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La Gauche, c'est quoi ?
Le monde serait binaire : il y aurait les bons et les méchants. Pour les lecteurs de
Pif, il y avait les Tristus et les Rigolus et pour les opportunistes il y a la Gauche et la Droite. La Gauche c'est le clan des bons et la Droite celui des méchants. Attention cela va se compliquer un peu, mais pas trop, il y a la gauche du oui au référendum et celle du non, celle du oui est celle du social-libéralisme (PS) et celle du non celle de l'anti-libéralisme (PCF, LCR, myriade de groupuscules). Mais que ce soit anti-libéral ou social libéral l'important c'est être de gauche, puisque gauche libérale et anti libérale se réunissent ensemble pour dire tout le mal qu'elles pensent de la politique du Gouvernement de droite auquel participent des Membres de la gauche libérale. La gauche Libérale participe donc à un gouvernement de droite mais aussi à des commissions et des groupes de travail commandités par le chef de l'Etat pour restructurer encore plus la société. La gauche libérale en outre est en train pour les
élections municipales de nouer des alliances avec la gauche anti-libérale mais aussi
(Discrètement) avec la Droite via le Modem. Les verts se répartissent aussi bien entre la Gauche et la Droite. Si vous trouvez une différence entre l'idéologie de N Mamère (de gauche) et celle de C Lepage (de droite), c'est que vous êtes très fort.
Un esprit un tant soit peu rationnel est enclin à penser que Gauche et Droite comme libéralisme et antilibéralisme sont des notions particulièrement floues qui correspondent plus à des stratégies d'alliance d'appareils qu'à des contenus politiques et économiques précis.
Que nous enseigne l'Histoire sur la Gauche. Le Front Populaire lui est associé, mais
ensuite il y a eu la pause, puis la non-intervention en Espagne, puis l'approbation des accords de Munich, puis les décrets Sérol, puis le vote des pleins pouvoirs à Pétain. La Gauche, c'est à la Libération, la volonté délibérée d'écarter tous les communistes et les résistants qui leur sont proches de toutes responsabilités étatiques. Ce sont les accords Blum-Burns qui asservissent la France à l'économie américaine. La Gauche, c'est la création de FO. C'est une répression féroce en 1947 contre les salariés en lutte. C'est l'approbation de la Communauté Européenne de Défense. Ce sont les guerres coloniales et c'est l'intervention de Suez en 1956. C'est la rampe de lancement de la V° République : les députés PS qui ont voté contre la constitution l'ont fait uniquement pour ne pas laisser le PCF seul sur le terrain de l'opposition. C'est la tentative récurrente de constituer des alliances de 3e force. C'est depuis 1983 une politique systématiquement en faveur du capital et d'alignement sur Washington. C'est l'union économique et monétaire, (Maastricht). C'est l'abandon de la laïcité avec l'abandon de la loi Savary. C'est l'utilisation de " Le Pen " afin d'activer le vote utile et établir des alliances de 3e force. C'est enfin la participation à l'actuel gouvernement et à des commissions qui visent à restructurer l'Etat pour mieux l'adapter au besoin du capital français dans l'affrontement qu'il livre à ses concurrents étrangers. Alors pas très brillant le bilan. ! Mais qui tient à faire ce bilan ? Les réformistes n'ont-ils pas en commun de fuir l'Histoire. Le clivage pertinent n'est-il pas celui qui définit l'antagonisme entre le capital et le travail
L'idéologie de " gauche " n'est nullement une idéologie de rupture mais une
idéologie de compromis social qui vise une meilleure répartition des richesses dans le cadre du système. Le PCF n'a cessé de s'appuyer sur cette idéologie pour justifier sa stratégie d'alliance. Mais l'idéologie de gauche efface toute spécificité au PCF. Elle laisse à penser que la différence entre révolutionnaire (pas dans le sens du grand soir) et réformiste n'est pas si grande que cela. Dans un système électoral à deux tours, il s'agit lors du premier tour de choisir avant tout celui qui a le plus de chance de figurer au second tour et non celui qui est porteur des idées de l'électeur, au second tour il s'agit surtout de voter contre un des deux candidats que pour un programme. Il s'agit dans chaque camp de choisir son champion pour affronter le champion adverse. La bourgeoisie s'est construit un système électoral qui dépolitise par la nécessité de voter utile. Le PCF avec l'idéologie de gauche s'est inscrit dans cette dépolitisation. La gauche efface les contenus au profit des stratégies électorales. L'union de la gauche est une stratégie d'effacement et au bout du compte de disparition du PCF.
Gilles Mercier
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