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Histoire du mouvement ouvrier de fin 1917 à 1924 (2eme partie)
Nous avons étudié rapidement la naissance de la révolution soviétique dans notre premier article sur l'histoire du mouvement ouvrier. L'histoire ouvrière mondiale, dès ce moment sera intimement liée à la révolution soviétique et bien souvent cette histoire sera le reflet des hauts et des bas de cette première tentative de socialisme, jusque dans ses dérives et sa chute. Pour nous français, à compter du congrès de Tours, cette histoire revêtira alors les différentes formes politiques que prendra le PCF, qui sera sans cesse secoué au gré de changements parfois diamétralement opposés et qui subira comme partout dans les démocraties populaires et ailleurs, comme dans les pratiques des communistes du monde, la forme d'organisation des soviétiques (même si Lénine en fut conscient et tenta de réagir avant son décès). La conception de la dictature du prolétariat (selon Marx) fut déformée sous le stalinisme. Cette conception du socialisme avec le Parti Etat qui est mort dans les années 90, cette conception subsiste encore en Chine ou ailleurs. Ce socialisme d'état est aux antipodes de la libération humaine des forces d'oppression du travailleur manuel ou intellectuel, du paysan travailleur etc. Cette conception ne peut pas mener au communisme, ce qui explique les différentes oppositions qui en sont nées : Cronstadt, Hongrie (56), Berlin, Pologne (54) et Prague en (68) et bien entendu à chaque fois, les évenements seront exploités par la bourgeoisie capitaliste. La question peut être posée : comment un Etat dit socialiste peut-il s'opposer avec les armes contre les revendications ouvrières ? A l'époque nous avons été manipulés lorsque l'on nous affirmait qu'il s'agissait de coups de force de la réaction bourgeoise ! Enfin l'absence de mobilisation du peuple soviétique, après le putsch qui fera sombrer l'Etat de l'union soviétique, montrera bien la distance qui séparait l'élite dirigeante des aspirations populaires !
Cette histoire relatée ici est un fil conducteur. Des dates repères sont indiquées, mais les problèmes fondamentaux ne sont qu'abordés (ce qui laisse une large place pour les commentaires de nos lecteurs) et qui pour certains seront développés dans d'autres articles : Notamment les origines des événements de Kronstadt, les émeutes paysannes, les heurts dans les démocraties populaires etc. Ainsi que la conception Léniniste de l'état, de la révolution et donc ce que devient l'affranchissement des travailleurs. Il n'est pas question ici de remettre en cause l'apport du développement de la révolution par Lénine ou autres révolutionnaires de l'époque. Ce texte doit être compris dans l'esprit militant d'une critique constructive pour que ne se reproduisent pas les mêmes erreurs qui ont taché l'immense courage des révolutionnaires et communistes russes, mais en finalité qui a abouti à l'effondrement du système et au retour du capitalisme.
Ce terrain de réflexion est immense et doit être débattu, sinon les risques sont grands de reproduire les mêmes faux pas, en particulier une interrogation de taille est posée dans l'organisation pyramidale des partis politiques qui, toujours, favorisent la naissance de groupes dirigeants qui s'auto reproduisent.
Nous avons reproduit dans l'article précédent, les paroles de Rosa pour qui les bolcheviks ont accompli tout ce qui était possible dans cette période et dans les conditions sociales de la Russie de l'époque ; accompagnées par des critiques justifiées sur l'Etat et les conditions de la distribution des terres
Quelle est donc la situation de la révolution à la fin de 1917 et en 1918 ?
Le jeune pouvoir révolutionnaire est confronté principalement à:
1/ rétablir la paix avec l'Allemagne, une énorme partie du pays étant occupée (région de la baltique, une partie de l'Ukraine) etc.
2/ vaincre la contre révolution à l'intérieur, organisée par les armées revanchardes, tsaristes et bourgeoises, qui seront aidées par les armées capitalistes mondiales (troupes de l'intervention),
3/ assurer le développement économique et politique de la société soviétique,
4/ orienter le pouvoir des soviets ouvriers paysans, vers un pouvoir centralisé dans un Etat socialiste (qui va développer son contrôle avec la "Tcheka" et les commissaires politiques). Cette orientation étatiste va engendrer des remous, des conflits internes d'importances,
5/ la guerre a ruiné l'économie, les usines tournent au ralenti, il ne reste que 1 million 200000 ouvriers en activité, on en comptait plus de 3 Millions au début 1917. Les trains ne fonctionnent plus, les mines sont à l'arrêt, etc.
6/ La distribution des terres se fera d'une manière anarchique, faisant naitre le conflit entre l'Etat cherchant à collectiviser la terre et les paysans désirant en rester propriétaires.
Quelques dates importantes pour la compréhension de cette période. (En Russie et dans le monde)
1917
Avril 17 : ce sont les thèses de Lénine pour la prise de pouvoir. Ces thèses sont l'exposé d'une double tactique, d'une part montrer les erreurs du gouvernement bourgeois mis en place avec la révolution de février et indiquer le chemin pour la prise du pouvoir par les bolcheviks en donnant tout son sens révolutionnaire au mot d'ordre "tout le pouvoir aux soviets ouvriers et paysans". A ce moment les soviets représentent bien dans le mot d'ordre de Lénine, leur volonté d'établir un pouvoir populaire, laissant de côté les représentations démocratiques bourgeoises, dont le parlementarisme en est l'image. Suivant ces thèses ce pouvoir devait supprimer la police et l'armée bourgeoise, les fonctionnaires de l'ancien régime devaient être remplacés par des citoyens élus et révocables à tout moment. Les terres seront nationalisées et les grandes propriétés confisquées, toutes les banques fusionnées et contrôlées par les soviets, etc. Nous avons à cette époque l'image de la pensée de Lénine exprimée dans son ouvrage de 1904 "Que faire" lui-même inspiré par les tentatives de théorisation de "Babeuf" en 1796 pour l'instauration d'un communisme agraire, puis inspiré également par l'organisation de la "commune de Paris" et enfin par les travaux de Marx et Engels
Notons sur le problème agraire que la paysannerie russe est déjà organisée depuis plusieurs siècles (aux alentours de 1650) en communautés de villages (MIR) qui permettaient la mise en commun des ressources agricoles et permettaient une vie en communautés autarciques.
Le 7 novembre 17 : Lénine est élu président du conseil des commissaires du peuple au deuxième congrès des soviets. Dès cet instant nous observons la progression et ce qui sera la finalité pyramidale de l'Etat comme par ailleurs du parti, (Soviets ouvriers et paysans chapeautés par un soviet suprême, puis des commissaires politiques ensuite regroupés sous le conseil des commissaires du peuple etc…). Lorsque l'on ajoute par la suite que le secrétaire du parti deviendra le dirigeant du soviet suprême, nous voyons bien que la démocratie ouvrière a disparu faute également de rouages de contre pouvoirs. Rappelons que les syndicats seront assignés à gérer la production perdant ainsi, ce qui est l'essence d'un syndicat, son rôle de défense des intérêts de classe des travailleurs.
Le 7 novembre 17 : l'insurrection est victorieuse à St Petersburg
Le 8 novembre : organisation du gouvernement bolchevik ; premiers décrets sur la paix et sur l'appropriation de la terre (cette appropriation est très vague puisque le décret laisse les paysans en fixer les détails)
Le 17 nov. Certains bolcheviks partisans d'un gouvernement de coalition avec les autres partis socialistes, démissionnent
Le 21 novembre : fraternisation sur tous les fronts de guerre avec les allemands
Le 26 novembre : demande de l'armistice
Le 27 novembre : décret établissant le contrôle ouvrier dans les entreprises. Ce contrôle accorde l'ingérence des travailleurs dans la gestion des entreprises et supprime le secret commercial qui constituait encore un domaine réservé aux patrons. Dans la pratique peu de temps après la gestion échappera des mains des travailleurs.
14 décembre : création du conseil supérieur de l'économie. Celui-ci va limiter les immenses prérogatives dont jouissaient à ce moment les soviets depuis leur création et la révolution. Ces prérogatives vont alors se réduire au simple contrôle des ouvriers sur la production. Cette production demeurera soumise à une gestion technocratique de l'économie. Le décret du 28 mai 1918 concrétisera cette situation par la nationalisation totale soumise aux directives de cette bureaucratie qui deviendra de plus en plus autoritaire. Notons que les structures hiérarchisées dans ces entreprises seront maintenues conservant l'organisation capitaliste et perdurant donc la séparation technique et sociale des différentes couches de producteurs. Les directeurs et cadres conserveront leurs fonctions et seront appointés par l'Etat. C'est donc le premier pas vers l'évincement progressif de l'influence des soviets (sous leur forme communiste-libertaire originelles) qui s'achèvera en 1920 lorsque le contrôle exercé encore par eux passera entre les mains de l'inspection ouvrière et paysanne "organisme nommé par l'Etat" les chambres des soviets à tous les niveaux deviendront des chambres d'enregistrement des décisions prisent en haut de l'Etat.
Il est certain que les circonstances historiques particulièrement dramatiques du moment risquaient d'anéantir l'œuvre des révolutionnaires et ces circonstances ont fait réagir les bolcheviks qui étaient alors acculés à une auto-défense n'ayant plus le choix des moyens. Cette situation mènera à la NEP et aussi à la révolte de Cronstadt et de Petrograd en 21. Nous ressentons à ce moment la tendance, qui s'affirmera par la suite, d'une volonté politique centralisatrice dans le cadre d'un parti-Etat et ceci jusqu'à aboutir aux formes despotiques du stalinisme.
27/29/31 décembre : nationalisation des banques, abolition des titres et grades militaires de l'ancien régime.
Reconnaissance de l'indépendance de la Finlande
1918
15/18 19 janvier 1918 : attentat manqué contre Lénine, dissolution de l'assemblée constituante. Cette assemblée était composée de 25% de bolcheviks, 58% de socialistes révolutionnaires (essentiellement représentant de la paysannerie), 4% de mencheviks, 13% de libéraux. Au sujet de la constituante c'était, à notre avis, une erreur de l'avoir organisée, alors qu'il était visible, à ce moment, que la majorité ne serait pas obtenue par les bolcheviks et qui plus est de dissoudre cette assemblée élue 24 h seulement après l'élection ! Quelle motivation a prévalu dans cette démarche ?
3 mars : signature de la paix de Brest-Litovsk qui ampute le territoire soviétique de nombreuses régions : une partie de l'Ukraine (productions vivrières et minières importantes), de la Pologne, des territoires du nord (Lituanie Estonie Lettonie).
5 mars : débarquement des anglais et français à Mourmansk, première attaque de l'intervention des pays capitalistes (Angleterre, France, USA, Turquie, Japon).
6 au 8 mars : VII congrès du POSDR (b) se transforme et devient Parti Communiste.
6 avril. : Débarquement des anglais a Vladivostok.
20 avril : les Allemands occupent la Crimée (secteur clé énergétique pour l'Allemagne ruinée par la guerre de 14/18).
28 juin : extension des nationalisations. C'est le début du communisme de guerre, suivi par les réquisitions très souvent abusives dans le monde rural qui apporteront des réactions violentes de la part de groupes paysans contre le pouvoir soviétique. En effet, outre les réquisitions, l'organisation des fermes d'Etat (Sovkhozes), va développer un ressentiment chez les paysans, qui au lieu de la distribution des terres souhaitées, vont se retrouver dans ces cas de socialisation avec le sentiment de retourner vers la condition d'ouvriers agricoles.
2 Août : débarquement des anglais à Arkhangelsk. Ils organisent un gouvernement anti bolchevik de la Russie du nord (le but étant d'isoler le pays en coupant les accès maritimes).
14 septembre : les Turcs occupent Bakou (centre de production énergétique).
2 Novembre : impôt extraordinaire sur les riches.
9 novembre : proclamation à Berlin de la république des conseils (Spartakus) sous la direction de K. Liebknecht et de Rosa Luxembourg. L'insurrection sera écrasée en janvier 19.
11 novembre : fin de la 1ère guerre mondiale. Dans notre pays et dans toute l'Europe cette guerre est la première hécatombe des temps modernes des millions de morts et d'estropiés. La position nationaliste chauvine des partis socialistes (dans l'union sacrée) aura comme résultats la mobilisation de la classe ouvrière vers l'internationalisme et serra le moteur des fractures politiques qui vont alors aboutir, au congrès de Tours en France et partout en Europe, à la formation de partis communistes.
27 novembre : formation d'un gouvernement provisoire bolchevik (à dominante libertaire) en Ukraine, mené par Nestor Makhno. Cet homme fascine et entraine ses compatriotes sur une voie de la révolution que l'on peut qualifier de populiste ou d'anarchiste par la construction de communes fédérées et accompagnée par la constitution d'une armée de 50 000 hommes. Cette armée ira aider l'armée rouge pour défaire les armées blanches de Denikine et Wrangel. Mais se refusant au pouvoir centralisateur du communisme de guerre, cette armée sera éliminée à son tour en 1921. Cette partie de l'Ukraine (non occupée par les Allemands rentrera dans le giron soviétique, mais l'Ukraine restera secouée sporadiquement par des réactions populaires, allant jusqu'à la formation d'une légion pro allemande qui sévira pendant la seconde guerre mondiale. Il est intéressant de noter la rivalité de cultures existant dans ce pays (catholique et orthodoxe), (slaves et influence occidentale).
30 novembre : réintégration dans le comité central des soviets, des mencheviks qui n'ont pas trahi la révolution, ainsi que des socialistes révolutionnaires.
18 décembre : débarquement des Français à Odessa, qui donnera lieu aux mutineries des marins de la mer noire dont des dirigeants du futur PCF tels Ch. Tillon et A. Marty (avec bien d'autres qui pour certains, quitteront le PCF par la suite, en opposition aux prises de positions d'abandons révolutionnaire de la part du PCF et de l'internationale).
1919
5/9 janvier : écrasement de l'insurrection de Berlin. Les Spartakus seront trahis par les socialistes allemands. Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht seront assassinés par les corps francs et ceux-ci parviendront à dissoudre les conseils ouvriers. Lla bataille des forces populaires se poursuivra jusqu'à la fin de l'année 21/22 dans différentes régions allemandes. Emergeront ensuite le populisme et le fascisme qui conduiront à la 2ème guerre mondiale.
Quelles sont les raisons principales de cet échec ? Les bolchevicks, au moment de l'insurrection de Berlin, croient enfin voir leurs efforts d'internationalisation de la révolution récompensés. Il n'en sera rien car la situation allemande est différente. Certes le Kaiser (empereur) est renversé (sous l'action des masses comme en février en Russie au profit de la naissance d'une république), mais d'une part l'armée du Kaiser reste unie et contre révolutionnaire, d'autre part la bourgeoisie s'avéra autrement plus puissante qu'en Russie, enfin les socialistes allemands, tout aussi divisés que ceux de Russie (c'est néanmoins l'aile droite du parti qui étant largement majoritaire n'était pas disposée à courir le risque d'une guerre civile) donc des compromis entre bourgeoisie, conservateurs, armée, amenèrent un ralliement sur les bases de la jeune république bourgeoise allemande (dite de Weimar) pourvu que celle-ci ne remette pas en cause le système économique capitaliste. Les sociaux-démocrates conclurent alors une alliance avec la droite, qui fut une alliance offensive contre le prolétariat révolutionnaire. C'est l'œuvre du social-démocrate "G. Noske" qui, entrainant les militaires et les corps francs, parviendra à nettoyer dans le sang la révolution ouvrière allemande. Les corps francs seront plus tard l'ossature du régime fasciste naissant.
Du 2 au 7 mars, se tient à Moscou le premier congrès fondateur de l'internationale communiste. Rappelons que l'internationale apparaît dans l'histoire du mouvement ouvrier et dans l'évolution de la pensée de Marx et de Engels comme la forme suprême d'organisation du pouvoir ouvrier à l'échelle planétaire. La 1ere fût crée a Londres en 1864, son prestige fût plus grand que ses forces de combat. En 1889 se créera la 2eme internationale, elle se brisera sur la guerre de 1914 lors des votes des crédits de guerre par les partis socialistes d'Allemagne et de France. La 3eme dont le congrès fondateur qui se déroule ces 2/7 mars, prendra modèle sur la 1ere internationale pour les formes de son organisation. Cependant dès ce moment Lénine établit les bases d'une synchronisation entre les interets du mouvement communiste et ceux de l'Etat soviétique. Par la suite avec les thèses staliniennes du " socialisme dans un seul pays " cette tendance se renforcera avec la subordination de tous les PC au parti qui seul construit le socialisme. Cette internationale sera dissoute en mai 1943.
Première proclamation d'une république soviétique en Hongrie sous la direction de Béla Kun. Cette tentative se terminera en août, écrasée par les fascistes hongrois.
6/7 Avril : soulèvement bolchevik en Bavière, proclamation d'une république soviétique. Les troupes contre-révolutionnaires reprendront Munich le 1er Mai. S'ensuivra à la fin des conseils en Bavière vers la fin mai.
6 avril : entrée de l'armée rouge à Odessa.
16 avril : soulèvement des marins français de la mer noire qui refusent l'engagement de la France contre la révolution des soviets. Des participants, tels Charles Tillon et André Marty avec de nombreux marins se retrouveront incarcérés et condamnés à de lourdes peines de prison ou de relégation. Ils seront finalement graciés par le gouvernement français par décret le 20 avril 1923.
1er Mai à Paris : les manifestations sont interdites par la droite au pouvoir. Elles se dérouleront donc dans Paris avec des heurts, en particulier sur les grands boulevards vers la Bourse et l'Opéra. Au moins 2 morts et des blessés sont à déplorer.
Mai : renversement des républiques soviétiques de la baltique avec l'aide de l'intervention anglaise.
28 Juin : signature du traité de Versailles qui met fin à la guerre mondiale et condamne l'Allemagne à une lourde compensation financière pour dommages de guerre. L'Allemagne est ruinée par la guerre et ne pourra pas payer. Le gouvernement français organisera l'occupation de la Sarre, privant encore plus de ressources les Allemands ce qui, entre autre, favorisera la montée d'Hitler sur la base du populisme. A cette époque, le D.M. était dévalué toutes les semaines, le chômage était intense. Après ses échecs, la classe ouvrière étant en recul, ne pouvait plus s'opposer efficacement à ce mouvement populiste fascisant.
1920
16 Janvier : fin du blocus économique, organisé par les "alliés".
Fin Janvier : débâcle des armées contre révolutionnaires en Sibérie.
1er Avril : départ des troupes américaines de Vladivostok, mais la ville restera encore occupée par les Japonais.
1er Mai à Paris : manifestation de solidarité avec les cheminots qui mènent alors une grève dure, également pour les revendications dont l'application de la loi de la journée de 8 heures votée le 23 avril mais peu appliquée par le patronat. On observe une nouvelle répression (2 morts place de l'Opéra et un député de la Seine frappé à coup de sabre). S'en suivra des arrestations le 3 mai de dirigeants de la CGT (Pierre Monatte, Souvarine, Monmousseau, Fernand Loriot, etc.). Le chef d'inculpation est "complot" contre la sûreté de l'Etat ; ces dirigeants du parti et de la CGT resteront en prison jusque mars 1921.
21 juillet au 6 Aout : II° congrès de l'internationale communiste.
12 Octobre : traité de Paix avec la Pologne.
En France, fin Décembre : naissance du Parti communiste au congrès de Tours par l'adhésion à l'internationale. C'est la scission avec la droite socialiste de Léon Blum, s'ensuivra la scission de la CGT ; et les premières positions révolutionnaires du jeune parti communiste français (SFIC). Certains assimilent le congrès de Tours adhérant à l'internationale, à la soit disante matrice du PCF. C'est oublier l'appel de Marx et Engels dans le manifeste réalisé en 1848 qui est la réelle matrice d'un parti communiste, qu'il soit français ou d'un autre pays.
Précisons que l'idée du communisme est née bien avant, nota avec les théories de Babeuf et nombres de révolutionnaires de 1789. Cette idée se trouvait également au centre de la révolution de 1848 et à la Commune de 1871 ! De plus, faire référence à la soit disante "matrice", c'est comme développer la théorie du "dépassement du capitalisme. C'est se référer à l'idéologie dominante bourgeoise, reprise par nos dirigeants qui ont perdu tout sens de lutte de classe, comme si la classe ouvrière avait disparue ; d'ailleurs ils l'affirment en réduisant la classe ouvrière qu'aux seuls travailleurs manuels.
Les salariés qui produisent avec leurs mains ou leur tête ont toujours besoin d'un parti communiste, ancré dans des démarches révolutionnaires. Ces démarches doivent mettre à mal le système capitaliste, avec, en particulier, la contestation du "sacro saint" droit de propriété, et non pas aménager ce capitalisme avec des réformettes !
Décembre en Allemagne : par la fusion des communistes et des indépendants se forme un parti communiste ouvert aux masses et adhérent à l'internationale
1921
Janvier en Italie : formation au congrès de Livourne du parti communiste Italien (notons que la fraction favorable de l'adhésion à l'internationale était en Italie minoritaire, alors qu'elle sera majoritaire en décembre au congrès de Tours).
Du 2 au 17 mars : soulèvement de Cronstadt (forteresse abritant la flotte de la baltique située en face de Petrograd). La garnison est occupée par des marins et soldats à cette période issus de la paysannerie (pour l'essentiel de l'Ukraine). Nous verrons dans un futur article les raisons du soulèvement qui, pour l'essentiel, porte sur deux conceptions divergentes de la révolution ; la première étant le développement du pouvoir étatique alors en cours, la seconde la conception de la révolution basée sur des soviets libres sans dominance bolchevik et de type libertaire (suivant les théories de Bakounine). C'était aussi l'aspiration à une organisation à l'image de l'éphémère commune de Paris, qui avait rejeté l'Etat avant eux et prôné les représentations par des élus révocables à tout moment et non rééligibles (notons qu'il est de première importance d'en étudier l'application, afin d'éviter la formation de castes de dirigeants se reproduisant sans cesse, qui dans tous les cas ne peuvent que donner lieu au minimum à un déphasement par rapport aux réalités populaires et au pire des cas à renouveler l'aspect négatif de l'expérience russe par la naissance d'une nouvelle bourgeoisie. Cet affrontement fratricide laissera beaucoup d'amertumes dans la pensée révolutionnaire mondiale, jusqu'à nos jours et devra être étudié à fond pour le "futur" du mouvement d'émancipation humaine contre toute exploitation, comportant la disparition de la division technique et sociale du travail, le développement d'une société d'hommes libres et égaux s'auto organisant pour en finalité voir disparaître l'Etat dans sa forme actuelle ne gardant de celui-ci que l'administration des choses. (Ces travaux sur le sujet nous sont déjà indiqués par Gramsci et par l'école hollandaise avec Panoeck, ainsi que par les positions au sein du PCUS par Alexandra Kolontai).
Au moment de la révolte de Cronstadt se tient à Moscou le 10ème congrès du parti communiste de Russie. Ce congrès est capital dans l'évolution de la socialisation, les questions posées sont : comment surmonter les difficultés immenses qui se dressent devant le pouvoir du parti communiste et des soviets, alors que le risque est à ce moment très grand d'un retour au capitalisme. La réponse sera la NEP (appel à des capitaux étrangers, réouverture de l'économie vers le "marché" notamment pour les agriculteurs qui sont alors autorisés à vendre des produits, les réquisitions supprimées et remplacées par l'impôt payable en nature, le retour à la tête des entreprises des anciens directeurs voire certains patrons qui deviennent alors des salariés de l'Etat) etc. C'est la prise de conscience de Lénine devant les difficultés qui exigent du pouvoir soviétique d'effectuer le repli. Pour Lénine la NEP s'impose après l'échec des révolutions européennes. Il explique alors "une révolution socialiste, dans un pays comme le nôtre, peut finalement l'emporter, mais à deux conditions : d'abord, si elle est soutenue au bon moment par une révolution socialiste dans un ou plusieurs pays avancés… L'autre condition c'est un compromis entre le prolétariat qui exerce sa dictature ou tient dans ses mains le pouvoir d'Etat et la majorité des paysans".
Autre problème abordé par Lénine à ce 10ème congrès : le constat de l'accroissement dangereux du nombre de fonctionnaires et particulièrement de l'importance qu'ont pris la "Tcheka et le GPU", mais ce cri d'alarme passera au-dessus de la tête des congressistes préoccupés par les événements de Petrograd et Cronstadt.
Enfin ce congrès réaffirme le centralisme avec la reconnaissance des tendances, mais également la condamnation ferme des fractions.
C'est également le départ du congrès de 300 membres dirigeants vers Cronstadt. Ils prendront part avant tout aux tentatives de réconciliation avec les mutins, avant l'assaut final de la forteresse.
Nous pouvons nous poser la question : pourquoi ? à partir de cette période, avons-nous laissé penser que le développement de l'URSS fut par la suite assimilé entièrement à la construction d'une société socialiste menant vers le communisme, alors qu'il fut principalement question, après la NEP du développement d'un capitalisme d'Etat socialisant (certes différent de notre organisation d'Etat dans les pays industriellement développés) qui de plus, sous la période stalinienne, développera le culte de la grande Russie. Il faudra attendre le pouvoir d'Andropov pour discerner des changements politiques en progrès, qui s'ils avaient été poursuivis auraient alors pu changer le cours des choses. Ceci ne débouchera pas après la mort d'Andropov ; le tournant sera finalement de tendance social-démocrate avec Gorbatchev, accompagné dans la dernière décennie de l'URSS, par l'appropriation privée de moyens de productions et d'échanges dans une multitude d'entreprises, construisant ainsi le retour au capitalisme, qui se trouve de nouveau au pouvoir.
16 Mars : premier traité commercial anglo-soviétique (résultant de la NEP).
Mi Mars : écrasement de la grève générale insurrectionnelle en Allemagne centrale (dernier soubresaut des tentatives révolutionnaires dans ce Pays).
En France : le congrès de Tours a eu lieu. Il faut maintenant structurer le parti, l'organiser, reprendre contact avec les militants de la base. Déjà se dessinent des différences, par rapport aux 21 conditions de l'adhésion à l'internationale par exemple en ce qui concerne l'agitation révolutionnaire à poursuivre dans l'armée et relatif au travail illégal révolutionnaire, en général, pour ce qui concerne les rapports avec les syndicats. Là aussi la motion d'adhésion était en recul par rapport aux textes de l'internationale. Nous voyons bien que cette motion du congrès de Tours était en fait un compromis avec le Centre (reconstructeur) et la gauche du parti. S'en suivra un compromis sur les dirigeants (Loriot et Souvarine étant à cet instant en prison), le compromis se fera avec Marcel Cachin et Frossard, celui-ci a tout juste 30 ans, fils de bourrelier républicain, il va être le premier secrétaire général de ce PCF en formation (Section Française de l'internationale communiste). Il quittera le parti pour rejoindre la "SFIO" et en 40 deviendra Pétainiste.
Quel est l'état des forces du jeune parti communiste ? Sur 68 parlementaires socialistes il en restera une douzaine qui eux suivront le nouveau parti. Les jeunes qui ont été le moteur le plus puissant, pour l'adhésion, formeront la masse la plus déterminée. L'âge moyen du parti est de 40 ans, au milieu de l'année 22, nous compterons environ 120.000 membres.
22 juin au 12 juillet : III ème congrès de l'internationale communiste ; une délégation française y est présente.
29 juillet : élection d'Hitler comme président du parti fasciste NSDAP.
Juillet : première conférence du parti communiste Chinois.
Août : en Russie, une grande épuration est lancée dans le PC russe. De 600 000 membres, il est ramené à 400 000, l'écartement de ces 200 000 membres du parti se fait dans le but de dégraisser l'appareil d'Etat qui devient trop tentaculaire (c'était le constat de Lénine lors du 10 ème congrès), mais ceci ne modifiera pas la tendance par trop étatique de l'organisation soviétique.
Notons que dès cette époque, un principe discutable verra le jour dans le PCR ; ce principe sera l'acceptation (ou non) de la candidature d'un citoyen au titre de membre du parti. La décision appartenant aux organes de directions.
Fin de l'année 21 : la contre révolution est vaincue mais le bilan est lourd : le revenu national n'est que le tiers de celui de 1913. La production industrielle est tombée (moins à 80% de celle d'avant guerre) ; la misère est atroce, certains cas de cannibalisme apparaissent dans les zones les plus reculées ; les villes se vident, l'industrie qui occupait 3 000 000 d'ouvriers au début de 17 n'en compte plus que 1 200 000 courant 21. La victoire des bolchevicks est donc précaire, surtout si l'on considère que la base de la révolution étant faite avec les travailleurs qui ont fourni le gros des bataillons de combat (l'armée rouge ayant recruté ses cadres et ses soldats dans les usines les plus révolutionnaires) le nombre de morts ayant été considérable, accompagné par le chômage poussant les ouvriers à repartir vers la campagne, à cet instant la construction de la société soviétique va se faire avec la disparition d'une partie importante de ses révolutionnaires de 1917. Vont adhérer de nouveaux membres qui n'auront pas la même formation politique.
C'est dans ces conditions que le parti communiste de Russie entame un processus de dégénérescence par rapport aux pratiques exercées avant la révolution. En effet avant la révolution jusque la fin des conflits avec l'intervention étrangère et les armées contre révolutionnaires, le parti de Lénine était un modèle de démocratie jamais égalée dans aucun autre parti. L'opposition jouissait de privilèges (bien entendu droit de parole mais aussi leurs positions étaient largement publiées dans les bulletins ou la presse communiste), les tendances se combattaient durement pour défendre leurs points de vues, mais la coexistence fraternelle n'était pas un vain mot, d'ailleurs tous participaient aux organes de direction.
C'est bien cet aspect de la démocratie qui va se perdre et qui permettra à une minorité de prendre le pouvoir à l'intérieur du parti. Et comme cette nation qui, ravagée par la guerre et les batailles révolutionnaires, ne possède plus d'autre parti que le parti bolchevick toute l'emprise de l'Etat passera par le parti ; le tournant se fera au 10ème congrès mentionné plus haut avec l'interdit sur les fractions et se poursuivra jusqu'à la transformation des mentalités, laissant place a l'arbitraire et aux pouvoirs personnels.
Lénine lutta jusqu'à la fin de sa vie contre cette "déformation bureaucratique". Il reconnaissait publiquement "que la Russie soviétique était un état ouvrier à déformation bureaucratique"
1922
En Russie
Février : appel de l'opposition à "l'internationale", déclaration des 22. Attaques contre la NEP, qui a succédé au communisme de guerre.
8 février : les pouvoirs de la "Tcheka" sont transmis à l'administration politique (GPU).
Du 27 mars au 2 avril : 11ème congrès du PCR. A la fin de ce 11ème congrès c'est l'élection de Staline comme secrétaire du comité central.
25 avril : l'armée rouge reprend Vladivostok aux japonais.
26 mai : Lénine subit sa première attaque cérébrale, il ne reprendra ses activités que début octobre.
Août : jusque septembre : conflit entre les communistes de Géorgie et l'envoyé de Staline (Ordjonikidze) qui sera accusé de chauvinisme russe. La répression sera là aussi très dure.
Août en Italie : la grève générale est lancée, ce sera un échec.
16 Décembre : 2ème attaque cérébrale de Lénine.
25 décembre : Lénine adresse sa dernière lettre au comité central ; cette lettre constitue avec le post-scriptum du 4 janvier qui contient ses critiques et avertissements contre Staline et Trotsky ; ce document est considéré comme son testament politique (Le texte sera gardé par Trotsky au congrès et par la suite une grande partie du texte sera encore cachée par le groupe stalinien) et ne sera publié en intégralité qu'après le 22ème congrès du PCUS (avec Kroutchev).
Le testament de Lénine
25 décembre 1922
Par stabilité du Comité central j'entends les mesures propres à prévenir une scission, pour autant que de telles mesures puissent être prises. Car le garde-blanc de Rousskaïa (je pense que c'était S. E. Oldenbourg) avait évidemment raison quand, dans sa pièce contre la Russie soviétique, il misait en premier lieu sur l'espoir d'une scission de notre Parti et quand, ensuite, il misait, pour cette scission, sur de graves désaccords au sein de notre parti.
Notre Parti repose sur deux classe, et, pour cette raison, son instabilité est possible et s'il ne peut y avoir un accord entre ces classes sa chute est inévitable. En pareil cas il serait inutile de prendre quelque mesure que ce soit, ou, en général, de discuter la question de la stabilité de notre Comité central. En pareil cas nulle mesure ne se révélerait capable de prévenir une scission. Mais je suis persuadé que c'est là un avenir trop éloigné et un événement trop improbable pour qu'il faille en parler.
J'envisage la stabilité comme une garantie contre une scission dans le proche avenir, et mon intention est d'examiner ici une série de considérations d'un caractère purement personnel.
J'estime que le facteur essentiel dans la question de la stabilité ainsi envisagée, ce sont des membres du Comité central tels que Staline et Trotsky. Leurs rapports mutuels constituent, selon moi, une grande moitié du danger de cette scission qui pourrait être évitée, et cette scission serait plus facilement évitable, à mon avis, si le nombre des membres du Comité central était élevé à cinquante ou cent.
Le camarade Staline en devenant secrétaire général a concentré un pouvoir immense entre ses mains et je ne suis pas sûr qu'il sache toujours en user avec suffisamment de prudence. D'autre part, le camarade Trotsky, ainsi que l'a démontré sa lutte contre le Comité central dans la question du commissariat des Voies et Communications, se distingue non seulement par ses capacités exceptionnelles - personnellement il est incontestablement l'homme le plus capable du Comité central actuel - mais aussi par une trop grande confiance en soi et par une disposition à être trop enclin à ne considérer que le côté purement administratif des choses.
Ces caractéristiques des deux chefs les plus marquants du Comité central actuel pourraient, tout à fait involontairement, conduire à une scission ; si notre Parti ne prend pas de mesures pour l'empêcher, une scission pourrait survenir inopinément.
Je ne veux pas caractériser les autres membres du Comité central par leurs qualités personnelles. Je veux seulement vous rappeler que l'attitude de Zinoviev et de Kamenev en Octobre n'a évidemment pas été fortuite, mais elle ne doit pas plus être invoquée contre eux, personnellement, que le non-bolchévisme de Trotsky.
Des membres plus jeunes du Comité central, je dirai quelques mots de Boukharine et de Piatakov. Ils sont, à mon avis, les plus capables et à leur sujet il est nécessaire d'avoir présent à l'esprit ceci : Boukharine n'est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du Parti, mais il peut légitimement être considéré comme le camarade le plus aimé de tout le Parti ; mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes qu'avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n'a jamais appris et, je pense, n'a jamais compris pleinement la dialectique).
Et maintenant Piatakov - un homme qui, incontestablement, se distingue par la volonté et d'exceptionnelles capacités, mais trop attaché au côté administratif des choses pour qu'on puisse s'en remettre à lui dans une question politique importante. Il va de soi que ces deux remarques ne sont faites par moi qu'en considération du moment présent et en supposant que ces travailleurs capables et loyaux ne puissent par la suite compléter leurs connaissances et corriger leur étroitesse.
4 janvier 1923 : post-scriptum : Staline est trop brutal, et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C'est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue de Staline par une supériorité - c'est-à-dire qu'il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraître une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour prévenir une scission, et du point de vue des rapports entre Staline et Trotsky que j'ai examinés plus haut, ce n'est pas une bagatelle, à moins que ce ne soit une bagatelle pouvant acquérir une signification décisive.
30 Décembre : Fondation de l'URSS.
En Italie : dès le mois d'octobre c'est le début d'une grande campagne d'agitation qui finira par la marche sur Rome (première étape de la prise de pouvoir de Mussolini). Ce mouvement basé sur une politique populiste et fasciste s'étendra en Europe avec Hitler, Salazar, Franco et se terminera dans le sang lors de la seconde guerre mondiale.
En France : Nous sommes à cette période, en construction du parti communiste, cette construction s'organise autour de l'espoir de révolution avec l'exemple de la révolution soviétique (nous n'avons pas connaissance des réelles difficultés de celle-ci), ce qui domine c'est l'enthousiasme.
La bataille contre le réarmement qui va déboucher sur l'occupation de la Sarre (l'Allemagne ne payant pas les dommages de guerre qu'elle doit). Cette occupation aggravera encore plus l'état de décomposition de l'industrie et de l'économie allemande et nourrira le fascisme.
1923
9 Mars : troisième attaque cérébrale de Lénine, à compter de ce moment, il ne pourra plus avoir aucune activité, se trouvant paralysé ; il ne participera donc pas au XII ème congrès du parti.
17-25 Avril XIIème : congrès du PC Russe : dès attaques sévères sont faites vers Staline et l'appareil bureaucratique du parti. A ce moment, curieusement, Trotsky ne se joindra pas à l'opposition, laissant passer l'occasion d'un redressement salutaire.
6 juillet : ratification de la constitution de l'URSS par le soviet suprême.
22 Septembre : échec de l'insurrection en Bulgarie.
8 Octobre : premières attaques de Trotsky contre les positions du comité central, lors de la réunion de la commission de contrôle.
15 Octobre : une lettre de mise en cause du comité central et de Staline signée par 46 membres du CC, est publiée.
21 Octobre : écrasement du soulèvement communiste en Saxe.
28 Octobre : échec du soulèvement communiste de Hambourg.
7 Novembre : début d'une large discussion sur la démocratie ouvrière et son rôle, également sur le rôle des syndicats qui deviendront un rouage de l'Etat dans le fonctionnement des entreprises et non plus un rôle de défense des salariés.
8 Novembre : échec du putsch d'Hitler à Munich.
En France : le parti communiste est toujours composé dans sa direction par 3 tendances issues du congrès de Tours (la droite, le centre et la gauche). Une bataille idéologique fait rage sur un fond d'exigences de l'internationale qui entend rester dirigeante (voir dirigiste) du parti français. Au centre des débats la question de la Ruhr et de la dette de guerre des allemands, la question du front unique avec les autres partis de gauche ou seulement un front unique des ouvriers, également un débat qui est celui de l'appartenance ou non des communistes à la "franc maçonnerie" et à la "Libre Pensée".
Rappelons brièvement que l'Allemagne étant condamnée à verser des réparations au titre de dommages de guerre, est dans l'incapacité de s'y plier ; l'Allemagne demande, dans un premier temps, des accommodements, mais dans la réalité elle cherche à ne rien régler. Notons que nos amis Anglais ne suivent pas la France dans ses exigences et ne participeront pas à la campagne de la Sarre
1924
16 au 18 Janvier : XIII ème conférence du PCR. Trotsky est absent et ses thèses ainsi que les thèses des (46) sont condamnées par la majorité menée par Staline, Kamenev et Zinoviev. Ces deux derniers dirigeants seront écartés et supprimés plus tard sur ordre de Staline et Trotsky sera condamné a l'exil en 28.
21 Janvier : mort de Lénine ; Rykov devient président du conseil des commissaires du peuple ; il sera assassiné plus tard dans des circonstances troubles a Léningrad.
Jusqu'à sa mort, Lénine tentera, par des écrits et des contacts directs, à s'opposer aux dérives qui s'annoncent et à l'emprise de Staline.
2 Février : l'Angleterre reconnaît enfin le gouvernement soviétique.
7 Février : l'Italie reconnaît le gouvernement soviétique.
31 Mai : la Chine reconnaît le gouvernement soviétique.
28 Octobre : la France reconnaît à son tour le gouvernement soviétique.
Staline va maintenant consolider l'état socialiste par l'exercice d'un capitalisme d'état. Cette consolidation sera accompagnée de la dépossession des moyens de productions, jusqu'alors dans les mains des travailleurs avec leurs soviets, au profit d'une caste de la bourgeoisie d'Etat qui, progressivement, envahira tout les rouages de celui-ci (les administrations, la direction des usines, de l'armée rouge, etc). Ce sera le grand recul de la révolution ouvrière de 1917. Ce recul s'appuiera sur un pouvoir de plus en plus autoritaire (avec les armes de la Tcheka ou plus tard du KGB). Cet état, que l'on a cru longtemps comme l'incarnation du socialisme, aura alors dégénéré et ne résistera pas à l'épreuve du temps, de la guerre et de l'idéologie bourgeoise mondiale.
Nous avons abordé l'échec de la tentative du contrôle ouvrier et la confusion entre le capitalisme d'Etat et la construction du socialisme (fondu dans l'Etat). Ce socialisme sera avant tout une socialisation des forces productives. Il sera question que d'organiser une économie socialiste et dès lors que cette économie planifiée sera accompagnée dans l'agriculture par la disparition de la couche sociale des "koulaks" (assise de la propriété privée agricole) ? Staline pourra affirmer que le socialisme à triomphé en URSS.
Cette édification constitue une voie par en haut. Ajoutons que le recours à la répression idéologique et la contrainte étatique, produira à la longue un socialisme pris en tenailles entre impuissance et totalitarisme. Plusieurs analyses ont été faites sur cette question distinguons en trois traits essentielles :
La critique Trotskiste
La critique Maoïste
La critique des dissidents marxistes de l'intérieur nota Léonid Brejnev qui exprimait l'idée que le "socialisme réellement existant" était une formation sociale de type nouveau n'ayant rien de commun avec le capitalisme pas plus qu'avec la transition vers le communisme. Cette voie pouvant être définie comme (voie non capitaliste vers l'industrialisation).
Cependant, pendant les décennies qui vont suivre, l'URSS, installée sur ces déformations opportunistes et souvent réformistes, continuera à exercer une incontestable attraction pour les peuples opprimés sur toute la planète. L'existence le l'URRS a permi les conquêtes sociales en obligeant alors le patronat mondial à tenir compte des rapports de forces nés de la révolution. Mais la conception autoritaire du PCUS, accompagnée d'un esprit de russification, aussi bien dans les républiques soviétiques que dans les rapports au sein de l'internationale communiste, apporteront des désillusions et des difficultés croissantes. Il reste que la Révolution ouvrière de 1917 a été la première victorieuse. La suite restera comme la première recherche d'un chemin possible, pouvant nous mener à une société communiste avec comme condition impérative l'analyse de ce qui fut alors tenté. Ce chemin de l'espoir restant à tracer.
En France : Sous la conduite de Herriot, les radicaux passent dans l'opposition. Ils s'unissent aux socialistes pour combattre la politique des conservateurs : ce sera le "cartel des gauches". Le programme est : pour la paix, contre l'occupation de la Ruhr, pour les "petits", contre les "puissances de l'argent", contre le cléricalisme. Cette attitude offensive de la gauche non communiste posera de difficiles problèmes à la direction qui va prendre alors en main les destinées du parti communiste. Cette direction est dominée par l'internationale et par un fort courant gauchiste qui nous mènera à la politique de "classe contre classe" qui fera fondre notre électorat aux élections de 29.
C'est la période où se révèle un personnage d'importance aux jeunesses communistes. Arrêté en décembre 23, il fera 6 mois de prison qui lui donneront "l'aura" d'un dirigeant. Il deviendra député du front populaire et sera une des figures les plus appréciées jusque avant la guerre de 40 : il s'agit de Jacques Doriot qui, par la suite sombrera dans la collaboration avec l'ennemi. Nous noterons que c'est sur l'ordre personnel de Staline que Doriot sera écarté de la direction du PCF au profit de Maurice Thorez au début des années 30, ce dernier étant considéré par Staline comme étant plus souple aux ordres de l'internationale.
C'est une période très importante pour le communisme français, qui aura des répercutions positives (en 36 et plus tard pendant la résistance et les années 45/47) en ce début des années 20 cette période est marquée par l'engagement des jeunes communistes contre l'occupation de la Ruhr et ensuite, en 25, contre la guerre coloniale du RIF. A ce moment la jeunesse fait corps avec les révolutionnaires (ce qui ne sera pas le cas en 1968) et pour le parti c'est la période de la révolution.
Suivront d'autres grandes tendances ou périodes que nous analyserons dans les articles suivants.
Michel Mélinand (Janvier 2009)
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