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Naufrage de l'école publique Le meilleur analyste de l'école, c'est, selon moi, Nico Hirt, enseignant belge auteur de : " les nouveaux maîtres de l'école" et : " Tableau noir" Les réformes imposées sont à l'initiative de l'ERT (European Round table), Table ronde des industriels: Les industriels déplorent une compréhension insuffisante des enseignants de l'économie, de la notion de profit. Il faut donc (selon eux) que les étudiants (ça coûte cher la formation) soient formés avec des programmes didactiques : l'enseignement en général, c'est un marché juteux. Les étudiants sont des " clients " et les cours " des produits ". On va donc déréglementer et inventer un autre système. Plus besoin de diplômes nationaux, mais une carte personnelle de COMPETENCES. Le marché n'a plus besoin de " savoirs " mais seulement d'employabilité à vie. Ce démantèlement s'est fait petit à petit, à l'enseignement centralisé on a substitué des établissements autonomes, qui devront utiliser les mêmes méthodes de concurrence dans le public ou dans le privé : la concurrence ! Moins de savoirs, mais des compétences. Il faut dire que les enseignants et pédagogues se sont laissé séduire par ce discours ...patronal. La bourgeoisie la plus réactionnaire avait lutté contre le projet du collège unique, qui allait prolonger la scolarité pour tous. Mais le collège unique s'imposa malgré eux. Il fallait saper l'école de l'intérieur : proposer des " réformes" qui allaient prôner l'allègement des cours, Par exemple nous sommes passés de 15 heures de français par semaine au cours préparatoire à seulement 9 heures ! Les enseignants, qui ont laissé faire, n'ont-ils pas maintenu ainsi leurs privilèges, ainsi que ceux de la bourgeoisie ? Sachant que leurs enfants trouveraient dans leurs familles de quoi combler les lacunes et les insuffisances de cette école "light"? Réservant ainsi les hautes écoles avec emplois sûrs, bien rémunérés à leurs enfants. C'est l'exemple de la reproduction des élites au sein d'un service public sensé être égalitaire ! J'ai assisté à cette lente dégradation, enseignante moi-même. Les " réformes", les enseignants les plus combatifs les avaient bien analysées. Mais ils n'ont pas réussi à mobiliser assez et le désastre est là, de plus en plus visible. C'est la privatisation de tous les services publics qui est en marche ! Dont l'école publique. Si l'école publique coule, il ne restera plus que quelques îlots publics, sortes de réserves pour les populations les plus pauvres, immigrées avec les enseignants les moins formés . Les classes moyennes et favorisées iront dans le privé. La suppression de la carte scolaire ouvre le chemin ! La ghettoïsation est en marche: il y a des classes où 85% des élèves sont d'origine immigrée, principalement maghrébine. Dans ces classes où les enfants réclament des heures de Coran et réclament la séparation entre garçons et filles ; où les parents, (sous l'influence des intégristes), sont à la porte de l'école ! Ils "pourrissent" (expression de Fadela Amara) le quartier et l'école ! Contestant l'histoire, la Shoah, refusant l'éducation physique pour les filles !... Les enseignants n'en peuvent plus et craquent. On y vit "la journée de la jupe" tous les jours m'a dit un enseignant déprimé. Ces enseignants, je les connais, je les plains : soit ils craquent soit ils "s'accommodent" et attendent l'heure de la sortie, sans pouvoir faire cours, en veillant seulement à ce qu'il n'y ait pas d'accident, pas de blessés ! Cette réalité il faut la dire, avec la montée d'un communautarisme à l'école même, qui devient chaque jour plus dangereux. Les gouvernements de droite comme de gauche portent une lourde responsabilité dans la montée de ce communautarisme, en cédant de plus en plus aux demandes de ces groupes communautaires, au détriment de cette valeur qu'ils devraient défendre becs et ongles : la laïcité. Mireille Popelin - Enseignante retraitée
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