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Lénine, la Gauche Communiste (historique), et le Capitalisme d'Etat
Depuis le lancement de la nouvelle revue de notre mouvement Approches Marxistes, nous nous efforçons à chaque numéro de familiariser nos lecteurs avec ce que furent les thèses de la Gauche Communiste dans ses différentes variantes. Il nous paraît en effet important à nous qui ne faisons pas partie d'une des nombreuses mouvances du trotskisme, de redécouvrir l'apport de l'autre branche de l'opposition de gauche au sein de la 3 ième Internationale.
Cette opposition construisit l'essentiel de son argumentaire dès les débuts d'existence du premier " Etat ouvrier ". La Gauche Communiste s'opposa, parfois de façon caricaturale, aux thèses de la majorité que Lénine cherchait à imposer comme une orthodoxie indépassable, mais elle sut aussi mettre le doigt sur les insuffisances, limites ou contradictions de la pensée de ce dernier.
Autant de défauts qui allaient bientôt se retrouver " thèses intangibles ", dévoyées de façon caricaturale et dogmatique par Staline, une fois celui-ci installé à la tête du pays.
Lénine nous a laissé des écrits polémiques célèbres dans son opposition avec cette mouvance, les deux plus connus sont " La Maladie Infantile du Communisme, " ainsi que son texte le plus abouti théoriquement mais aussi le plus intéressant selon nous, le plus symptomatique des limites de sa pensée, " Sur l'infantilisme de Gauche ". Pour beaucoup d'entre nous qui sommes en tant que militants de la gauche du PCF, le produit de la décomposition du marxisme-léninisme, suite aux crises pratiques autant que théoriques de cette mouvance à la fin des années 70, redécouvrir de façon critique et révolutionnaire l'apport des " Gauches Communistes " nous est apparu comme un geste non seulement essentiel, mais aussi nécessaire.
Les crises politiques et sociales des différents Etats d'Europe de l'Est, les révoltes ouvrières d'Allemagne de l'Est de 52, de Hongrie en 56, de Tchécoslovaquie en 68, de Pologne, etc.
Tout indiquait que le fossé ne cessait de s'agrandir entre les masses d'Europe de l'Est et leurs
dirigeants. Dès lors réapparaissaient un peu partout les textes et les thèses communistes alternatives aux modèles sociétaux que ces sociétés prétendaient ériger. La tentative d'une fraction de l'opposition de gauche au sein des partis communistes de se construire sur une ligne de rupture, en proposant de pratiquer une relecture orthodoxe de " gauche " des écrits de Lénine mais surtout de Staline, qui s'incarna dans le courant marxiste-léniniste (maoïste), devait bientôt se heurter aux limites des réformes possibles dans les Etats qui se réclamaient de cette sensibilité. L'Albanie, après avoir donné l'illusion de la construction d'un possible socialisme "du dépouillement " ou la pauvreté (mais non la misère) était présentée comme un " art de vivre ", agrémenté de lectures collectives des textes des dirigeants transformés en icônes (Enver Hoxha), devait déboucher à la chute du régime sur un ultra nationalisme engendré par une représentation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes mal digérée, au profit d'une caste au pouvoir prête à tout pour y maintenir ses intérêts (guerre des Balkans).
A côté, la révolution culturelle chinoise, après avoir fait illusion sur une possible et sérieuse remise en cause de la division technique et de la division sociale de travail, lors de la si mal nommée " révolution culturelle ", se révélait en fait être une opération de règlement de comptes interne entre fractions de la direction du Parti communiste chinois. Ce qui devait se traduire par des centaines de milliers de morts et la victoire de la ligne liquidatrice du socialisme au sein de ce parti. La Chine d'aujourd'hui restaure à vitesse grand " V " le capitalisme, de façon aussi absolue et aussi idéaliste qu'hier elle prétendait combattre le bureaucratisme et donner aux masses le moyen d'exercer leur contrôle.
Tout ceci a conduit la mouvance marxisme-léninisme anti-stalinienne (Althusser, Linhart, Bettelheim) à re-questionner l'histoire du Mouvement Communiste International dès ses origines, redécouvrant par là même certains thèmes développés par les marxistes révolutionnaires de la Gauche Communiste, de même que certaines de ses pratiques (1). Parmi elles, cette volonté clairement exprimée de faire de la classe ouvrière le milieu principal où doivent être implantées les idées révolutionnaires.
En ce sens, nous ne partageons pas la lecture trotskiste de la bolchevisation du PCF, qui en fait une simple opération de règlement de comptes contre ceux qui s'opposaient à la ligne de l'Internationale Communiste. La bolchevisation du Pcf a permis, comme le rappelle si justement Danielle Tartakowski dans sa Brève histoire du P.C.F parue aux Presses Universitaires de France, d'installer pour une longue période (jusqu'à la " stagnation " marchaisienne de 1976) les pratiques communistes à l'entreprise. Et ce n'est qu'avec la " liquidation " droitière hutiste que la base ouvrière du parti a été laminée. Le courant centriste, qui a emporté la majorité au cours du XXXIII° congrès, courant composite, regroupé autour des buffétistes, manifeste aujourd'hui quelques velléités de relance de son implantation au sein de l'aristocratie ouvrière (ligne dite de " la révolution informationnelle "), tout en essayant de construire une ligne majoritaire avec différentes tendances salariales et sociétales du mouvement social (ligne dite anti-libérale en opposition à l'anti-capitalisme du communisme des origines).
Ceci n'est pas sans nous rappeler feu le PSU. Tout y concourt, des symboles comme l'étoile rouge qui accompagne la nouvelle formule de L'Humanité Dimanche en remplacement d'une faucille et d'un marteau qui ont disparu depuis longtemps, aux thèses majoritaires du XXXIII° congrès, qui vont d'un humanisme sans rivage (très proche de la gauche chrétienne, même si tout ce beau monde se dit non pas matérialiste, mais seulement " laïc "), à un vague projet de réformes sociales ou sociétales qui s'en prend très peu à la propriété privée des moyens de production et parle d'une socialisation sans contenu (comme seules certaines sensibilités du PSU pouvaient nous en proposer).
Cependant même dans le PSU, le droit de tendances existait (ce que l'actuelle direction a encore beaucoup de mal à accepter). Ceci a permis à des tendances communistes d'exister (Victor Leduc, Jean-Pierre Vigier). Ce qui prouve que même dans les organisations centristes, les communistes peuvent se maintenir s'ils en ont la volonté. Le groupe dirigeant du parti, englué dans les contradictions de son discours sur les vertus socialisantes du " démocratisme ", ne pourra pas nous refuser éternellement ce qu'elle revendique devant l'opinion publique, au nom de la rupture avec le passé, comme son grand credo actuel Dès lors, nous devons nous préparer pratiquement et théoriquement à occuper la place d'élément moteur de l'aile gauche de cette formation, qui comme toutes les organisations centristes de l'histoire du mouvement ouvrier, servira à un moment ou à un autre de réceptacle aux masses en voie de radicalisation. Nous devons construire un Front Unique regroupant des millions de travailleurs et ayant pour cœur la classe ouvrière. Ceci ne peut se faire qu'avec l'aide d'un parti de masse, et non en construisant une secte groupusculaire de plus. Pour ce faire, nous devons avoir résolu la question historique du dépassement du capitalisme d'Etat, que le léninisme n'a pas su ou pu résoudre au cours du XX° siècle.
* * * * * *
Lénine, " Sur l'Infantilisme de gauche ", série d'articles publiés en mai 1918, regroupés dans
le tome XXVII des œuvres complètes.
" Passons maintenant aux déboires de nos " communistes de gauche " en matière de politique
intérieure. Il est difficile de ne pas sourire en lisant dans les thèses sur la situation actuelle des phrases comme celles-ci :" L'utilisation méthodique des moyens de production restés intacts ne se conçoit que dans le cadre de la socialisation la plus résolue " […] " non pas la capitulation devant la bourgeoisie et ses suppôts intellectuels petits-bourgeois, mais l'écrasement complet de la bourgeoise et une action tendant à briser définitivement le sabotage. "
Chers " communistes de gauche ", quelle surabondance de résolution… et quelle insuffisance
de réflexion ! Que veut dire cette " socialisation la plus résolue " ?
" Pour éclaircir encore plus la question, donnons avant tout un exemple très concret de
capitalisme d'Etat. Tout le monde sait quel est cet exemple : l'Allemagne. Nous trouvons dans ce pays le dernier mot de la technique moderne du grand capitalisme et de l'organisation méthodique au service de l'impérialisme des bourgeois et des junkers. Supprimez les mots soulignés, remplacez l'Etat militaire, l'Etat des junkers, l'Etat bourgeois et impérialiste, par un autre Etat, mais un Etat de type social différent, ayant un autre contenu de classe, par l'Etat soviétique, c'est à dire prolétarien, et vous obtiendrez tout l'ensemble des condition qui donne le socialisme. Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme,conçue d'après le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d'Etat méthodique qui subordonne des dizaines de millions d'hommes à l'observation la plus rigoureuse d'une norme unique dans la production et la répartition des produits. Nous les marxistes, nous l'avons toujours affirmé ; quant aux gens qui ont été incapables de comprendre au moins cela (les anarchistes et une bonne moitié des socialistes révolutionnaires de gauche), il est inutile de perdre même deux secondes à discuter avec eux.".
" Tant que la révolution tarde encore à éclore en Allemagne, notre devoir est de nous mettre à l'école du capitalisme d'Etat des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l'assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l'implanter en Russie encore plus vite que ne l'a fait Pierre 1er pour les mœurs occidentales dans la vieille Russie. " " Ce qui prédomine actuellement en Russie, c'est le capitalisme petit-bourgeois, à partir duquel il n'est qu'un seul et même chemin pour parvenir aussi bien au grand capitalisme d'Etat qu'au socialisme et ce chemin passe par la même étape intermédiaire qui s'appelle ' inventaire et contrôle ' exercés par le peuple entier sur la production et la répartition des produits. Quiconque ne le comprend pas commet une erreur économique impardonnable soit en ignorant les faits réels, en ne voyant pas ce qui est, et ne sachant pas regarder la vérité en face, soit en se contentant d'opposer dans l'abstrait le " capitalisme " au " socialisme ", sans analyser les formes et les étapes concrètes de cette transition telle qu'elle s'effectue chez nous à l'heure actuelle ".
* * * * * *
On voit ici très bien ce qui nous sépare désormais de Lénine, un siècle après. Lénine considère que le technocratisme : " la norme unique ", " l'inventaire et le contrôle ", autrement dit " le socialisme des bureaux " doit diriger, " être mis au poste de commande " de la construction du nouvel " Etat " ouvrier. Dès lors s'instruire auprès du capitalisme d'Etat allemand, c'est à dire de la formation sociale qui a conduit le plus loin possible la réflexion sur la nécessité pour toute bourgeoisie qui souhaite s'assurer d'une hégémonie conséquente tant au niveau mondial, qu'au niveau de sa propre formation sociale, d'être capable de construire un capitalisme d'Etat puissant est un élément d'importance vitale.
Que nous dit Lénine ? Il indique à la gauche communiste de l'époque, gauche communiste jeune, immature, mais qui par son instinct, son extrême sensibilité aux contradictions objectives, pressent avec "génie " ce qui va advenir de la future formation sociale "soviétique ", que dans une révolution concrète on ne peut jamais que se servir des matériaux immédiats et réels que l'histoire nous lègue.
Le matériau immédiat, c'est que l'un des plus grands Etats capitalistes, l'Allemagne de
Bismarck, a su renoncer sur toute une partie de sa production à l'appropriation privée des
moyens de production pour créer la propriété publique. Autrement dit que pour préserver ses
intérêts, une classe peut très bien mettre entre parenthèses tout une partie de son pouvoir
direct afin de se donner les moyens de faire assumer par toute la " communauté nationale "
le coût de fonctionnement de tel ou tel secteur.
Elle permet ainsi aux classes subalternes d'accéder à leur utilisation à moindre frais (transport, logement, santé, éducation etc.) facilitant par là même la reproduction de la force de travail à moindre coût. Cela nous enseigne une première chose : il n'y a pas de dictature de classe, si celle-ci n'est pas capable de faire partager ses valeurs par des fractions des classes subalternes, voire antagonistes. La dictature de la bourgeoisie passe aussi par l'association des classes exploitées au processus non seulement d'une représentation commune, mais aussi de sa mise en oeuvre, ce qui renforce d'autant l'aspect consensuel de l'hégémonie.
Cependant, une première réflexion s'impose : le capitalisme d'Etat, peut-il servir indifféremment une dictature capitaliste comme une dictature prolétarienne ?
Ce système économique est-il neutre, sans effets sur la nature du régime que l'on cherche à mettre en place ?
Suffit-il d'un " Etat social " pour définitivement faire pencher la balance du bon côté ? C'est
toujours par le haut que Lénine envisage la résolution des contradictions. La base productive,
l'initiative ouvrière, ne jouent ici aucun rôle. Certes le capitalisme d'Etat peut être le lieu où se forge
une nouvelle alliance entre la petite et moyenne bourgeoisies et la classe ouvrière. On peut ainsi
espérer que cette dernière arrivera aussi a étendre son hégémonie au delà du groupe social qu'elle
incarne. Mais pour cela, il faudrait que soit clairement défini ce que représente le système
antagoniste au capitalisme classique.
En quoi le capitalisme d'Etat est-il de nature à faire pencher la balance du côté de la disparition des Etats et des classes sociales ?
Comment, de façon motrice, peut-il être porté à pencher du côté communisme, alors que de façon antagoniste, la grande bourgeoisie qui l'a installé en Allemagne en attendait un effet inverse ?
Parallèlement, on peut s'interroger sur la façon dont Lénine parle du " socialisme " : il
l'envisage non pas comme une phase de transition, mais comme un mode de production, cependant
qu'il ne définit pas clairement ce qui le distingue du capitalisme d'Etat. Où se trouve la rupture alors
que les deux sont envisagés comme des phénomènes où l'étatisation joue un rôle moteur ?
Le socialisme, c'est la socialisation " étatique " des moyens de production, une classe " possède " via l'Etat un " pouvoir " formel sur ceux-ci. Où est la différence avec le capitalisme d'Etat ? Dans la simple affectation du surproduit, c'est à dire dans la dimension " sociale " de cet " Etat " ? Est-ce suffisant pour ouvrir une voie de résolution aux contradictions d'une société de classes ?
Lénine théoricien d'une révolution qui a vu l'Etat exploser, sous les coups de boutoirs d'une
défaite militaire (la première Guerre mondiale) et d'une révolution qui s'en est suivie, est dans
l'attente d'une éventuelle révolution mondiale pour résoudre par le " haut " la question du maintien des
Etats dans l'histoire de l'humanité. Celle-ci ne venant pas, il constate à l'opposé que c'est plutôt une situation inverse qui se présente à lui.
Il a besoin " d'Etat " pour faire face à une contradiction vitale, maintenir " l'empire russe " en assurant à ses marches, ne serait-ce que des formes élémentaires de présence étatique, d'où l'importance pour lui de la question nationale, du droit des peuples à disposer d'eux- mêmes, dans la résolution des contradictions que constitue la marmite caucasienne. Mais il a aussi besoin d'Etat, pour " reconstruire " une classe ouvrière que la première Guerre et la révolution ont fait exploser. Tout concourt donc à ce que les conditions objectives favorisent largement une approche survalorisant le poids de l'étatique dans cette révolution, tant du fait de l'espace géographique, espace charnière entre Orient et Occident, que de l'état de délabrement de l'économie et des conditions de vie de la population. S'y ajoutent les propres représentations de Lénine qui font de l'intervention étatique, l'institutionnel, " le parti ", les conditions sine qua none de la reproduction des rapports de production.
Ce qu'il y a de grave chez lui, ce n'est pas sa capacité concrète à analyser une situation concrète. Cela, c'est son génie ! Ce serait plutôt son incapacité à utiliser l'utopie comme modèle finaliste (les " fins " du communisme) pour contrer de façon dialectique ce que la conjoncture l'oblige à appliquer. D'où le fait qu'il reporte aux calendes tout ce qui constitue le communisme, la fin de la division technique et sociale, la disparition de l'Etat, etc.
Il a une vision très engelsienne du développement dialectique des forces productives, au nom de la réalité scientifique " on ne peut voler par dessus son époque ", il développe une approche très scientiste de ce que sont les techniques, une approche productiviste de ce qu'est le développement économique (la quantité l'emportant sur la qualité, ceci sera porté jusqu'à la caricature par Staline). On voit mieux pourquoi le capitalisme d'Etat allemand ne fait pas problème et pourquoi il faut l'imposer de façon " dictatoriale ". En survalorisant l'ici et maintenant des tâches à résoudre et donc l'obligation de se servir de tout ce que l'histoire a laissé comme matériaux " utilisables " entre autres le " capitalisme d'Etat ", Lénine oblige ses contradicteurs à le suivre ou à se démettre (ils finiront tous par le suivre, sauf la gauche allemande).
" Résolvez concrètement l'histoire des trains qui doivent partir à l'heure " dit-il à la gauche, " Qu'avez-vous à proposer en échange ! Rien ! Alors taisez-vous ! " Et comme la gauche de l'époque n'a effectivement rien à proposer compte tenu des conditions de délabrement de l'Etat russe, elle se tait. Mais en se taisant (ou plus exactement en étant obligée de se taire !), elle ne rend service ni à Lénine, ni à la révolution ! (Il faut noter que la question de la circulation des trains est au coeur de tous les projets où il est question de rétablissement de l'ordre. C'est un des leitmotiv préférés de Mussolini " les trains doivent arriver à l'heure " ; c'est aujourd'hui l'un des chevaux de bataille de la droite conservatrice " La continuité du service, le service minimum ").
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" Il faut se mettre à " l'école " des organisateurs de trusts, car le socialisme n'est pas une invention, c'est l'assimilation et l'application, par l'avant-garde du prolétariat qui a conquis le pouvoir, de ce qui a été créé par les trusts. "
" Nous n'avons rien à leur apprendre si nous ne nous assignons pas la tâche puérile d'" enseigner " le socialisme à des intellectuels bourgeois : ce qu'il faut, ce n'est pas les instruire, mais les exproprier (ce qui se fait en Russie avec assez de " résolution "), c'est briser leur sabotage, c'est les soumettre au pouvoir des soviets en tant que groupe ou couche sociale. " Lénine (Sur l'Infantilisme de gauche)
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Ici, nul appel à un bilan critique, nul appel à un autodépassement. Plus fondamentalement
encore, le prolétariat n'a pas de pensée " technique " propre, de valeurs à faire prévaloir. Il n'est que le " reflet- miroir " d'un développement de l'histoire de l'humanité qui s'est élaboré hors de lui. Nulle conception se servant des nouvelles formes d'organisation que la classe ouvrière s'est donnée, " les conseils d'usine ", nul appel " utopique " sur ce que pourrait représenter une éventuelle auto- réflexion de la classe ouvrière sur son procès de travail. Ce sont les techniciens, les ingénieurs du chronomètre, qui doivent guider le bouleversement des rapports de production. Et comme à l'époque, ils sont tous le produit de l'ancienne société, la tâche historique devient lanécessité de les " rééduquer " (ça sent le flic à plein nez !). Mais qui peut les rééduquer ? Pas les travailleurs puisqu'ils n'y connaissent rien ! Ceux qui peuvent les rééduquer, ce sont les membres du parti, au mieux les intellectuels, les " spécialistes ", au pire la police politique ! On voit ici le gouffre qui sépare la conception que Lénine se fait de la tâche historique de la classe ouvrière et celle par exemple valorisée par Alexandra Kollontaï et les camarades de l'Opposition Ouvrière, qui mettent la classe ouvrière, sa créativité, au centre du processus de construction de la nouvelle société.
On voit aujourd'hui beaucoup mieux où gît le problème des limites de la pensée léniniste, une
pensée extrêmement imprégnée des effets inconscients véhiculés par le modèle de l'intellectuel révolutionnaire que représente Lénine, intellectuel " déclassé " qui ne fait pas le lien entre produit et conditions de production. Il ne le fait pas dans la représentation extrêmement autoritaire pour ne pas dire " autoritariste " de la pédagogie de la transmission qu'il valorise " il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas " , autrement dit, il est vain de vouloir enseigner le socialisme à des intellectuels puisque " La connaissance " c'est eux qui l'ont (voir son célèbre ouvrage Que Faire). C'est eux qui enseignent ! Dès lors, on ne peut que les " exproprier ", les " briser ", les " soumettre ", mais pas éduquer les éducateurs comme disait Marx !
Autrement dit, il n'y a de connaissance " de produit " que sous le rapport unique de conditions de production, " la conceptualisation ", qui se révèlent elles-mêmes immuables depuis que l'humanité a décidé de transmettre de façon " consciente ". Lénine réduit la connaissance à la transmission " consciente " et nie, par là même, tous les modèles d'éducation, voire de contre éducation, basés sur l'auto- découverte, la " résistance " contenue dans le didactisme, le non verbal, l'inconscient, le corporel, l'instinctuel, qui jouent un rôle fondamental dans l'histoire des formes de résistances au modèle dominé - dominant. Car s'il y a une découverte essentielle apportée par la tradition de gauche du communisme (libertaires, conseillistes, etc.), c'est bien celle qui affirme que le moyen essentiel par lequel s'exprime la résistance ouvrière, c'est celle du " non dit ", du hors institutionnel, voire du refus de l'appropriation. Pour le léninisme, la science (le produit) n'est ni bourgeois, ni prolétarien, car la technique (les conditions de production) ne le sont pas plus ! Dès lors le procès de travail devient inessentiel dans la résolution des contradictions explosives qui gouvernent aujourd'hui le procès de production, coeur de la crise sociétale que nous traversons.
Pourtant, ce dont témoigne aujourd'hui toute l'expression intellectuelle de la " condition ouvrière ", c'est bien que les formes de résistance des milieux populaires passent largement par un refus larvé des conditions de transmission de cette pédagogie là ! Celle de la rue d'Ulm, celle à laquelle nous avons adhéré, pensant que le renforcement de notre névrose de classe (étant issu de milieu ouvrier) passait par sa dénégation, c'est à dire le refus de reconnaître à nos " pères " la moindre originalité dans la création et la découverte, assurant ainsi une domination absolue à la petite bourgeoisie intellectuelle (Les amis " d'Alain "), un pouvoir sans rivage. N'est-ce pas par " la trahison " que l'on se développe ? Tel à été le discours martelé tant par les didacticiens, que les pédagogues de la connaissance (qu'ils soient ou non psychologues). Ceci sert aujourd'hui de fil conducteur, à toute les propositions de réformes de l'enseignement, qu'elles émanent tant de la droite politique que de la pseudo gauche. Une chose est certaine, les intellectuels de " gauche ", eux, y ont trouvé le moyen de rester en lien avec leur milieu et leur classe. Mais nous, qu'y avons nous gagné ?
Nul besoin de revenir sur ce qui se passe aujourd'hui dans les établissement scolaires, particulièrement les établissements techniques (la violence réelle ou larvée), ou encore, sur toutes les formes de résistance, les contre langages que véhiculent ces jeunes (voir le langage S.M.S). Il suffit de voir la littérature ou le cinéma pour comprendre par exemple le rôle que joue (Laurent Cantet : " L'emploi du temps ") le " silence ", le refus de répondre, face à la hiérarchie, la " perruque " sur la chaîne de production, le " bricolage " (le hors temps de travail) comme réponse à la négation de sa créativité, de son auto appropriation de son procès de travail, dans un procès de production où la " machine ", la " technique " jouent un rôle de plus en plus fort dans la négativité de sa subjectivité au nom d'une finalité productiviste-rentabiliste. Et qui la produit cette machine, cette science ? Sinon l'intellectuel bourgeois, l'ingénieur issue des " Ecoles " qui ont pour fonction, pour essence, de chasser, nier, traquer toute velléité " d'autonomie ", de " créativité " ouvrière. C'est pourquoi il est aussi essentiel à l'idéologie de reproduction des conditions de production que véhiculent ces " Ecoles " de même que la petite bourgeoisie qui en est issue, de neutraliser les techniques derrière l'idéologie du " progrès technique ", un progrès technique qui ne se construirait pas aux dépens de certains (la classe ouvrière), mais s'effectuerait au bénéfice de tous (dixit la direction capitularde du PCF).
Ceci explique en partie la crise actuelle de la recherche et les conditions de son financement. En se retranchant derrière l'autonomie " institutionnelle " (universités, laboratoires de recherches et de sciences appliquées, crise du C.N.R.S), la fraction dominante des intellectuels, celle qui vit à l'abri de la recherche fondamentale, veut à tout prix éviter d'affronter la question centrale : in fine, pour qui travaillons nous ?
L'autonomie de la science ainsi réclamée évite d'avoir à répondre à cette question épineuse. A
l'opposé, la fraction de la bourgeoisie intellectuelle qui occupe des positions " subalternes " produit de la division technique du travail, ne peut elle échapper à la mise en oeuvre concrète des découvertes scientifiques. Elle est aujourd'hui largement gangrenée par l'idéologie libérale, témoignant du marasme idéologique de cette société de classes. Il faut être " fier de travailler pour une entreprise ", fier de défendre une approche pragmatique rentabiliste de " ses découvertes " qui permette d'accroître la productivité du travail (c'est à dire les conditions concrètes de l'exploitation). Il faut développer le sponsoring jusqu'à et y compris dans la recherche fondamentale (voir l'indécente campagne sur les prix accordés par des entreprises à des professeurs de laboratoires affichés dans les aérogares, il y a encore peu).
Face à toutes les révoltes des jeunes des milieux défavorisés qui éclatent aujourd'hui, l'approche léniniste a- t'elle véritablement les moyens d'en saisir les causes profondes ? Lénine comme tous les intellectuels marxistes révolutionnaires (les vrais, ceux qui ont vraiment participé à une révolution), Marx, Trotski, Luxemburg, Guevara, Mao, etc. sont tous des intellectuels déclassés (ie sans liens techniques avec les conditions de production). C'est à dire des intellectuels qui, s'ils ne réfléchissent pas sur eux-mêmes et la place qu'ils occupent dans les rapports de production, sont incapables de voir que le produit, " la connaissance ", dépend des conditions de sa production, de la division du travail.
Par conséquent, c'est bien en dernière instance l'économie qui contrôle le tout, c'est à dire un système de classes. Cette situation particulière est déjà difficile à voir quand on est enseignant (faire le lien entre 'Ecoles', grandes ou petites, et ce qui les aide à vivre : la socialisation du surproduit produit dans les entreprises, et redistribué via l'appareil d'Etat). C'est encore plus difficile quand l'institutionnel auquel on se rattache n'est pas " l'Ecole " mais le " Parti ". Autant un enseignant comme intellectuel sent ou sait d'instinct, que l'institutionnel, " l'école ", n'existe que parce que la bourgeoisie (l'entreprise) le veut bien, parce qu'elle en a besoin comme liant idéologique, comme support superstructurel de sa reproduction (et pas seulement de l'infrastructure économique), autant l'intellectuel révolutionnaire déclassé peut à la fois s'illusionner sur la connaissance - " la théorie scientifique, par exemple 'le marxisme' " et sur la toute puissance de la forme institutionnel qu'il le porte " le Parti ", surtout s'il est en " situation " révolutionnaire. Car alors, tout lui masque les conditions historiques objectives de l'existence de la forme parti, le parti apparaissant seulement dans sa dimension hors la " Loi ", ce qui renforce d'ailleurs sa prégnance, sa toute-puissance, son côté magique, voire divin. Quoi de plus fantasmatique que " le Parti et la Révolution " surtout si les deux sont portés par des illusions idéologiques construites sur une pseudo maîtrise d 'une connaissance " absolue " - " le marxisme est tout puissant parce qu'il est 'vrai' ". En quoi n'est-on pas ici dans le même rapport que " 'En vérité' je vous le dit ", cher à nos hommes d'églises comme à nos enseignants ? Dès lors, on comprend que le non-dit, le non exprimé, ne puisse trouver sa voie (voix) et que seule la révolte anarchique et destructive finisse par percer chez les dominés (révolte de la jeunesse des banlieues de 2005, refusant le procès de prolétarisation qu'on lui impose, car perçu comme une situation de 'looser'
sans avenir, car sans existence créative propre).
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" Les meilleurs ouvriers de Russie l'ont compris. Ils se sont mis à l'école des capitalistes organisateurs, des ingénieurs dirigeants, des techniciens spécialistes. Ils ont commencé avec fermeté et prudence, passant graduellement du plus facile au plus difficile. Si dans la métallurgie et dans les constructions mécaniques, le travail avance lentement, c'est parce que la tâche y est plus difficile. Quant aux ouvriers du textile, du tabac, des cuirs et peaux, ils ne craignent pas le " capitalisme d'Etat ",
comme les intellectuels petits-bourgeois déclassés, ils ne craignent pas de " se mettre à l'école des organisateurs de trusts ". Dans des administrations dirigeantes centrales telles que " la direction principale du cuir " ou " la direction centrale du textile ", ces ouvriers siègent à côté des capitalistes, s'instruisent à leur école, organisent le " capitalisme d'Etat " qui sous le pouvoir des soviets, est l'antichambre du socialisme, la condition de la victoire durable du socialisme. "
Lénine "Sur l'infantilisme de Gauche"
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On voit ici très nettement quelle est la limite de la pensée de Lénine. Il ne s'intéresse pas au procès de production, il ne s'intéresse qu'à sa gestion : les ouvriers apprennent en siégeant avec les capitalistes. La classe ouvrière qui " l'intéresse ", c'est celle qui est présente par 'délégation' dans l'appareil de gestion.
Autrement dit la bureaucratie ouvrière devenue telle par effet de compétences (essentiellement, donc, l'aristocratie ouvrière).
Première question :
Peut-on encore appeler ouvrier, quelqu'un qui n'est plus présent dans le procès de production lui-même ?
Deuxième question :
Les ouvriers doivent se mettre à 'l'école' des patrons, par quoi les patrons se mettent-ils à l'école des ouvriers ?
Ici la réponse est sous-entendue, c'est par l'idéologie et le parti. Mais comme l'affirmer serait déposséder les ouvriers d'un pouvoir " réel ", immédiatement Lénine tape sur ce qu'il appelle " les intellectuels déclassés " qui, eux, craindraient une telle situation. Qui sont ces intellectuels ? De qui Lénine parle t-il ? De ses camarades de parti qui ne sont pas d'accord avec lui ? Mais alors il parle aussi de lui-même !
On comprend mieux pourquoi dès lors il sur joue dans le registre de la soumission à la toute
puissance du " despotisme de fabrique " : il veut absolument persuader les masses et par là-même se persuader, qu'en se soumettant à la toute puissance d'une organisation produit de techniques qu'on neutralise volontairement, les fameuses " forces productives ", on est dans le réel et le sérieux et pas dans la phrase et dans le gauchisme.
Si la force de travail, son organisation, sa discipline, dépendent uniquement des pratiques scientifiques et techniques, alors les rapports de production ne peuvent prétendre à plus de place que ces premières (les forces productives) ne leur accordent.
Lénine apparaît aujourd'hui comme le meilleur théoricien du capitalisme d'Etat, le meilleur car il a pensé réellement pouvoir le dépasser. Les circonstances ne lui ont pas permis de résoudre cette question. Il n'a jamais développé de pensée articulée sur la contradiction capitalisme d'Etat / socialisme et les moyens d'aller au delà. Aujourd'hui encore, nous stagnons, dans les limites de la pensée léniniste " l'antichambre du socialisme ". La dérive droitière du parti en a développé toutes les caricatures (le stalino- réformisme)
sans en retenir tout l'aspect révolutionnaire. Nous pensons que, de façon paradoxale, l'abandon de la classe ouvrière par la direction du parti, abandon théorique tout autant que pratique, n'est pas le seul résultat de sa dérive droitière couplée à la diminution sociologique de la classe ouvrière dans la formation sociale française. Cet abandon est aussi contenu en filigrane dans les présupposés théoriques de Lénine. Lénine est le théoricien de la lutte des classes, plus que de la lutte de classe (pensée, stratégie et tactique de la classe ouvrière). Il lui refuse toute autonomie autre que celle qui doit la conduire sous la direction du parti à la révolution. Quant au fond, le devenir de la classe ouvrière est contenu dans sa disparition. Une disparition qui doit advenir sous les effets d'un procès de production conduit par le développement des seules forces productives. La productivité, libérant du temps de travail pour se consacrer à d'autres tâches. Parmi ces tâches, le travail intellectuel apparaît comme un élément moteur. On peut même considérer qu'il est véritablement le bénéficiaire inconscient du modèle léniniste (intellectuel idéologique, scientifique ou technique). C'est pourquoi le léninisme reçoit un tel écho dans la petite bourgeoisie intellectuelle.
Mais comme toute force de travail, dans un modèle où les forces productives sont survalorisées, ne peut ambitionner de devenir travail complexe (travail intellectuel), que faire dès lors de cette masse de bras inemployés que le productivisme libère ?
C'est là où le modèle réformiste s'engouffre. Si la production libère une masse de bras à qui on ne reconnaît aucun pouvoir réel de production, " humainement " on ne peut la laisser sans " droits ". Il faut protéger la " victime ".
Nous sommes ici en confrontation directe avec les solutions véhiculées par le parti depuis des dizaines d'années, celles " des bonnes oeuvres ". Il faut défendre les victimes, et par conséquent, il faut défendre aussi l'Etat qui protège les victimes. Il faut défendre " la politique sociale " qui constitue l'essentiel de ce qu'un programme de " gauche " peut proposer, " les petites gens " ont des droits ! (par exemple celui de bénéficier de la Sécurité de l'Emploi- Formation).
Plus le parti tourne le dos au modèle du " socialisme ayant réellement existé ", plus il constate les limites contenues dans l'histoire réelle du capitalisme d'Etat russe, voire dans son ersatz, " les nationalisations à la française ", ceci sans réfléchir aux moyens concrets de dépasser l'appropriation formelle pour aboutir à l'appropriation réelle des moyens de production par la classe ouvrière.
Plus il devient le chantre de la défense des " droits " ! (Cette autre façon d'essence social-démocrate, de réintroduire l'Etat, car nous l'avons dit dans nos précédents articles, la bureaucratie de l'aristocratie ouvrière ne peut plus aujourd'hui se passer de l'appareil d'Etat), plus il infantilise la classe ouvrière et les classes populaires.
Comment dire à des gens vous avez des devoirs (c'est à dire réintroduire, les classes, la société civile), si on nie leur capacité productive et créative, si on nie l'absolue nécessité de l'appropriation " réelle " des moyens de production, par ceux sans qui ils ne seraient le support d'aucune création de richesse !
Anecdote : imagine-t'on l'histoire révolutionnaire, si les Robespierre, Lénine, Trotski, Mao s'étaient transformés essentiellement en " défenseurs des droits ", en Secours Populaire des peuples !
Au contraire, tous on déclaré : " Vous avez un devoir, celui de faire la révolution ! ", " Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux ! "
Par contre, nous savons aujourd'hui que le fait qu'ils aient tous survalorisés l'Etat comme moyen par lequel la révolution allait transformer le pouvoir réel des masses populaires a été une erreur tragique.
Il nous reste aujourd'hui à reprendre les choses depuis le début, en unifiant la classe ouvrière :
C'est à dire en détruisant l'appareil d'Etat et la bourgeoisie qui va avec, et en reconstruisant un parti communiste révolutionnaire.
Liquider H.E.C ne suffit pas, il faut révolutionner Polytechnique en déconstruisant Ulm !
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(1) Robert Linhart : " Lénine, les paysans, Taylor, " Combats Seuil, 1976
- Dans toute la seconde partie de l'ouvrage, R. Linhart (fondateur de l'U.J.C.M.L) remet en
cause le rapport de Lénine à Taylor, mais Il le fait sans jamais faire allusion à ses illustres
prédécesseurs, l'Opposition Ouvrière et la Gauche Communiste alors que toute sa critique s'en inspire. L'heure n'était pas encore venue de rendre à 'César'...
- Dans sa Célèbre étude " L'histoire de la luttes des classes en U.R.S.S en deux tomes, éditions du seuil,
Charles Bettelheim, lui, met bien en relief les contradictions théoriques et pratiques d'un processus révolutionnaire qui conduit à la seule survalorisation des forces productives. Mais là aussi, aucun hommage n'est rendu aux précurseurs et concepteurs d'une révolution communiste où les rapports de production seraient remis à leurs justes places, à savoir aux postes de commandes.
Dans l'un des tous derniers numéros de la revue (M.L) Communisme datée de mars-juin 1977,
Robert Linhart et Charles Bettelheim reviennent sur leur parcours historique et en tirent les conclusions logiques :
" La profondeur des transformations qui s'opèrent ainsi dans la formation idéologique bolchevique, en tant que marxisme historiquement constitué, apparaît de façon explicite, et sous une forme théorique, dans le texte de Staline : Matérialisme dialectique, Matérialisme historique. Dans ce texte, Staline avance la théorie selon laquelle les transformations sociales sont déterminées par le type de rapports existants entre
la société et la nature. Ce texte pose le couple " société-nature " comme constitué par deux réalités extérieures l'une à l'autre. La nature est pensée comme un " environnement " de la société, tandis que le rapport de cette dernière à la nature est pensé comme sous la catégorie de forces productives.
Ainsi, une dynamique extérieure à la lutte des classes serait le moteur de l'histoire. Cette dynamique assurerait un " développement social ".
Une telle notion de " développement social " constitue un autre thème qui est à l'oeuvre dans
Matérialisme dialectique et matérialisme historique. Ce thème ambigu est étranger au marxisme. Il pose la société comme une sorte de réalité en soi, en dehors des classes qui la constituent De même que le marxisme de la social-démocratie allemande au début du siècle et de la II° Internationale, le bolchevisme représente une forme particulière de marxisme historiquement constitué. Celui-ci a connu des transformations particulièrement importante au cours des années 1930, transformations qui aboutissent à
l'occultation des thèses fondamentales du marxisme révolutionnaire, à savoir en particulier que la lutte des classes est le moteur de l'histoire des sociétés divisées en classes. A cette thèse fondamentale en est substituée une autre, celle du rôle moteur du développement des forces productives. De même, au concept de transition socialiste qui correspond au procès de transformation du capitalisme en communisme, est substituée la notion sans titre scientifique de " mode de production socialiste "
Charles Bettelheim, Robert Linhart Communisme, mars-juin 1977, p 10.
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Yannick Maignien, La division du travail Manuel et intellectuel, éditions F Maspéro, 1975
- Travail intellectuel et accumulation p72
" Les rapports de production capitalistes, basés sur l'exploitation de la plus-value, sont déterminés
selon la loi contradictoire de la valeur. La croissance du capital constant aux dépens du capital variable, se résolvant dans la baisse tendancielle du taux de profit, rend - au fur et à mesure de la socialisation - toujours plus de travail mort demandant relativement toujours moins de travail vivant pour le valoriser.
La socialisation du procès de production est donc socialisation antagoniste en même temps
que concentration des travailleurs sur le modèle antagoniste de l'opposition tranchée entre
travailleurs manuels et intellectuels, ces derniers accumulant toujours plus de produits immatériels
au profit du capital. La division réglée, technologique, du travail manuel et du travail intellectuel est donc fondée sur la division politique en classes : propriétaires des moyens de production et producteurs de plus-value.
Mais pour être sur cette base d'exploitation de classe, la division travail manuel - travail intellectuel n'y est pas superposée et elle reproduit de façon autonome ce conflit - étrangère à lui- dans la mesure où le travail intellectuel, pour ce qui est de lui dans le procès productif, n'est pas lié totalement comme le prolétaire au travail simple mais est lié aussi au procès d'accumulation capitaliste sur le modèle du quel " s'accumulent " les " sciences de la nature ", il est donc lié à la composition organique du capital, c'est à dire à la loi d'opposition et de dépendance dans laquelle se trouve le " reflet " de la composition valeur à la composition technique du capital.
L'autonomie de la division entre travail manuel et intellectuel, dans laquelle et par laquelle se reproduit de façon spécifique la contradiction de classe, est déterminée tout entière dans le décalage entre fondement technique (valeur d'usage) et fondement valeur (valeur d'échange) du travail intellectuel, comme écart des procès respectifs de la composition technique et de la composition valeur du capital. Ce double mouvement que recouvre la composition organique du capital est la clef de l'énigme du double pôle antagonique entre les bornes duquel le travail intellectuel, par une mystérieuse électrolyse, peut apparaître comme science d'autant plus neutre, objective et se drapant dans la vertu de son inappartenance de classe, qu'il se vend de moins en moins cher au capital. ".
Pierre Martin - Communiste Alternatif.
Membre du comité central de la G.C du P.C.F
P.S : Nous reviendrons, dans un prochain article, sur le rapport de Trotski au " capitalisme d'Etat ". Il va sans dire que le chantre de la domination absolue " des forces productives " ne peut à nos yeux jouer aucun rôle moteur dans la résolution des contradictions qui minent la pensée communiste du premier " Etat ouvrier"
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