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Histoire du mouvement ouvrier 1789/1917
Revoir l'histoire du mouvement d'émancipation humaine symbolisée par les grands mouvements depuis le 19° siècle jusque nos jours, c'est nous aider à mieux saisir le moment présent et nous permettre d'agir pour le changement radical de la société, pour parvenir à la disparition du capitalisme.
Feuerbach est un philosophe de l'école Allemande dont le jeune Marx a été le disciple. En réponse aux théories de cette école socialiste Allemande, Marx écrira 11 thèses au cours de l'hiver 1845. Nous datons la maturité de la pensée de Marx à cette époque. Avec " le manifeste du parti communiste " Fév. 1848 Suivront (entre autres) le livre 1 du capital 1867, la critique du programme socialiste de " gotha "1875, et enfin la suite du " capital " dont la rédaction du livre 3 et son édition seront réalisées par Fdérik Engels après le décès de K. Marx
Rappelons la 11° thèse sur Feuerbach c'est une des pensées fondamentales de K. Marx :
"Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, ce qui importe c'est de le transformer"
Nous vivons au cœur du système capitaliste qui exploite a fond la force de travail des humains, ce système détruit la planète, appauvrit les peuples a chaque moment ou ces peuples baissent les bras dans leurs batailles pour leur subsistance, mais ce capitalisme porte en lui ses propres contradictions qui le mettent périodiquement en difficulté, la mondialisation actuelle s'accompagne d'une crise profonde qui pousse les Etats capitalistes aux guerres pour assurer leur domination économique et énergétique.
En ce début du 21° siècle, le capitalisme est en crise de système, qui laisse entrevoir des secousses économiques (nous en percevons les prémices avec la débandade financière des dernières semaines), également des suites politiques et guerrières de grandes ampleurs sont à l'horizon
De cette situation nouvelle et inévitable il sera nécessaire de tirer les enseignements pour adapter la lutte de la classe ouvrière dans la perspective de la prise de pouvoir économique et politique. C'est le rôle d'un parti communiste dont la préoccupation première est la maturation théorique, politique de la classe ouvrière afin de donner au peuple les outils pour se débarrasser de ce système économique prédateur des richesses produites par le travail (manuel et intellectuel)
L'évolution du capitalisme et du salariat. Les 18° et 19°siècles voient la montée en puissance de nouvelles forces productives, et de nouveaux moyens d'exploitations sur le travail afin d'extraire une part importante du produit du travail profitable a une minorité (la bourgeoisie capitaliste). C'est l'apparition réelle de classes sociales différentes du féodalisme ; basées sur l'antagonisme " capital/travail " leurs rapports deviendront de plus en plus conflictuels à mesure de la prise de conscience du prolétariat industriel contraint à vivre un capitalisme de plus en plus rapace aux grés de son développement. Nous pouvons dater de 1789 l'apparition de la société moderne en rupture du passé moyenâgeux avec l'apparition et l'essor de ce que nous vivons aujourd'hui " ce système économique et politique : le capitalisme industriel et financier "
Quels sont les classes sociales en présence au moment de cet essor de la bourgeoisie capitaliste ?
Une classe de propriétaires fonciers, et de paysans riches vivant aux dépends des travailleurs de la terre qui eux ne possèdent que leurs bras et quelques menus outils propres ; dans notre pays cependant la révolution de 1789 a consacré la petite propriété paysanne, cette classe paysanne restant très pauvre serra quand même l'alliée de la bourgeoisie lors des mouvements sociaux de cette fin du 19° siècle
Une classe d'artisans produisant les accessoires, les vêtements et les outils nécessaires a la vie du moment et cédant le fruit de leur labeur à un commerce et une classe capitaliste en pleine évolution, qui dans un premier temps se contente de ramasser le produit du travail et de le faire fructifier a son profit.
L'apparition des premières machines et d'outillages plus complexes amèneront ces artisans à se regrouper dans des manufactures et progressivement à ne vendre que leur seule force de travail a des propriétaires de moyens de production
Une classe de marchands et de capitalistes qui, très rapidement dès les années 1830 se développera encore par l'essor de l'industrie ferroviaire, aidés alors par les banquiers qui sont au pouvoir après la " monarchie de juillet ". Ils vont par la suite se diversifier et chercher à concentrer le travail (par le biais des ateliers collectifs ou " manufactures ") Ils seront de plus en plus nombreux a être propriétaires des moyens de productions, les évolutions technologiques interdisant aux artisans de s'équiper (compte tenu des couts croissants de ces technologies nouvelles). La révolution de 1830 concrétisera cette situation sociale et la construction de cette société " le capitalisme " qui basée sur le profit sur le travail, se construira crescendo pour aboutir a la fin du 19° siècle à l'existence d'une classe capitaliste puissante et d'un prolétariat de plus en plus nombreux et très pauvre ne gagnant pas de quoi faire face a sa propre reproduction et à ses besoins pour lui et sa famille (Ce prolétariat est alors nommé très justement ainsi),
C'est précisément ces situations que Marx et Engels ont étudié (les rouages du capitalisme et l'existence de classes sociales antagonistes sous ce régime de dictature de classe capitaliste) Nous noterons que l'état bourgeois est dès ce moment l'instrument de cette dictature, aidé par une église très puissante qui joue tout son rôle idéologique pour l'asservissement des travailleurs des villes et de la campagne
1848 la première révolution ouvrière éclate, Elle sera réprimée ; les raisons de son échec seront, d'une part la faiblesse du prolétariat industriel naissant, d'autre part son isolement par rapport a la paysannerie (majoritaire et sensible aux prêches des ecclésiastiques) cette paysannerie servira à cet instant le pouvoir bourgeois, Napoléon III pour résoudre le premier conflit d'importance (capital/travail) s'appuiera sur les forces rétrogrades de la campagne
Le tout sur un fond de conceptions réformistes dans le cadre de la " démocratie parlementaire
" (En octroyant le suffrage universel aux ouvriers, la bourgeoisie a fait croire à ceux-ci qu'il serait possible de changer la société) K.Marx dans son analyse de la révolution de 48 dans son livre " la lutte des classes en France "
L'écrasement de la révolte ouvrière de 48 sera la conséquence de ces rapports de forces ; et également sur la notion réformiste de l'action ouvrière, issue des conceptions st Simoniennes et fouriéristes. Rappelons encore que les travailleurs ne connaissent pas les travaux de Marx/Engels, qui aboutissent seulement a ce moment par la parution du " manifeste " (le 24 février 48), mais qui sera seulement publié à Londres, écrit en Allemand et tiré a un millier d'exemplaires.
La brochure " La lutte des classes en France ", sera le résultat des analyses que Marx et Engels feront de cette première période du prolétariat qui débute sa montée en nombre et en puissance et qui va rapidement apprendre à se défendre (le droit de grèves serra reconnu en 1864), puis à se politiser dans les années 68/69 et suivantes.
En étudiant la révolution de 48 Marx notera l'insuffisance des revendications ouvrières qui resteront de types réformistes. Il écrit " seule la défaite le convainquit (le prolétariat) que la plus infime amélioration de sa situation reste une utopie au sein de la république bourgeoise, utopie qui se change en crime dès qu'elle veut se réaliser "
C'est bien à cette époque qu'apparaît en opposition les deux termes, les deux conceptions réformisme/révolution. Marx nuancera cette thèse en 1869 en analysant les conflits qui opposent pour les salaires, les capitalistes aux ouvriers, il définit clairement les limites du réformisme " Si la classe ouvrière lâchait pieds dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande ampleur. En même temps, tout a fait en dehors de l'asservissement général qu'implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne ; ils ne doivent pas oublier qu'ils lutent contre les effets et non contre les causes de ces effets…Il faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d'ordre un salaire équitable pour une journée de travail équitable ils doivent inscrire sur leurs drapeaux le mot d'ordre révolutionnaire " abolition du salariat "
Par la suite Lénine s'exprimera sur le sujet
" Une réforme diffère d'une révolution par le fait que la classe des oppresseurs reste au pouvoir et réprime le soulèvement des opprimés au moyen de concessions acceptables pour les oppresseurs, sans que leur pouvoir soit détruit. Sans lutte de classe, donc pas de réforme et aucune réforme ne peut être définitivement acquise si elle n'est pas soutenue par des méthodes révolutionnaires de lutte des masses "
Ce sujet agite toujours jusqu'à présent les politiques des partis de gauche il est au cœur des différents projets et comportements, dans le PCF, L'aile droitière voulant s'arrêter a des réformes l'aile gauche adoptant les thèses de Marx et de Lénine et soutient le processus révolutionnaire. Nous verrons dans un prochain article comment les différentes évolutions du parti depuis 1920 ont été marquées par cette dualité. Dans les faits plusieurs PCF ont existé suivant les périodes et les orientations furent parfois contradictoires. (La naissance de 1920, le front populaire, la position face a la guerre et l'occupation, 1945, le programme commun et sa disparition, la suite avec Mitterrand et la gauche plurielle, autant de périodes différentes et de PCF différents dans leurs contenus).
Notons pour confirmer la thèse anti réformiste, que les hommes vivent et évoluent a l'intérieur d'un système qui est un " tout " nous ne pouvons pas seulement enlever un morceau de ce " tout " pour changer la vie, il est nécessaire de changer jusqu'au bout tout le système , donc le réformisme en ne s'attaquant qu'a des effets et des morceaux du système développe une tromperie néfaste a la classe des salariés
Marx, le manifeste, la 11° thèse sur Feuerbach
Cette seconde moitié du 19° siècle est particulièrement riche en conceptions philosophiques ; en bouillonnement des idées, en développement de la société bourgeoise (aidée par l'extraordinaire progrès des sciences et techniques, riche également aux mouvements sociaux et aux révoltes telles celles de Pologne, Tchécoslovaquie, Italie etc.) Il est extraordinaire de constater la rapidité de cette évolution et également la rapidité de la contestation de ce nouveau mode de vie, de cette nouvelle forme d'exploitation humaine. C'est la période de maturité de la pensée de K. Marx et de F. Engels. Avant 1845 Les travaux de Marx sont des travaux de jeunesse, ils sont imprégnés par les idées passées des philosophes tels pour l'essentiel de Hegel, Feuerbach, Saint-Simon, Babeuf, Proudhon etc. Toute la période " dite de jeunesse " de Marx comporte des analyses imparfaites qui servent encore aujourd'hui aux sociaux démocrates , aux dirigeants droitiers du PCF a dénaturer la pensée profonde et " finie " de Marx après les années 45, caractérisées par la parution "du manifeste du parti communiste ", de la critique du programme de " Gotha ", poursuivie par l'écriture du " Capital " dont le tome 3 fut achevé par F.Engels.
Que nous dit le manifeste ? " Un spectre hante l'Europe, le spectre du Communisme. " et encore " Toute l'histoire des société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes " Cette lutte de classe que nous vivons est permanente, elle a donné des résultats certes non négligeables pour les peuples, c'est la lutte des travailleurs manuels, intellectuels, paysans qui a abouti aux grandes conquêtes sociales, mais ces conquêtes, concédées, sont sans cesse contestées par la bourgeoisie capitaliste, c'est bien la preuve journalière de l'inefficacité dans le temps de ces avancées partielles et temporaires. Il est nécessaire en effet d'aller plus loin , de changer le mode de production capitaliste, de construire une nouvelle société " le communisme " pour changer ce monde en supprimant toutes formes d'exploitations de l'homme par l'homme, supprimant par la même les classes antagonistes, cette société communiste n'ayant pas encore eut d'existence, ceci nous obligera a tout inventer pour la réaliser
Nos penseurs modernes, nos dirigeants droitiers, ne songent qu'a adapter le capitalisme qui est "malgré sa souplesse, inadaptable " il reste toujours sur les bases qui lui sont propres, rappelons sa nature: C'est la (Possession privée des moyens de productions et d'échanges, ce capital s'appropriant la richesse crée par le travail) pour aboutir a ses fins : faire de l'argent avec l'argent tiré de ce travail en le transformant en capital boursier. C'est bien la phase de développement que nous vivons
Toutes propositions allant dans le sens de modifications ou d'adaptation du capitalisme est non seulement irréalisable mais ce sont des démarches démagogiques et manipulatrices contraires a l'intérêt des salariés, se transformant dans la réalité en une trahison de classe.
Changer le monde ! Par quels moyens, avec quels outils ? Marx répond a ces questionnements, il affirme qu'il ne suffit pas d'interpréter le monde, il faut le changer ! C'est sa 11° thèses a Feuerbach, cette phrase est capitale elle répond a l'époque aux penseurs Allemand au moment du programme socialiste de " Gotha " ; elle répond aujourd'hui aux dirigeants droitiers du PCF, aux dirigeants socialistes, a tous ceux qui par intérêts personnels ou par intérêts de classes (ou simplement par bêtise) ne veulent pas vraiment abolir le monde capitaliste.
Par quels moyens changer notre existence ? Une seule voie donc est possible, c'est la voie de transformation révolutionnaire, c'est la prise de pouvoir politique, idéologique et économique par le peuple, c'est bien entendu la prise de possession par les salariés des outils de productions et d'échanges, les nationalisations sont insuffisantes si le pouvoir réel n'est pas donné aux travailleurs
Avec quels outils ? La réponse est contenue dans le " manifeste ". Avec l'organisation des travailleurs dans et autour d'un parti de " classe " un parti communiste révolutionnaire. Un tel parti a deux ennemis :
Le capitalisme et toutes ses formes d'aliénations, d'exploitations, soutenues par la pensée religieuse et l'idéologie dominante de la bourgeoisie
Le réformisme qui empêche la transformation de la société capitaliste en société communiste puisqu'il freine l'action révolutionnaire a la suite de quelques acquis sociaux insuffisants pour être durables et ne recherche pas le changement radical de la société
L'histoire montre également qu'il peut y avoir un frein dans l'évolution des transformations des sociétés ce frein étant l'existence de permanents politiques et syndicaux qui confisquent les revendications ouvrières et populaires et transforment le mouvement de libération humaine en opportunisme
La commune de Paris (de mars à mai 71) et les mouvements ouvriers qui suivirent
La Commune est la première tentative pour imposer une autre organisation de la société, c'est la première fois que le capitalisme est contesté fondamentalement et est mit en échec. Contrairement a la révolte ouvrière de 48 qui fut limitée par le réformisme et le parlementarisme, la commune veut faire table rase du passé et construire une nouvelle société. Les conditions du moment, (insuffisance du développement de la classe ouvrière, limitation de la révolte à quelques villes et l'alliance de la bourgeoisie française avec la bourgeoisie allemande), mèneront cette tentative a l'échec et sera payée au prix du sang et des déportations massives. Pour sauver l'Etat bourgeois " Monsieur Thiers " pactisera avec les prussiens, cédera les provinces d'Alsace / Lorraine, et fera tirer sur le peuple parisien. Le bilan est lourd pour les communards :
30.000 morts a Paris, 1900 morts a la prison de la Roquette, 3417 déportations simples (en Algérie et nouvelle Calédonie) 1247 peines a réclusion 36.309 condamnés a la prison, 93 peines de mort, 251 Peines de travaux forcés etc.
Cette explosion révolutionnaire ne pouvait pas aboutir ; le monde ouvrier n'était pas encore assez puissant, les masses paysannes ne pactisant pas avec les travailleurs, la bourgeoisie capitaliste est restée maitresse de la situation avec malgré tout une très grande frayeur. Cette peur du peuple comptera par la suite pour les progrès politiques et sociaux du 20° siècle
Moins de dix ans après les travailleurs se mobilisent à nouveau
1880 Le 11 juillet la loi d'amnistie pour les communards est obtenue
1886 Aux états unis (Chicago) Grève des ouvriers contre le temps de travail allant, a cette époque, jusque 14 h par jours. Cette grève massive aboutit à une victoire en octroyant la journée maximum de 10 h, mais la répression fait aussi des morts le 1° mai. C'est une organisation secrète qui a entrainé a la grève (Les chevaliers du travail) Avant la grève elle comptait environ 110 000 membres, à son apogée en 1886 ils étaient 796000 membres. La bourgeoisie réussira ensuite a retourner l'opinion publique américaine contre ce mouvement et en 1890 il ne restera que 100 000 membres.
1891 En France La CGT organise le 1° Mai en journée revendicative (journée du travail) la manifestation à Paris fait quelques 9 morts dont 2 enfants
1891 Le 1° mai à Fourmies dans le pays minier, les policiers et gendarmes tirent sur la foule sur ordre de G. Clémenceau (surnommé, alors, le premier flic de France) 10 morts
1905 au bout de longues batailles la loi sur la laïcité sera votée ; pour la première fois l'église est séparée de l'état ; ce fut tellement considérable qu'aujourd'hui encore le clergé développe tous ses efforts pour faire reculer cette loi de partage des pouvoirs.
Notons qu'à ce moment, cette loi permis l'escamotage des projets de lois sociales qui étaient le but du " bloc des gauches " ces politiciens ont pris prétexte de cette loi pour ne pas poursuivre leurs engagements sur les revendications populaires (première trahison du bloc des gauches)
1905 C'est la première révolution russe qui sera battue sur le moment mais qui fournira les armes politiques des luttes ininterrompues jusque la grande explosion ouvrière de Petrograd en 1917
1906 1° Mai En France, la grève des mineurs se prolonge Monatte secrétaire de la CGT est arrêté (il sera par la suite un des grands dirigeants du PCF), la grande peur gagne de nouveau les milieux dirigeants bourgeois.
C'est aussi la catastrophe de Courrière 1200 mineurs sont morts dans la mine mettant en lumière la grande précarité des conditions de travail
1907 révoltes de Nanterre l'armée tire sur les manifestants , elle tire également sur les viticulteurs de l'Hérault
1908 manifestation à Villeneuve st Georges la police tire et fait 4 morts
1914 C'est la guerre avec l'Allemagne le parti socialiste (SFIO) se range dans l'union sacrée, cette guerre fera des millions de morts et d'estropiés. La position des socialistes sera à l' origine des oppositions en son sein et au congrès de Tours par l'adhésion à la 3° Internationale communiste (1920)
1917 La grande révolution d'octobre (arrêtons-nous longuement sur cette période de première importance pour le courant révolutionnaire ouvrier mondial, dont les répercutions seront énormes pendant 70 ans)
Les conditions économiques et sociales sont les suivantes a la fin du 19° siècle : L'industrie a progressé en nombre et les techniques se modifient de plus en plus rapidement, les capitalistes en extirpant a outrance le produit du travail laissent dans toutes les nations industrialisées une classe ouvrière dans un état de prolétarisation poussée a l'extrême. Les enfants sont employés dès 7/8 ans y compris dans les mines, (en France le travail des enfants a cependant été légèrement réglementé). Les emplois sont précaires les ouvriers étant souvent employés a la journée, les queues devant les bureaux d'embauches sont journalières elles allongent encore plus la journée exténuante du travail (12, 14, heures/jours) 6 jours par semaine).
Il en est également ainsi dans la Russie tsariste. Cet Empire est en retard dans le développement industriel plus de 90/100 de la population vit d'une agriculture archaïque (Les femmes sont utilisées comme " bêtes de trait ", ce sont elles qui tirent des charrues rudimentaires). La misère est donc immense. Le pays est morcelé il compte environ 110 langues et régions différentes, toutes les régions sont dirigées par un pouvoir autocratique draconien les villages étant organisés en " MIR " (communauté agricole sous l'empire des plus riches possédants des terres), les rapports sociaux sont de " maitres a esclaves " le pouvoir du tsar coiffe cette société sans partage, sans droit, sans scolarisation (76% D'analphabètes) 9% des enfants de 7/14 ans seulement sont scolarisés, le contenu de l'enseignement est très obscurantiste parfois absurde (par exemple les ouvrages de physiologie ou d'anatomie ne devaient pas contenir de termes susceptibles d'offenser la décence instinctive ! ! Le tsar avait déclaré que toute l'éducation scolaire doit se faire en conformité avec les principes de la vraie religion et les principes qu'impliquent le droit de propriété et le respect de l'ordre public. La religion était une force d'inertie face à tout modernisme, le mysticisme qu'elle entretenait était pesant, fait de l'exaltation de l'humilité, de la soumission et bien entendu ennemie de tout modernisme, de tout progrès.
C'est dans ces conditions historiques que vont éclater les révolutions de 1905 et de 1917.
Résumons : Pauvreté extrême des villes et des campagnes, état dictatorial du tsarisme, obscurantisme aidé par l'église, une classe de nobles faible en nombre ne faisant plus confiance au tsar, une administration incapable. Ce régime était tel un fruit pourri.
Petrograd (st. Petersburg, Leningrad) suivant les époques est une ville industrialisée les ouvriers y sont de l'ordre d'un million, et c'est le siège du pouvoir autocratique du tsar ; ce sera le siège principal de ces deux révolutions. 1905 et 1917 notons que la classe ouvrière en Russie comprenait environ 3 millions deux cent mille individus, en 1918 il ne restera que 1 million deux cent mille emplois
En 1905 première tentative insurrectionnelle, on parle généralement de deux révolutions mais dans les faits 1905 est la prémisse de la révolution d'octobre 17 ,
Pour réussir à abattre le tsarisme il fallait l'alliance avec les éléments les plus avancés de la paysannerie or en 1905 cette alliance n'est pas encore réalisée, elle ne se fera qu'en 17. Les paysans sont très majoritaires dans l'armée et n'étant pas encore engagés dans le processus révolutionnaire ils pencheront en 1905 pour le pouvoir tsariste notamment a Moscou ou ils permettront l'écrasement des émeutes ouvrières. Les grandes grèves de 1912 également ne permirent pas la prise de pouvoir La guerre de 14 fera basculer la paysannerie enrôlée dans la guerre (la campagne n'a plus de bras pour produire ce qui apportera de graves situations de famines les désertions seront nombreuses) la révolution sera victorieuse en 17, forte du basculement des troupes composées essentiellement de ces paysans ces soldats ne tireront pas a Petrograd sur les travailleurs ce qui permettra entre autre la prise du palais d'hiver défendu par peu de fideles au gouvernement post-tsariste. Il y aura donc un grand soir révolutionnaire mais qui sera le fruit de12 années de combats quasi ininterrompus, Notons que les secousses revendicatives et pré révolutionnaires pendant ces 12 ans affaibliront le pouvoir autocratique, et mettront en place les soviets ouvriers, soldats et paysans préfigurant le futur état soviétique.
La révolution ouvrière de 17, la bolchevisation des soviets et l'installation de l'état socialiste. De nombreux ouvrages ont été publiés et d'autres paraitront encore sur cette révolution probablement la plus importante et la plus lourde d'enseignements de tous les temps. Les périodes clés en sont, pour l'essentiel :
Les journées de février / mars. C'est la fin du tsarisme et le début de plusieurs mois de troubles. Pour comprendre nous devons en préciser les contours : Le tsarisme est politiquement rejeté par une fraction de plus en plus importante de la population des villes et aussi des campagnes. La bourgeoisie est incapable de prendre le relai de ce système politique décadent. Les reculs devant l'invasion Allemande et l'immense boucherie qui l'accompagne (des millions de morts qui vident les campagnes des forces vives pour la production vivrière), montrent la décrépitude du système. La désorganisation de l'économie, l'orientation de celle-ci vers la production de guerre laisse la population dans un état de pauvreté extrême, des famines se déclenchent dans les campagnes et atteignent de nombreuses villes. Les journées de février se dérouleront sans être préparées par aucunes forces politiques c'est bien une explosion spontanée d'une population qui n'en peut plus ; rappelons que les dirigeants des partis révolutionnaires sont soit déportés en Sibérie, soit en Exil a l'étranger.
C'est un geste du patronat qui met le feu aux poudres aux usines Poutilov a Petrograd ou les ouvriers sont en conflit pour des augmentations de salaires; le patronat répond par un lock-out, jetant sur le pavé des milliers d'ouvriers (comptant parmi les plus politisés de la capitale).Ce sont alors 90 000 ouvriers qui sont en grève mais le lendemain les grévistes seront 197 000. Le 25 fév. (ou 10 mars dans le calendrier occidental) la grève est générale et les journées qui suivirent apportèrent les premières victimes de la répression policière (pour l'essentiel faite par la police montée) les cosaques eux hésitaient, et tout a coup la vieille armée des tsars opte pour le mouvement des masses et refuse de tirer, c'est le tournant, le soir du 27 fév. (calendrier julien) ou 12 mars (calendrier occidental) la garnison dans sa presque totalité est passée a l'insurrection. Le 27 après avoir ouvert les portes des prisons et libéré les prisonniers politiques, les uns (mencheviks) se dirigent vers le siège de la " Douma " pour parlementer et rechercher des places en vue d'une république bourgeoise ; les bolcheviks vont vers leurs usines réorganiser les soviets en élisant leurs délégués et préparer les combats futurs.
La douma (parlement), décide enfin la création d'un gouvernement, dès ce moment se mettent en place les institutions parlementaires qui possèdent malgré tout une double existence (la douma d'un coté et les soviets ouvriers et soldats de l'autre). Cette double existence perdurera jusque la révolution finale d'octobre qui se fera sous la revendication bolchevik de " tout le pouvoir aux soviets ".
A l'issue des journées de février la désorganisation des vaincus n'avait d'égale a celle des vainqueurs il aurait suffit de peu de chose pour inverser les résultats, mais le tsarisme décadent avait fait son temps et même pendant la guerre civile qui durera jusqu'en 1921 il n'y aura personne ou presque pour mourir sous la bannière du tsarisme.
En avril jusqu'aux journées d'octobre. Les mencheviks étaient partisans d'une phase de développement capitaliste a laquelle correspondrait un régime politique de démocratie bourgeoise, il est vrai que leur implantation était surtout dans la petite bourgeoisie et parmi les anciens serviteurs du régime tsariste, les militants bolcheviks eux voyaient le prolétariat comme agent principal des changements politiques et recherchaient l'alliance avec la paysannerie
Jusqu'aux journées d'octobre la Russie possédera deux pouvoirs qui se dresseront l'un contre l'autre, " La Douma dominée par la bourgeoisie et appuyée par les mencheviks ", les " soviets ouvriers qui progressivement seront aux mains des bolcheviks " Le mot d'ordre de Lénine aboutira " bolchevisation des soviets et tout le pouvoir aux soviets ".
Les thèses d'Avril présentées par Lénine seront adoptées après d'âpres batailles dans le parti bolchevik, ces thèses radicales, proposaient que le parti travaille a la conquête de tout le pouvoir pour les soviets dont la souveraineté devrait se substituer au gouvernement provisoire. C'est le tournant de la révolution vers la prise de pouvoir d'octobre. On notera que jusqu'après juillet les soviets (surtout ceux de la paysannerie) resteront dominés par les mencheviks et les SR.
Octobre. Apres les journées contre révolutionnaires de juillet, et le coup d'état du général Kornilov les situations économiques, politiques et militaires en ce début octobre se détériorent. Sur le plan économique, c'est une vraie catastrophe, les usines ne tournent plus (les grèves se poursuivent, le patronat opère des fermetures et des lock-out massifs) les paysans ne produisent plus les nourritures nécessaires, les voies de circulation (routes, trains) sont paralysées.
Sur le plan militaire, Les soldats refusent de se battre désertent leurs régiments pour rejoindre les campagnes, l'état n'a plus les moyens de se battre, le front est de plus en plus affaibli permettant des avancées allemandes considérables.
Sur le plan politique, le gouvernement provisoire est incompétent pour régler la situation confuse
Chez les bolcheviks la bataille d'idées fait rage " déclencher ou non la révolution ouvrière et paysanne " ? Le 16 octobre Lénine parvient à faire entériner sa thèse par 20 voix contre2 et3 abstentions en final 6 membres sur 25 a ce comité central ne suivaient pas Lénine. A cet instant tout était décidé mais rien encore n'était préparé.
C'est seulement a ce moment crucial qu'entre en scène " Léon Trotsky ", (auparavant dans les rangs des socialistes révolutionnaire) jusque là il était resté dans l'ombre mais dans les journées d'octobre la préparation et l'organisation de l'insurrection il va adhérer aux thèses de Lénine et de meeting en meeting il prête sa voix a la colère du peuple. Trotsky fera un travail considérable dans le déroulement de cette révolution (réorganisation des chemins de fer, organisation de l'armée rouge dans sa lutte contre les contres révolutionnaires et les troupes occidentales lors de l'intervention. Il serra évincé par Staline et contraint à l'exil en 28
Le 25 octobre 1917 à Petrograd, le monde entier bascule sous une poussée ouvrière et populaire sans précédent, cette révolution sera un modèle pour tous les peuples de la planète même si cette révolution a par la suite déviée vers un état autoritaire stalinien et un capitalisme d'état, qui n'a pas sut sortir du socialisme (société de transition) et poursuivre sa progression vers une société communiste
La situation nationale et internationale après la révolution russe.
Le soir du 25 octobre tout commence, l'assaut du palais d'hiver ne fera que 4 morts parmi les insurgés et 1 mort parmi les défenseurs, c'est peu pour une révolution mais la suite sera plus tragique.
Avec les immenses réalisations et les erreurs tragiques des soviétiques, le monde ne sera en effet plus jamais comme avant, depuis octobre la bourgeoisie mondiale a peur ; les événements qui se produisirent à Petrograd constituent une des révolutions les plus importantes de l'histoire humaine, plus que les guerres, plus que les traités, peut être plus que les découvertes scientifiques. Nul épisode en ce siècle fertile en bouleversements ne fut à l'égal de celui là. Le déchirement d'octobre est comme la frontière entre deux mondes. Il y a eut avant octobre 17 et après octobre
Sur le plan intérieur : 4 années de combats contre les forces contre-révolutionnaires. La mise en place du pouvoir soviétique, la distribution des terres (dans des conditions discutables), le redémarrage difficile de la production industrielle qui mènera à la NEP, (partage entre les nationalisations et la propriété privée appel a des groupes capitalistes étrangers) Lénine déclarera alors " c'est la retraite "
Sur le plan extérieur : La paix avec l'Allemagne, l'intervention militaire des pays capitalistes, la tentative en Allemagne d'une révolte ouvrière qui avortera, la naissance de " l'internationale communiste "
-Les critiques, portent essentiellement sur les sujets suivants.
Le traité de paix (de Brest-Litovsk), fallait-il ou non le signer et abandonner de vastes territoires a l'Allemagne ? Les soviétiques pouvaient-ils faire autrement ?
La reforme agraire devait elle être organisée comme alors par la distribution des terres aux paysans ou fallait-il socialiser de suite ces terres ? (notons les grandes différences dans la redistribution de ces terres qui renforcera une classe de " Koulaks " grands propriétaires, au dépend des petits paysans
Le pouvoir des soviets devait-il se transformer avec une assemblée constituante ?
Quelle dictature ? De classe ? Ou d'une minorité qui dirige au nom de la classe ouvrière par la délégation des pouvoirs qui est toujours source de d'opportunisme?
Sur ces questions il me semble que les analyses de " Rosa Luxembourg " (cette militante communiste Allemande assassinée en 1919 sur ordre des sociaux démocrates pendant la révolte de " Spartacus et d'une partie du prolétariat a Berlin "), répondent imparfaitement aux questions posées, mais soulèvent les vraies questions dont certaines d'importances capitales ; telle la question de la démocratie, et la distribution des terres. Par la suite sera posé la question non résolue du pouvoir réel des travailleurs sur la conduite de leurs entreprises trop souvent confiées aux anciens dirigeants de la période capitaliste.
Le traité de paix que pouvaient faire nos camarades dans la situation du moment ? La Russie n'a plus d'économie, plus d'armée à opposer a l'Allemagne, ses frontières sont menacées partout et à l'intérieur c'est la guerre civile ! Or Rosa conclue que " Lénine et ses camarades ont en vérité réalisé tout ce qui pouvait être fait dans les conditions aussi diaboliquement difficiles qui existaient alors "
Avec rosa Luxembourg en conclusion de cette partie nous pouvons dire " l'essentiel de la politique des bolcheviks et en ce sens ce qui demeure c'est leur mérite historique immortel, d'avoir conquis le pouvoir politique en posant pratiquement la question de la réalisation du socialisme, d'avoir montré la voie au prolétariat international et d'avoir fait progresser considérablement dans le monde entier la lute entre le capital et le travail ". (Rosa Luxembourg 1919)
En conclusion de cet article
L'observation portant sur plus d'un siècle d'évolution du système économique capitaliste montre plusieurs traits majeurs
1/ ce système est dès le début conflictuel par la recherche du profit qui pour se réaliser impose des conditions de vie et de travail les plus basses possible en fonction des capacités de luttes des salariés
2/Pendant cette période toutes les batailles ouvrières ont été de type réformiste a l'exception de la " commune de Paris " et de la " révolution d'octobre "
La commune fut organisée a un stade ou le prolétariat n'est pas encore assez nombreux et sans alliance avec les autres acteurs sociaux elle fut étouffée par la réaction
La révolution d'octobre fut victorieuse mais dans une nation complexe dans sa composition territoriale et linguistique ainsi qu'avec la dominance d'une économie vivrière, et d'une insuffisance industrielle, Nous pouvons observer que cette dominante paysanne a été présente dans tous les pays qui ont tenté la révolution socialiste (Chine, Viêt-Nam, Cuba, etc.)
3/ J'ai abordé le réformisme dans cet article parce qu'il est le réel frein aux transformations radicales pouvant mener a une société communiste, car d'une part le capitalisme tend à reprendre d'une manière ou d'une autre ce qu'il est contraint à accorder sous la poussée des masses. Et d'autre part les concessions qui sont alors faites ne mettent jamais son système économique et politique en péril
4/ toutes les révolutions du 20°siecle jusque présentement ont été des révolutions socialistes, aucune n'est parvenue à dépasser ce stade qui pourtant ne peut être qu'une transition entre le capitalisme, (société ou les classes sociales sont antagonistes) et la société communiste (société sans exploitation de l'homme et donc sans classe antagoniste, sans propriété privée de moyens de production, ou l'état dégénère)
Il s'agit bien de la tache qui est imposée par l'histoire a un parti communiste: Rechercher le chemin vers le communisme
Michel Mélinand (2008) prochain article 1917 aux années 40
Pour construire cet article nous avons eut recours a :
La révolution russe- Rosa Luxembourg (le temps des cerises)
Le manifeste- (le temps des cerises)
La révolution russe- (Marcel Liebman, édition marabout université)
Le dictionnaire critique du marxisme - de G. Labica et Bensussan (édit Quadrige) PUF
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