jouent un rôle fondamental dans l'histoire des formes de résistances au modèle dominé - dominant. Car s'il y a une découverte essentielle apportée par la tradition de gauche du communisme (libertaires, conseillistes, etc.), c'est bien celle qui affirme que le moyen essentiel par lequel s'exprime la résistance ouvrière, c'est celle du " non dit ", du hors institutionnel, voire du refus de l'appropriation. Pour le léninisme, la science (le produit) n'est ni bourgeois, ni prolétarien, car la technique (les conditions de production) ne le sont pas plus ! Dès lors le procès de travail devient inessentiel dans la résolution des contradictions explosives qui gouvernent aujourd'hui le procès de production, cœur de la crise sociétale que nous traversons.
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" Les meilleurs ouvriers de Russie l'ont compris. Ils se sont mis à l'école des capitalistes organisateurs, des ingénieurs dirigeants, des techniciens spécialistes. Ils ont commencé avec fermeté et prudence, passant graduellement du plus facile au plus difficile. Si dans la métallurgie et dans les constructions mécaniques, le travail avance lentement, c'est parce que la tâche y est plus difficile. Quant aux ouvriers du textile, du tabac, des cuirs et peaux, ils ne craignent pas le " capitalisme d'Etat ",
comme les intellectuels petits-bourgeois déclassés, ils ne craignent pas de " se mettre à l'école des organisateurs de trusts ". Dans des administrations dirigeantes centrales telles que " la direction principale du cuir " ou " la direction centrale du textile ", ces ouvriers siègent à côté des capitalistes, s'instruisent à leur école, organisent le " capitalisme d'Etat " qui sous le pouvoir des soviets, est l'antichambre du socialisme, la condition de la victoire durable du socialisme. "
Lénine " Sur l'Infantilisme de gauche "
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On voit ici très nettement quelle est la limite de la pensée de Lénine. Il ne s'intéresse pas au procès de production, il ne s'intéresse qu'à sa gestion : les ouvriers apprennent en siégeant avec les capitalistes. La classe ouvrière qui " l'intéresse ", c'est celle qui est présente par 'délégation' dans l'appareil de gestion.
Autrement dit la bureaucratie ouvrière devenue telle par effet de compétences (essentiellement, donc, l'aristocratie ouvrière).
Première question :
Peut-on encore appeler ouvrier, quelqu'un qui n'est plus présent dans le procès de production lui-même ?
Deuxième question :
Les ouvriers doivent se mettre à 'l'école' des patrons, par quoi les patrons se mettent-ils à l'école des ouvriers ?
Ici la réponse est sous-entendue, c'est par l'idéologie et le parti. Mais comme l'affirmer serait déposséder les ouvriers d'un pouvoir " réel ", immédiatement Lénine tape sur ce qu'il appelle " les intellectuels déclassés " qui, eux, craindraient une telle situation. Qui sont ces intellectuels ? De qui Lénine
parle t-il ? De ses camarades de parti qui ne sont pas d'accord avec lui ? Mais alors il parle aussi de lui-même !
On comprend mieux pourquoi dès lors il sur joue dans le registre de la soumission à la toute puissance du " despotisme de fabrique " : il veut absolument persuader les masses et par là-même se persuader, qu'en se soumettant à la toute puissance d'une organisation produit de techniques qu'on neutralise volontairement, les fameuses " forces productives ", on est dans le réel et le sérieux et pas dans la phrase et dans le gauchisme.
Si la force de travail, son organisation, sa discipline, dépendent uniquement des pratiques scientifiques et techniques, alors les rapports de production ne peuvent prétendre à plus de place que ces premières (les forces productives) ne leur accordent.
Lénine apparaît aujourd'hui comme le meilleur théoricien du capitalisme d'Etat, le meilleur car il a pensé réellement pouvoir le dépasser. Les circonstances ne lui ont pas permis de résoudre cette question. Il n'a jamais développé de pensée articulée sur la contradiction capitalisme d'Etat / socialisme et les moyens d'aller au delà. Aujourd'hui encore, nous stagnons, dans les limites de la pensée léniniste " l'antichambre du socialisme ". La dérive droitière du parti en a développé toutes les caricatures (le stalino- réformisme) car comme toute force de travail, dans un modèle où les forces productives sont survalorisées, ne peut ambitionner de devenir travail complexe (travail intellectuel), que faire dès lors de cette masse de bras inemployés que le productivisme libère ?
C'est là où le modèle réformiste s'engouffre. Si la production libère une masse de bras à qui on ne reconnaît aucun pouvoir réel de production, " humainement " on ne peut la laisser sans " droits ". Il faut protéger la "victime".
Nous sommes ici en confrontation directe avec les solutions véhiculées par le parti depuis des dizaines d'années, celles " des bonnes oeuvres ". Il faut défendre les victimes, et par conséquent, il faut défendre aussi l'Etat qui protège les victimes. Il faut défendre " la politique sociale " qui constitue l'essentiel de ce qu'un programme de " gauche " peut proposer, " les petites gens " ont des droits ! (par exemple celui de bénéficier de la Sécurité de l'Emploi- Formation).
Plus le parti tourne le dos au modèle du " socialisme ayant réellement existé ", plus il constate les limites contenues dans l'histoire réelle du capitalisme d'Etat russe, ou les limites des " nationalisations à la française ", ceci sans réfléchir aux moyens concrets de dépasser l'appropriation formelle pour aboutir à l'appropriation réelle des moyens de production par la classe ouvrière.
Plus il devient le chantre de la défense des " droits " ! (Cette autre façon d'essence social-démocrate, de réintroduire l'Etat, car nous l'avons dit dans nos précédents articles, la bureaucratie de l'aristocratie ouvrière ne peut plus aujourd'hui se passer de l'appareil d'Etat), plus il a tendance à infantiliser la classe ouvrière et les classes populaires.
Comment dire à des gens vous avez des devoirs (c'est à dire réintroduire, les classes, la société civile), si on nie leur capacité productive et créative, si on nie l'absolue nécessité de l'appropriation " réelle " des moyens de production, par ceux sans qui ils ne seraient le support d'aucune création de richesse !
Anecdote : imagine t'on l'histoire révolutionnaire, si les Robespierre, Lénine, Trotski, Mao s'étaient transformés essentiellement en " défenseurs des droits " en Secours Populaire des peuples, en gestionnaires de " gauche " d'un Etat capitaliste !
Pierre Martin Unité Communiste
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(1) Robert Linhart : " Lénine, les paysans, Taylor, " Combats Seuil, 1976
- Dans toute la seconde partie de l'ouvrage, R. Linhart (fondateur de l'U.J.C.M.L) remet en cause le rapport de Lénine à Taylor, mais Il le fait sans jamais faire allusion à ses illustres prédécesseurs, l'Opposition Ouvrière et la Gauche Communiste alors que toute sa critique s'en inspire. L'heure n'était pas encore venue de rendre à 'César'...
- Dans sa Célèbre étude " L'histoire de la luttes des classes en U.R.S.S en 4 tomes, éditions du seuil,
Charles Bettelheim, lui, met bien en relief les contradictions théoriques et pratiques d'un processus révolutionnaire qui conduit à la seule survalorisation des forces productives. Mais là aussi, aucun hommage n'est rendu aux précurseurs et concepteurs d'une révolution communiste où les rapports de production seraient remis à leurs justes places, à savoir aux postes de commandes.
Dans l'un des tous derniers numéros de la revue (M.L) " Communisme " datée de mars-juin 1977, Robert Linhart et Charles Bettelheim reviennent sur leur parcours historique et en tirent les conclusions logiques : " La profondeur des transformations qui s'opèrent ainsi dans la formation idéologique bolchevique, en tant que marxisme historiquement constitué, apparaît de façon explicite, et sous une forme théorique, dans le texte de Staline : Matérialisme dialectique, Matérialisme historique. Dans ce texte, Staline avance la théorie selon laquelle les transformations sociales sont déterminées par le type de rapports existants entre la société et la nature. Ce texte pose le couple " société-nature " comme constitué par deux réalités extérieures l'une à l'autre. La nature est pensée comme un " environnement " de la société, tandis que le rapport de cette dernière à la nature est pensé comme sous la catégorie de forces productives.
Ainsi, une dynamique extérieure à la lutte des classes serait le moteur de l'histoire. Cette dynamique assurerait un " développement social ".
Une telle notion de " développement social " constitue un autre thème qui est à l'œuvre dans " Matérialisme Dialectique et Matérialisme Historique ". Ce thème ambigu est étranger au marxisme. Il pose la société comme une sorte de réalité en soi, en dehors des classes qui la constituent De même que le marxisme de la social-démocratie allemande au début du siècle et de la II° Internationale, le bolchevisme représente une forme particulière de marxisme historiquement constitué. Celui-ci a connu des transformations particulièrement importantes au cours des années 1930, transformations qui aboutissent à l'occultation des thèses fondamentales du marxisme révolutionnaire, à savoir en particulier que la lutte des classes est le moteur de l'histoire des sociétés divisées en classes. A cette thèse fondamentale en est substituée une autre, celle du rôle moteur du développement des forces productives. De même, au concept de transition socialiste qui correspond au procès de transformation du capitalisme en communisme, est substituée la notion sans titre scientifique de " mode de production socialiste "
Charles Bettelheim, Robert Linhart - Communisme, mars-juin 1977, p 10.
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Yannick Maignien, La division du travail Manuel et intellectuel, éditions F Maspéro, 1975
- Travail intellectuel et accumulation p72
" Les rapports de production capitalistes, basés sur l'exploitation de la plus-value, sont déterminés selon la loi contradictoire de la valeur. La croissance du capital constant aux dépens du capital variable, se résolvant dans la baisse tendancielle du taux de profit, rend - au fur et à mesure de la socialisation - toujours plus de travail mort demandant relativement toujours moins de travail vivant pour le valoriser.
La socialisation du procès de production est donc socialisation antagoniste en même temps que concentration des travailleurs sur le modèle antagoniste de l'opposition tranchée entre travailleurs manuels et intellectuels, ces derniers accumulant toujours plus de produits immatériels au profit du capital. La division réglée, technologique, du travail manuel et du travail intellectuel est donc fondée sur la division politique en classes : propriétaires des moyens de production et producteurs de plus-value.
Mais pour être sur cette base d'exploitation de classe, la division travail manuel - travail intellectuel n'y est pas superposée et elle reproduit de façon autonome ce conflit - étrangère à lui- dans la mesure où le travail intellectuel, pour ce qui est de lui dans le procès productif, n'est pas lié totalement comme le prolétaire au travail simple mais est lié aussi au procès d'accumulation capitaliste sur le modèle du quel " s'accumulent " les " sciences de la nature ", il est donc lié à la composition organique du capital, c'est à dire à la loi d'opposition et de dépendance dans laquelle se trouve le " reflet " de la composition valeur à la composition technique du capital.
L'autonomie de la division entre travail manuel et intellectuel, dans laquelle et par laquelle se reproduit de façon spécifique la contradiction de classe, est déterminée tout entière dans le décalage entre fondement technique (valeur d'usage) et fondement valeur (valeur d'échange) du travail intellectuel, comme écart des procès respectifs de la composition technique et de la composition valeur du capital. Ce double mouvement que recouvre la composition organique du capital est la clef de l'énigme du double pôle antagonique entre les bornes duquel le travail intellectuel, par une mystérieuse électrolyse, peut apparaître comme science d'autant plus neutre, objective et se drapant dans la vertu de son inappartenance de classe, qu'il se vend de moins en moins cher au capital”
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