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Le présent article n'est que le développement de l'introduction à une étude, destinée à la formation des camarades, sur la dialectique. Le point de départ en est le slogan "dépassement du capitalisme", ce rappel de Robert HUE, au moment des luttes contre le pouvoir capitalo-sarkosyste, a pris une autre résonance avec la découverte de son adhésion au club pro-capitaliste "le Siècle", puis celle de sa lettre au secrétaire fédéral du 95, à propos de sa candidature aux élections sénatoriales. L'introduction de quelques lignes a donc pris l'ampleur d'un article & a revêtu un caractère de circonstance qui n'était pas prévu initialement; sa parution anticipe donc la publication de l'étude en cours d'achèvement à cause de ma célérité idiosyncrasique (humour pompier: il est sain , àmon avis, de savoir rire & faire rire de soi).J'ai prévu de faire suivre cette question de la dialectique de deux autres, "Idéologie & praxis" puis "Dictature du prolétariat". pour l'année qui s'annonce, veille d'année électorale inondée de promesses à ne pas croire, de quelque côté qu'elles viennent, mais année de faux endormissement, comme celui du serpent, du capitalisme avide pour permettre à ses troupes ancillaires de se mettre en place. Jean-Claude Lanvin. dec 2010 LE DEPASSEMENT DU CAPITALISME ? LA DIALECTIQUE CHEZ MARX. Le dépassement : magie d'un mot (= fétichisme, comme pour la marchandise), Vide de conceptualisation (=opium de toutes les idéologies), Slogan mis à la mode, à l'intérieur du Parti Communiste Français, alors qu'il en était le Secrétaire Général, par Robert HUE qui, pour moi, devint BOB(ARD) HUE(BU). Ce slogan était destiné pallier, voiler, le déclin du PCF, c'est-à-dire empêcher toute mise en œuvre d'une solution de redressement, avoir un parti à la ramasse, comme l'ambitionnait MITTERAND, partenaire d'un prétendu " PROGRAMME COMMUN DE GOUVERNEMENT ",simple machination ; ce que perpétue le fricotage privilégié avec le PS, tant de " BOBARD " que de ses successeurs, & aujourd'hui avec tous les ersatz réformistes, fricotage sans dignité ni principe politique, avec l'espoir de profiter des aubaines, sauf pour les classes populaires & même les classes moyennes, paysans & artisans compris. Ainsi Robert HUE a-t-il pu se recycler au club " Le Siècle " qui réunit tout ce que la " classe dirigeante " compte de personnages influents " afin de produire une synergie entre leur pouvoir " (au profit de qui ?) ; la tactique du slogan qui a berné tant de " gogos cocos ", dont certains plastronnent encore, n'était pas une imbécillité mais bien une escroquerie politique, & Saint Robert le Nain a encore des statues dans certains jardins. Dans une lettre du 4/12/2010 au secrétaire fédéral du 95, à propos d' " une liste de rassemblement de gauche & des écologistes aux prochaines élections sénatoriales ",il écrit " la troisième place de cette liste est réservée à un partenaire de la mouvance communiste " ( l'insistance en gras est de moi :il n'y a plus de parti communiste ; & mieux encore avec la citation qui suit) " le parti socialiste propose que me revienne la place ". Aussi, après des arguties & surtout un lapsus assourdissant sur lequel j'insiste & qui ravirait FREUD, des " hélistations ", il accepte " pour battre la droite & contribuer à une dynamique utile à la gauche ", & utile au peuple ? N'aurait-il pas entendu les propos de ses alliés impérieux, DSK & tant d'autres ? La bataille pour la défense de retraites a été un exemple, il y en aura d'autres pour se battre sur un terrain de lutte moins feutré que celui des Chambres. Je n'engage que moi en m'interrogeant sur ce parcours politique d'une dizaine d'années, en gros, mais qui remonte bien au-delà. Je ne pense pas que l'entrisme soit défini clairement dès le commencement, c'est un processus réel (pour anticiper sur l'usage d'un terme, objet du présent article), & la vérité d'une analyse ne relève pas de la suspicion mais d'une pratique qui atteint le terme d'une de ses étapes (cf. infra le développement floral présenté par HEGEL) ; parmi les formules que Marx considère avoir été un nouveau point de départ de sa pensée, le " fil conducteur dans [s]es études "(janvier 1859), on trouve les " THESES A FEUEURBACH " dont la deuxième énonce : " La question de savoir si la vérité objective est accessible à la pensée humaine - n'est pas une question de théorie, mais une question pratique. C'est par la pratique qu'un homme doit faire preuve de la vérité, c'est-à-dire de l'effectivité & puissance, naturalité immanente de sa pensée. " ( trad. de P. Macherey, 2008). Au risque de choquer la croyance de certains camarades pour qui j'ai une très grande estime, j'avoue que je me pose la même question à propos du secrétaire général prédécesseur : travailleur volontaire, & non STO, en Allemagne (Certificat d'embauchage N°4 du 12/12/1942), chez Messerschmitt, alors que nos camarades résistants combattaient & mouraient en France, que la population souffrait d'une occupation brutale & pillarde. Nombre d'entre eux ont été exclus du parti, salis, force perdue pour une lutte ouvrière & un parti plus efficaces ; notre délégué allemand parcourut, avec arrogance & même une certaine vogue de distraction sur le petit écran, son cursus honorum, quant à notre " BOBARD " il fut intronisé. Au-delà d'une manœuvre malhonnête n'y aurait-il pas lieu de s'interroger sur la nécessité & l'efficacité de cette fonction dilatoire de plusieurs décennies ? De s'interroger aussi sur le marxisme de la direction nationale, & pas seulement aujourd'hui ? Des dirigeants, oui, qui conduisent volontairement dans le mur un instrument politique comme le PCF, au service de la classe ouvrière & du peuple ; des responsables, non, ils n'ont rien à répondre & à personne, à l'intérieur du parti quant à leurs choix & leurs actions, circulez y a rien à dire ou à savoir ! Le font-ils ailleurs de manière occulte, ou plus simplement selon un consensus idéologique tacite ? En conséquence, on voit même aujourd'hui, au PCF, des gens, des adhérents, qui ne sont ni marxistes, ni communistes, mais majoritaires (ils auraient des frissons s'ils se savaient ainsi verbalement bolchevicks), je n'en veux pour preuve que l'accueil réservé, lors du congrès de juin 2010, au discours de Jacky HENIN commençant par citer le " Manifeste " de 1848 : seule une forte minorité a applaudi, les autres, dans la plus grande indifférence, que faisaient-ils là ? A moins que ce ne soit la minorité qui se soit trompée, induite en erreur par la manipulation de symboles encore vivants pour elle, désuets pour les autres, spectateurs dédaigneux qui cependant assurent une permanence, force d'inertie en représentation. Mais la comédie est jouée, il ne reste que des bouffons pour occuper la scène, le terrain pour les luttes sociales d'avenir, des luttes de classes élargies, est ailleurs, il est libre, CAMARADES ! même le capitalisme ne s'y place pas encore directement, sauf par un jeu idéologique avec des marionnettes brutales de maintien de l'ordre, ce serait une faute de ne pas l'occuper & de ne pas s'y battre en MARXISTES, en COMMUNISTES. Quant à ce terme de dépassement, il a une histoire, interne au marxisme français en particulier & aux traductions liées à cette histoire, sur laquelle je me propose de revenir car elle est encore la nôtre, malgré les tentatives captieuses, multiples & variées. ___________________________________________ Marx, comme Engels, hegeliens de formation universitaire allemande, se référèrent au " Vieux ", comme ils disaient entre eux, tout au long de leur vie de travail. Dans la " Postface " à la deuxième édition du " Capital " (Londres, 24 mars 1873), Marx précise [désormais, les caractères gras utilisés dans les citations seront de mon fait & non de celui de l'auteur cité] : --" La méthode employée dans Le Capital a été peu comprise, comme suffisent à le démontrer les conceptions contradictoires qu'on s'en est faite. […] Dans son fondement, ma méthode dialectique n'est pas seulement différente de celle de Hegel, c'est son contraire direct. Pour Hegel, le procès de la pensée [N.B. : Marx préfère le terme " procès " à celui de processus, il s'en explique, néanmoins l'usage français me conduira à choisir " processus " pour des raisons de clarté propres à nos habitudes], dont il va jusqu'à faire sous le nom d'Idée un sujet autonome, est le démiurge [l'artisan] du réel, qui n'en constitue que la manifestation extérieure. Chez moi, à l'inverse, l'idéel n'est rien d'autre que le matériel transposé & traduit dans la tête de l'homme. J'ai critiqué le côté mystificateur de la dialectique hegelienne il y a près de 30ans, à une époque où elle était encore à la mode. Mais au moment même où je rédigeais le premier volume du Capital, les épigones grincheux, prétentieux & médiocres qui font aujourd'hui la loi dans l'Allemagne cultivée se complaisaient à traiter Hegel […] en " chien crevé ". Aussi me déclarais-je ouvertement disciple de ce grand penseur & même, dans le chapitre sur la théorie de la valeur, j'eus la coquetterie de reprendre ici & là sa manière spécifique de s'exprimer. La mystification que la dialectique subit entre les mains de Hegel n'empêche aucunement qu'il ait été le premier à en exposer les formes générales de mouvement, de façon globale & consciente. Chez lui elle est sur la tête. Il faut la retourner pour découvrir le noyau rationnel sous la pelure mystique. Dans sa forme mystifiée, la dialectique devint une mode allemande, parce qu'elle semblait glorifier l'état de choses existant. Dans sa configuration rationnelle, elle est un scandale & une abomination pour les bourgeois & leurs porte-parole doctrinaires " ( in " Textes sur la méthode de la science économique ",introduction de L. Sève, traduction de J.-P. Lefebvre, édition bilingue, Ed. Sociales, 1974). Au total donc, nous sommes chez des penseurs de langue allemande & il nous faut reprendre, dans cette langue, le terme en cause. Hegel lui-même insiste sur cette nécessité ; sollicité pour un cours en Hollande , il répondra : " Je chercherai bientôt à m'exprimer dans la langue du pays ; car je considère que , pour s'approprier véritablement une science , il est essentiel de la posséder dans sa langue maternelle " ; & Marx , dans la polémique de " L' Idéologie allemande " , précise : " La réalité immédiate de la pensée est le langage. [ ... ] Le problème : descendre du monde des idées dans le monde réel, se ramène au problème : passer du langage à la vie ". (Tome I, " Commentaire apologétique "; E.S,1976, p.452 ) . " Dépassement " a été longtemps la traduction traditionnelle du mot allemand AUFHEBUNG, dérivé du verbe préfixé AUF / HEBEN, traduction réprouvée qui a ouvert la porte à une multitude de propositions. Jean Wahl, dans un article des Hegel-Studien de 1966, s'interrogeait : " Comment traduire AUFHEBUNG en français ? C'est une définition qui s'ouvre difficilement, pour nous Français, si l'on peut faire des différences fondées sur les nations ",[il vaudrait mieux dire fondées sur des langues vernaculaires, en l'occurrence francophones] & Jean Wahl de préciser " dire à la fois " supprimer & conserver " , c'est très difficile ". Insistance pour nous prévenir de ne pas sombrer dans une bouillie idéologique infecte, prétendument théorique, française & " innovante ". Que veut dire dépassement en français ? C'est l'indication du franchissement d'une limite, soit fixe (ex. : dépasser quelqu'un d'une tête ; la robe dépasse du manteau ; dépasser les bornes ; être dépassé.), soit en déplacement (ex. une voiture en dépasse une autre ; les coureurs tentent de dépasser le peloton ; chercher à se dépasser.) Dans l'un comme l'autre cas, il faut être dans le même domaine, dans la même direction, & ne pas chercher à en sortir, en restant sur la même ligne de référence. Dépasser le capitalisme implique donc que l'on soit sur le même terrain que lui, dans la même direction, avec les mêmes objectifs, le " mieux " n'équivalant qu'au " plus ", à un accroissement linéaire. Ce n'est qu'une formulation différente d'une notion idéologique " bourgeoise " de l'époque classique, à savoir celle de progrès, image selon laquelle nous marcherions sur une même route, vers un même but, qui représente un " plus " par rapport au point de départ (je néglige ici la prétention métaphysique à connaître le point de départ & celui d'arrivée). Cela correspond-il à une analyse & à un objectif marxistes ? Certainement pas ; c'est une ambition réformiste, l'objectif dialectique & marxiste, lui, est un changement qualitatif : " plus grand " & non pas simplement " plus ". Kant (1724-1804) formule le problème, dès avant ses grandes œuvres, & une citation des environs de 1765, me paraît bien illustrer le propos : " Il y a dans une chaudière pleine d'eau bouillante plus de chaleur que dans une cuillerée de la même eau, mais non pas une chaleur plus grande. "(éd. Académie de Berlin, t.XVII, n°3793) Choisir la chaudière & son volume d'eau illustre bien le choix réformiste ainsi que celui du capitalisme. _______________________________________ BREF RAPPEL : I) CAPITALISME. Le domaine du capitalisme est celui de l'échange marchand à but financier : avec un capital A produire un capital A' supérieur, " dépasser " A par le profit, (cf. le " Capital ", livre I chap. IV ): A->M ->A', A'>A ; mais récemment la crise, qui n'a rien de catastrophique pour le capital (là encore c'est un terme dont la signification théorique serait à préciser pour échapper à l'idéologie manipulatrice), & d'autre part les luttes populaires pour défendre les retraites, malgré les berceuses gouvernementales, patronales & des directions syndicales, ont révélé de manière forte cet objectif fondamental d'accumulation par tous les moyens qu'utilise le capitalisme . Ce dernier se caractérise par : 1) un mode de production : création d'un rapport capital/ travail en vue d'une production de marchandise moyen de profit, profit destiné à l'accumulation, toujours croissante, du capital; c'est son objectif essentiel ; 2) un enchaînement historique, depuis grossièrement le XVème siècle, de formations économiques & sociales [=de sociétés] caractérisées par a) une accumulation, primitive d'abord, du capital monétaire en rapport avec un développement international du commerce, tant sur terre que sur mer ; b) une séparation du travail d'avec les moyens de production, devenus propriété privée du capitaliste ; les ouvriers ne sont pas seulement privés de ce qu'ils ont fait & qui leur est devenu étranger (aliénation), le capital(iste) s'accapare de l'exercice de leur force de travail, de leur activité propre, de leur énergie exercée, donc d'une part de leur vie, ce dont on ne s'aperçoit pas puisqu'on ne voit que le résultat produit, " la chose " [chose=res en latin'réification], processus que Marx dénonce comme " fétichisme de la marchandise " ( NB. un terme philosophique est aussi utilisé pour masquer ce processus, n'y voir que des " êtres ", " ontos " en grec, défendre une vision ontologique). c) & donc l'existence de travailleurs " libérés " de tout asservissement social, en fait illusoirement car conditionnés, à l'aide de pratiques idéologiques, politiques, juridiques & de bien d'autres, à être transformés en salariés, en force de travail prétendument individuelle socialement évaluée, c'est-à-dire par les capitalistes eux-mêmes, disponible sur un marché " libre " du travail qui n'a plus l'allure collective d'un marché aux esclaves mais dont le fonctionnement relève exclusivement des capitalistes & de leurs valets institutionnels. ______________________________ NB : encore peut-on ajouter que l'apparition du capitalisme a fait oublier tous les différents noms d'activités pour unifier celles-ci, ce que le peuple a traduit aussitôt par la dénomination de " travail " , d'un nom latin désignant une technique de torture infligée aux esclaves, ce qui traduit la manière dont la forme nouvelle de l'activité professionnelle a été vécue ;on parle aussi d'une femme en travail lorsqu'elle accouche : ce serait ,pour les chrétiens, le double héritage du péché originel d'ADAM & Eve : " Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front & tu enfanteras dans la douleur ". Les capitalistes seraient-ils d'une race à part, supérieure à l'humanité commune? des prédestinés, comme le pensent certains protestants, en particulier les WASP (white anglo-saxon protestants) des Etats-Unis d'Amérique ? belle " morale " qui se déguise en éthique pour sauver les apparences de l'exploitation capitaliste & la justifier idéologiquement & , aujourd'hui, mondialement, on trouve de l'éthique partout. ___________________________________ " L'utilité de la marchandise ne compte pour rien & sa valeur disparaît devant ce qui n'en est que la forme. La veille encore, le bourgeois, avec la suffisance présomptueuse que lui donne la prospérité, déclarait que l'argent est une vaine illusion. La marchandise seule est argent, s'écriait-il .L'argent seul est marchandise ! Tel est le cri qui retentit sur le marché du monde. " Capital I, 3 (III, 2). "Si le prolétariat n'est qu'une machine à produire de la plus-value, le capitalisme n'est qu'une machine à capitaliser cette plus-value." Capital I, 3. BREF RAPPEL : II) SOCIALISME & COMMUNISME. N.B : Pour faire bref, selon l'objet propre à cet article, la dialectique, je négligerai les questions, néanmoins importantes, de l'aliénation & de l'histoire du socialisme & du communisme avant Marx . Moses HESS (1812-1875), représentant du socialisme " vrai ", se rattachant à la critique humaniste de la religion, opérée par FEUERBACH, & à une connaissance des socialismes anglais & français, introduisit une conception nouvelle de ces notions de socialisme & de communisme, ainsi que celle de prolétariat semble-t-il. Il le fit, dans la première moitié des années 1840, dans la " Rheinische Zeitung " (la Gazette rhénane) dont Marx était le rédacteur en chef & qui fut interdite en 1843. 1845 verra la rupture de Marx & Engels d' avec Hess , rupture importante puisque ,d'une part , elle conduisit à la rédaction de " L' Idéologie allemande " où se trouve une définition fondamentale du communisme & d'autre part à la transformation de la Ligue des Justes en Ligue des Communistes , soit les deux critères constitutifs du " Manifeste " de 1848. Lors du congrès de Londres, en juin 1847, en présence d'Engels, la Ligue des Justes, société secrète, se transforme en Ligue des Communistes, organisation publique. Elle change aussi son mot d'ordre de " Tous les hommes sont frères " en " Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ". Le 2ème congrès voit l'abandon de la revendication de la communauté des biens pour celle d'une société sans classe & sans propriété privée, " une libre association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ". Quant à la définition du communisme, on la trouve dans la première partie de l' " Idéologie allemande ", consacrée à FEUERBACH mais rédigée en dernier, en 1846, sur deux colonnes parallèles. Dans la colonne de droite, la définition exprime un concept régulateur, c'est-à-dire un concept qui ne peint pas une conjoncture réelle ni une règle idéale à réaliser mais l'exigence d'un processus, la poursuite de la série des expériences sociales, sans point de départ ni d'arrivée, que l'on pourrait prendre illusoirement (métaphysiquement) comme des limites absolues & réelles (alors que nous n'en savons objectivement rien) : c'est un fil conducteur. .Il n'est donc pas constitutif puisqu'il ne détermine aucun objet d'expérience réelle, c'est la lutte, & en l'occurrence la lutte des classes, qui le fait en conditionnant la réalité sociale produite. " Le communisme n'est ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent de la présupposition qui existe actuellement ". (Ed. Soc., 1976 , p. 33 n.1 ). En première approximation, nous sommes donc loin, avec le communisme, d'être dans un dépassement du capitalisme & cette définition est un bel exemple de formulation dialectique (le verbe " abolit " est une traduction de l'allemand " aufhebung " dont nous abordons ci-après l'interprétation). __________________________________ RETOUR AU VOCABULAIRE DE HEGEL - Quelques mois avant sa mort (14/11/1831), Hegel reprend la " Science de la logique ", dont la première rédaction remonte à 1812, & la longue préface, rédigée après coup en janvier 1807 , de la " Phénoménologie de l'Esprit " . Le premier chapitre, de la première section de la " Logique ", (L'Etre), se termine par un paragraphe spécial, appelé " Remarque ", qui rend compte de l'emploi du mot AUFHEBUNG. Je vais m'appuyer sur la traduction commune à H. Lefebvre & N. Guterman (Gallimard, 1939 ; éd. de poche " Idées" puis " Folio ", texte 87) en la modifiant en cas de besoin ; c'est en effet une traduction qui me semble restée accessible contrairement à celles publiées ces dernières décennies pour spécialistes. Néanmoins, comme la discussion porte sur la traduction d'un mot, j'ai gardé l'allemand pour le terme en cause afin de respecter l'objet de ce travail, c'est-à-dire l'élaboration d'une traduction aussi fidèle que possible, claire & sans snobisme, pouvant supporter une discussion honnête entre marxistes. -- " Aufheben & le Aufgehobene [ participe passé substantivé ] ( l'idéel ) est l'un des concepts les plus importants de la philosophie , une détermination fondamentale qui revient absolument partout & dont il convient de saisir le sens avec précision, en particulier en le distinguant du néant-Ce qui se aufhebt ne devient pas par là néant . Le néant est l'immédiat ; en revanche, un Aufgehobenes est quelque chose de médié( vermittel ), c'est un être-là [ Dasein ; existence ] en tant que résultat né d'un être ; il a donc encore en lui la détermination dont il provient . " -- " Aufheben a, dans la langue, un double sens . Ce mot signifie à la fois quelque chose comme " conserver " (aufbewahren ) , " garder "( erhalten ) , & en même temps " faire cesser " (aufhören) , " mettre fin à… " ( ein Ende machen) .Le fait de conserver contient en lui déjà ce négatif qui consiste en ce que quelque chose est enlevé à son immédiateté (urmittelbarkeit) & par là à une existence (Dasein) ouverte aux influences extérieures afin de garder son existence. Ainsi le Aufgehobene est-il en même temps quelque chose de conservé qui a seulement perdu son immédiateté sans pour autant l'avoir anéantie (vernichtet).Les deux définitions de l'Aufheben données plus haut peuvent être lexicalement présentées comme deux significations de ce mot. Il est remarquable qu'une langue en soit venue à employer un seul & même mot pour deux significations opposées. La pensée spéculative se réjouit de trouver dans la langue des mots qui ont par eux-mêmes un sens spéculatif ; la langue allemande en a plusieurs de cette sorte. Le double sens du latin tollere (rendu célèbre par le jeu de mots de Cicéron : tollendum esse Octavium ) ne va pas aussi loin , il n'a comme sens affirmatif que celui d' " élever " . " ---" Quelque chose n'est aufgehoben que dans la mesure où cette chose est entrée en unité avec son contraire ; selon cette détermination plus précise, en tant que forme réfléchie, on peut avec justesse l'appeler "moment ". Dans le cas du levier, le poids & la distance s'appellent " les moments mécaniques ", en raison de la similitude de leur action, quels que soient le réel, qui a un poids, & l'idéel, la détermination purement spatiale, la ligne. " Cette remarque explicative de Hegel est abstraite, & même obscure pour la plupart des lecteurs, même jeunes spécialistes, mais la préface de la " Phénoménologie " (§ 2) en fournit une illustration. J'utilise, avec des modifications de traduction, l'édition bilingue qu'en a publié J.P. Lefebvre dans la collection G.F. (n° 953, 1996), en outre je découpe le texte, sans en modifier la composition, pour en faire apparaître les étapes : " Le bouton disparaît (verschwindet) dans l'éclosion de la floraison & l'on pourrait dire qu'il est réfuté (widerlegt) par elle, de même le fruit dénonce (erklärt) la floraison comme fausse existence(Dasein) de la plante & vient prendre la place de la fleur comme vérité effective (Wahrheit) de la plante. Ces formes ne font pas que se différencier les unes des autres : elles se refoulent (verdrängen) comme mutuellement incompatibles. Mais, dans le même temps, leur nature fluide en fait aussi des moments (Momenten) de l'unité organique où non seulement elles n'entrent pas en conflit (widerstreiten), mais où l'une est aussi nécessaire (nothwendig) que l'autre, & cette même nécessité (Nothwendigkeit) en fait la vie du tout (das Leben des Ganzen). " On en vient donc à " reconnaître dans l'apparence de ce qui paraît en conflit & en contrariété avec soi, autant de moments mutuellement nécessaires. " Cette illustration se trouve dans un paragraphe portant sur le travail de la pensée philosophique & elle y figure de manière immédiate, sans transition, on peut donc en déduire légitimement qu'elle vaut non seulement pour la pensée philosophique mais aussi pour toute réalité, c'est-à-dire qu'elle n'est pas une métaphore. Le passage qui la précède porte sur une dénonciation de l'opinion par rapport à la pensée rationnelle : -- "l'opinion se place dans l'opposition du vrai & du faux […] attend ou que l'on approuve ou que l'on rejette […] ne voit dans une explication de ce genre de système, que l'une ou l'autre. Elle conçoit la diversité [" des systèmes philosophiques " pour le propos hegelien] moins comme le développement progressif de la vérité que comme la contradiction (Widerspruch) de cette diversité. " J.Cl Lanvin -
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